Robert Ménard : en France, c’est "Orange Mécanique au quotidien"

Robert Ménard était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 9 juillet 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Robert Ménard interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 9 juillet 2020 à 7h40.

Le nouveau gouvernement de Jean Castex est très teinté à droite. "Je n’ai rien contre notre Premier ministre", explique Robert Ménard, maire de Béziers. Jean Castex a, entre autres, annoncé une accélération des travaux de la "ligne de TGV pour aller entre Montpellier et Perpignan". "Ça fait 30 ans qu’on l’attend." Le maire de Béziers souligne que Jean Castex, originaire également du Sud-Ouest, est "un voisin" qui n’est "pas désagréable" et qui a "un accent qui me plaît".

"Je suis comme vous, Français, j’ai envie que le Premier ministre réussisse", et ce même s’il n’a pas "les mêmes idées". "Je ne parie jamais pour la politique du pire dans mon pays." "Est-ce qu’il peut réussir ? Est-ce qu’on peut réussir aujourd’hui en l’espace de quelques mois ?", se demande Robert Ménard. "Ça, on peut en douter."

"Le grand débat, on l’a oublié"

Il revient par exemple sur le Grand débat, initié par Emmanuel Macron lors de la crise des Gilets jaunes, duquel "on devait sortir un certain nombre de choses exceptionnelles". "Le grand débat, on l’a oublié", juge le maire de Béziers.

De même, Emmanuel Macron, durant ses interventions en pleine crise du Covid-19, "nous expliquant que l’après ne serait pas comme l’avant". "C’est à peu près les mêmes", estime l’élu. Il déclare toutefois qu’il "ne sait pas" quelle aurait été la bonne solution. "Je ne donne pas de leçons, parce que je ne sais pas." "J’ai des convictions", concède Robert Ménard, "mais je sais aussi le poids de la réalité."

Il prend en exemple "le nouveau Garde des Sceaux" qui a annoncé "qu’il va faire tout un tas de réformes". S’il confie que "l’indépendance de la justice, je l’applaudis" et qu’il attribue à Éric Dupond-Moretti du "talent", il doute de sa capacité, en 18 mois, de pouvoir "changer place Vendôme beaucoup de choses".

Louis Aliot "est républicain au sens où il respecte la République"

Jean Castex ne s’est pas montré favorable à Louis Aliot, candidat RN qui a remporté la mairie de Perpignan et allié de Robert Ménard. "C’est la stupidité qu’ils ont tous : il démissionne des Républicains parce qu’il trouve qu’ils n’ont pas été suffisamment anti-Aliot à Perpignan. Mais c’est stupide."

Louis Aliot "est républicain au sens où il respecte la République", précise Robert Ménard qui souligne qu’il a gagné des élections démocratiques, victoire dont "il faut prendre acte".

"C’est comme M. Dupond-Moretti qui dit qu’il faut interdire le Front National", juge l’élu. "Comment peut-on être à la fois un type intelligent talentueux, qui a d’énormes qualités, peut-être le meilleur pénaliste en France et être capable de dire des conneries pareilles dans la même phrase ?"

Éric Dupond-Moretti est "capable de tout faire balader".

Alors que le Rassemblement National estime que le nouveau Garde des Sceaux est un militant d’extrême gauche, pour Robert Ménard il ne deviendra pas un adversaire. Le maire de Béziers confie une anecdote au sujet du ministre de la Justice : "il avait dit une vraie saloperie sur mon compte" lorsqu’il avait été accusé de faire des fichiers sur les enfants des écoles. "Je l’appelle : ‘mais comment pouvez-vous dire ça, j’ai été relaxé, blanchi’ ; il s’est excusé." "Ce type, peut-être, devant les faits, il est capable de se plier devant la réalité." "On n’a pas un idéologue."

Concernant sa capacité à réformer la justice, Robert Ménard estime qu’il n’est "pas la marionnette de qui que ce soit". "Il a une vraie personnalité", estime l’élu pour qui c’est à la fois un avantage et une faiblesse : "est-ce qu’il peut rester longtemps dans un gouvernement comme ça s’il n’est pas la marionnette qu’il n’est pas, ça on peut se poser la question."

Pour lui, si "faire venir une forte personnalité c’est un atout dans un gouvernement", il faut faire attention lorsqu’il va devoir s’asseoir "sur un certain nombre de ses convictions". "Il est capable d’envoyer tout balader."

"Toutes les deux minutes, il y a une plainte en France pour une violence gratuite"

Gérald Darmanin est devenu le nouveau ministre de l’Intérieur. "J’attends de juger sur actes." Le maire de Béziers revient toutefois sur l’affaire de Bayonne où un chauffeur de bus est en état de mort cérébrale après avoir été agressé par 5 jeunes. "Qu’est-ce qu’on fait par rapport à cette violence-là ?" demande-t-il. Pour lui, c’est une "violence gratuite", une "espèce d’Orange Mécanique au quotidien".

"Toutes les deux minutes, il y a une plainte en France pour une violence gratuite", précise l’élu qui rappelle également que 50% des victimes sont des femmes. "Ça se passe la plupart du temps en plein jour, dans une rue." "Ce qui sidère les gens, c’est cette violence-là."

Appelées incivilités il y a quelques années, pour Robert Ménard ce ne sont "plus des incivilités" : "quand vous vous faites casser la figure pour un mot de travers dans une rue" ou que "vous vous faites agresser parce que vous êtes dans une rue, parce que vous êtes une fille dans une rue et que vous avez le malheur de ne pas être habillée comme le souhaitent vos interlocuteurs", "c’est pas des incivilités, c’est de la vraie violence".

"Il manque 15.000 places en prison"

Pour Robert Ménard, la réponse est simple : "il faut être intransigeant" que ce soit au niveau de la police, mais également de la justice. Il y a en effet des "policiers qui sont exaspérés, qui ont plus envie de prendre les plaintes en disant ‘tout ça ne va déboucher sur rien’". La faute de cette situation est imputable "au magistrat derrière", lui aussi coincé parce qu’on lui "explique qu’il n’y a plus de places en prison".

"Il manque 15.000 places en prison" en France, souligne le maire de Béziers qui rappelle la promesse de campagne d’Emmanuel Macron de, justement, "construire 15.000 places en 5 ans". "Où elles sont, les 15.000 places ?"

La prison "vous met à l’abri d’un certain nombre de petits salopards"

Sans surprise, du coup, Robert Ménard n’est pas favorable à la volonté d’Éric Dupond-Moretti qui veut se battre pour réduire le nombre de personnes en prison en France. "C’est le délire d’un certain nombre de gauchistes", estime le maire de Béziers. "La prison, ça ne fait pas de vous un saint, je suis bien d’accord. Mais ça vous met à l’abri d’un certain nombre de petits salopards qui, pendant qu’ils sont en prison, ne sont pas dans la rue à agresser les gens."

"M. Castaner, c’était insupportable"

Parmi les dossiers sur lesquels le gouvernement Castex va devoir agir rapidement, il y a la perte de confiance des policiers face au ministère de l’Intérieur. La police "il faut la respecter", estime le maire de Béziers. "M. Castaner, c’était insupportable : il faudrait mettre un genou à terre, devant qui ?"

Pour autant, quel que soit le gouvernement, Robert Ménard regardera surtout les résultats : "Je m’en fous : s’ils prennent un certain nombre de mesures qui vont dans le bon sens, moi j’en suis satisfait". "Je jugerai sur pièces et pas sur les discours."

"Le rapport d’autopsie définitif est prévu le 15 juillet"

En avril 2020, à Béziers, trois policiers ont interpellé Mohamed Gabsi qui est mort au commissariat ensuite. Une enquête est ouverte pour définir les responsabilités de chacun, et notamment s’il s’agit d’une bavure ou un cas de violences policières. "On attend le rapport d’autopsie", précise Robert Ménard. Le deuxième et définitif, le premier ayant déjà été fourni. Si Robert Ménard "regrette évidemment sa mort", il souligne que Mohamed Gabsi avait déjà eu des problèmes avec la police.

"Ce garçon multirécidiviste et condamné" était "tellement chargé en cocaïne" selon le premier rapport d’autopsie "que les doses pouvaient être létales". "C’est une des hypothèses", précise le maire de Béziers qui concède que "de là à mourir ni vous ni moi n’avons la réponse", car le problème principal dans cette affaire c’est la mort au commissariat. "Le rapport d’autopsie définitif est prévu le 15 juillet", souligne le maire de Béziers qui attend donc ce nouveau document.

"Je ne vais pas suspendre des gens qui n’ont même pas été mis en examen"

La réaction de Robert Ménard, qui n’a pas suspendu les policiers, a fait réagir. "Pourquoi ? Ils ont été mis en examen ? Non." "Je ne vais pas suspendre des gens qui n’ont même pas été mis en examen." Cette absence de mise en examen est la preuve que "la justice aujourd’hui n’a rien à leur reprocher personnellement", explique le maire de Béziers qui dit attendre le rapport. "S’ils sont mis en examen, on verra."

Autre fait marquant, Robert Ménard n’a pas reçu la famille de la victime bien qu’il comprenne que cette dernière soit peinée. "Je n’ai aucune raison de recevoir une famille qui met en cause, en disant qu’il y a un racisme systémique en France, des policiers qui n’ont même pas été mis en examen." "Le maire que je suis est du côté de la police, tant que la police n’est pas soupçonnée."

"Je ne suis pas M. Castaner, je ne plie pas le genou devant qui que ce soit."

"Un candidat étiqueté Rassemblement National ne gagnera pas l’élection présidentielle"

Le maire de Béziers a déclaré que Marine Le Pen ne serait pas la bonne candidate pour 2022. "Je ne suis pas en guerre contre Marine Le Pen. Je partage plein d’idées avec Marine Le Pen, j’ai plein de désaccords". Pour Robert Ménard, la question est autre : "Marine Le Pen, c’est la garantie pour celui qui sera en face d’elle au deuxième tour de gagner. Or moi je n’ai pas envie de repartir avec 5 ans avec M. Macron."

L’élu estime tout simplement qu’il "faut un autre visage" et là aussi, pas du Rassemblement National. "Un candidat étiqueté Rassemblement National ne gagnera pas l’élection présidentielle." Pour preuve, il montre le résultat à Perpignan où Louis Aliot n’a jamais affiché d’appartenance politique durant sa campagne : aucun logo du RN ni autres symboles. "La victoire de Louis Aliot c’est la preuve que Marine Le Pen se trompe." "Il faut qu’elle laisse sa place à quelqu’un d’autre."

"La méthode qui nous a permis à Béziers et la méthode qui nous a permis de gagner à Perpignan, c’est-à-dire rassembler la droite largement au-delà des partis, oui !" "Les partis sont les ennemis de la démocratie."

 

 

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