Poutou : "Si des députés ou des actionnaires faisaient grève, on ne le verrait pas"

Philippe Poutou, porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste

Philippe Poutou, porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste, était l'invité de l'émission Seul Contre Tous sur Sud Radio.

Zadistes, étudiants, cheminots, fonctionnaires... La contestation sociale s'amplifie ces dernières semaines et la grogne sociale se développe. Ce qui ne va pas sans incidents, que ce soit à Notre-Dame-des-Landes, où plusieurs gendarmes ont été blessés depuis le début des opérations d'expulsion lundi, ou encore à Tolbiac, sur le campus de l'université parisienne.

Dans l'émission Seul Contre Tous, Philippe David affirmait ce mercredi qu'il faut "rétablir l'ordre" ! Face à lui, Philippe Poutou, porte-parole du Nouveau Parti Anticapitaliste.

"Dès qu'il y a de la contestation, on est tout de suite stigmatisé, a-t-il déploré. Il y a toujours un problème de délégitimisation de la contestation. Ça pose la question du droit à contester, du droit d'expression et du droit à s'opposer à des projets politiques qu'on conteste."

Or, selon lui, la grève est justement l'un des moyens d'expression de cette colère sociale qui monte. Et les désagréments qu'elle entraîne, notamment pour les usagers des trains, "montrent toute l'utilité du métier de cheminot" : "Si des députés ou des actionnaires faisaient grève, on ne le verrait pas beaucoup. Par contre, des gens utiles à la société, dès qu'ils font grève, ça pose problème. Mais c'est la défense qu'on a, nous salariés."

 

 

"Ça fait longtemps que des commentateurs trouvaient bizarre qu’il n’y ait pas de colère, pas de révolte, alors que tout recule, a ajouté Philippe Poutou. Et là, finalement, ça vient. Il faudrait discuter de la transformation profonde de cette société, alors que toutes les politiques depuis des années ne contribuent qu’à dégrader cela."

Lui-même syndicaliste du site Ford de Blanquefort, en Gironde, usine menacée de fermeture suite à la décision du géant automobile américain, Philippe Poutou dénonce "l'argent public volé, avec la complicité de l'État et des gouvernements".

"Sur le site de Blanquefort, Ford a touché 50 millions d'euros d'aides publiques ces dernières années et dit 'Maintenant, on s'en va'. On est dans une situation de crise, où il y a des millions de chômeurs, de la précarité, où on nous dit qu'il n'y a pas d'argent pour les facs, pour la SNCF et on voit des multinationales comme Vinci ou Ford qui touchent des millions, enrage l'ancien candidat à la présidentielle. Pendant 45 ans, Ford a reçu des aides publiques pour l'usine de Blanquefort, à plein de périodes. Y compris les pouvoirs publics sont incapables de faire la somme de tout ce qui a été donné. Au total, on pourrait dire que l'usine est déjà en partie publique avec tout cet argent."

Pour Philippe Poutou, les contestations des salariés de Blanquefort, des zadistes, des cheminots, des étudiants et de tous les autres doivent désormais s'unir, à travers "une convergence des luttes" afin d'espérer obtenir quelque chose : "Le seul geste que peut faire Macron, c'est reculer. Et il reculera seulement s'il y a un mouvement qui l'inquiète, si on est en capacité de construire un mouvement social profond, avec la convergence des luttes, en faisant le lien entre les postiers, les étudiants, les cheminots, les zadistes... Si on est assez forts, le gouvernement reculera."

Écoutez l'interview de Philippe Poutou, invité de l'émission Seul contre Tous présentée par Philippe David et Patrick Roger

 

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