Michel Winock : "Les choses ont changé après Jacques Chirac"

Pour la journée de deuil national en l'honneur de Jacques Chirac, André Bercoff est revenu sur l'œuvre politique de l'ancien président de la République, avec Michel Winock. Ses idées politiques, sa manière d'exercer le pouvoir ou l'héritage qu'il a légué à ses successeurs, ont été passés en revue.

Michel Winock invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Michel Winock, historien de la politique et de la littérature, professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Paris, était l’invité d’André Bercoff, lundi 30 septembre 2019, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Il revient sur le parcours de Jacques Chirac, le "poulain de Pompidou". "Il se réclame plus de Georges Pompidou que de Charles de Gaulle", note d'ailleurs l'historien. S'il fait incontestablement parti de la famille gaulliste, les Britanniques le qualifiaient plutôt de "néo-gaulliste".

 

Une "attitude gaullienne"

Michel Winock tente d'établir les points communs et les différences de manière anachronique entre les grandes décisions prises sous le mandat de De Gaulle et celui de Chirac. "L'idée de la cohabitation, ce n'est pas vraiment le projet de De Gaulle", souligne le professeur qui rappelle que Jacques Chirac "en a été l'acteur par deux fois", en 1986 en tant que Premier ministre de François Mitterrand et en 1997, alors président de la République, voyant Lionel Jospin s'installer à Matignon.

Mais lorsqu'il arrive au pouvoir en 1995, Jacques Chirac adopte "une attitude gaullienne", selon Michel Winock. Notamment sur les derniers essais nucléaires, que le président de l'époque jugeait "nécessaires" pour la défense nationale. Dans le même temps, il supprime le service militaire obligatoire. Une réforme qui pourrait passer d'anti-gaullienne mais qui s'inscrit plutôt dans la vision du Général, auteur du manifeste Pour une armée de métier, rappelle l'historien de la politique.

Un président qui avait "un sens de la hauteur"

Sur le plan international, Jacques Chirac "a les idées de De Gaulle". Il refuse dans un premier temps un pouvoir supranational avant de changer d'avis et de devenir un partisan de Maastricht. Michel Winock souligne également "le sens de l'autorité de l'État qui est proprement gaulliste". Il s'oppose à l'hégémonie des États-Unis, en refusant la guerre en Irak en 2003, et est partisan du multilatéralisme.

Incontestablement, il y a eu un avant et un après Jacques Chirac, s'accordent André Bercoff et son invité. Pour des raisons institutionnelles déjà, "le quinquennat a beaucoup changé, le président devient le principal chef du gouvernement, l'exécutif et le législatif se confondent", analyse l'historien, qui note que "le recul que donnait un septennat n'est plus possible actuellement". Mais aussi par la chaîne des événements qui se sont succédé. Crise financière en 2008, chômage ou terrorisme, "le Président a aujourd'hui perdu son caractère de sacré", déplore t-il. "Chirac avait le sens de la hauteur de sa fonction, les choses ont changé après lui", souligne Michel Winock.

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Retrouvez André Bercoff et ses invités du lundi au vendredi sur Sud Radio, à partir de midi. Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !