Loi Climat et menu végétarien : Jean-Baptiste Moreau craint un message anti-viande

Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse et porte-parole d'En Marche, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 16 avril 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Jean-Baptiste Moreau interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 16 avril 2021 à 7h40.

Jean-Baptiste Moreau : "Ce serait dommage de tout gâcher par une sortie trop précoce"

Emmanuel Macron a tenu le 16 avril 2021 une réunion à l’Élysée sur la réouverture progressive mi-mai 2021. "Il a dit que la réouverture serait progressive", confirme Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse. Toutefois, estime l’élu, le président de la République "voudrait rouvrir tout tout de suite, comme tout le monde" ce qui ne paraît pas possible étant donnée la situation sanitaire. "Je pense qu’il en a autant marre que nous", confie le porte-parole d’En Marche. "Le problème, c’est qu’il faut tenir compte de l’évolution de l’épidémie et de la vaccination. Aujourd’hui, ça va s’ouvrir progressivement" en commençant par les musées et les cinémas, puis "les restaurants et les terrasses dans un deuxième temps".

"Le protocole va être établi en fonction de ce que les scientifiques vont dire", souligne le député de la Creuse qui rappelle qu’on "ne peut pas prendre de risques avec la santé des Français maintenant". "Ce serait dommage de tout gâcher par une sortie trop précoce", explique le député tout en soulignant que le terme est peut-être mal choisi "parce que tout le monde veut en finir" et que "chacun veut retrouver sa vie d’avant".
"On est à quelques mois ou quelques semaines de la fin de cette épidémie, ou du moins de la reprise de contrôle de cette épidémie. Ce n’est pas le moment de tout lâcher."

"Si on avait suffisamment de vaccins, oui, il faut l’étendre à tous ceux qui veulent"

Certains réclament la vaccination pour tous les volontaires, alors que pour l’instant la stratégie vaccinale du gouvernement maintient le principe des tranches d’âge. "Si on avait suffisamment de vaccins, oui, il faut l’étendre à tous ceux qui veulent", concède Jean-Baptiste Moreau. "Le problème, c’est qu’aujourd’hui on n’en a pas encore suffisamment."

Dans la Creuse, explique le député, près de 24% des habitants ont été vaccinés avec au moins une dose, une situation qui est liée au fait que le département compte "une des populations parmi les plus âgées de France". De plus, "on a de la distanciation sociale assez naturelle puisqu’on est assez peu peuplés".

 

"10 kilomètres, chez nous, c’est compliqué, on a de la souplesse des forces de l’ordre"

Dans le département, très rural, la limite de 10 kilomètres pour les déplacements semble ne pas faire de sens. "C’est excessivement compliqué", concède le député, surtout "au début de ce confinement-là" car le taux d’incidence au moment de la fermeture était "très bas". "C’était très compliqué de faire comprendre aux Creusois pourquoi on les reconfinait."
Malheureusement, l’épidémie "aujourd’hui, elle a flambé, et on est revenu au niveau quasiment de la moyenne nationale". "Personne n’est à l’abri. C’est ça le problème avec ce virus, c’est que personne n’est à l’abri et la situation peut empirer ou s’améliorer très très rapidement."

Néanmoins, "10 kilomètres, chez nous, c’est compliqué", juge le député. "Mais on arrive quand même, malgré tout, à avoir des dérogations" ou encore "de la souplesse des forces de l’ordre" car dans le département, il faut se déplacer de plus de 20 kilomètres, souvent, "pour faire ses courses".

 

"J'ai du mal avec l'écologie politique et dogmatique"

La loi Climat et résilience est en débat à l’Assemblée nationale, avec le volet sur l’alimentation qui sera discuté le 16 avril 2021. Or, écologie et agriculture semblent souvent contradictoires. "Moi, l’écologie politique, j’ai toujours eu du mal avec", confie Jean-Baptiste Moreau, lui-même agriculteur.

"J’ai du mal avec l’écologie dogmatique quand elle veut imposer sa façon de voir de façon uniforme sur tout le territoire et quoi qu’il se passe. Les agriculteurs, aujourd’hui, ce sont les premiers confrontés au changement climatique."

 

"Il faut faire avec les agriculteurs, et pas contre eux"

S’il concède que les agriculteurs doivent "changer nos modes d’exploitation" pour "faire face" au changement climatique, il refuse d’entendre que "tout serait la faute des agriculteurs". Pour lui, les efforts demandés aux agriculteurs leur sont demandés car "c’est plus facile" d’imposer de nouvelles règles "à 400.000 agriculteurs" que "d’expliquer que le changement climatique est causé par le mode de vie de 67 millions de Français et de la population mondiale dans son entier".

Pour lui, "les agriculteurs sont les premiers écologistes de France" car "il vivent avec la nature" et ont à cœur de la protéger." "Il faut faire avec les agriculteurs, et pas contre eux", demande Jean-Baptiste Moreau.

 

"Je m’élève en faux contre ces assertions que manger de la viande ce serait mal"

Entre expérimentations de menus végétariens à la cantine et mise en avant des protéines végétales dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC) européenne, il semblerait que la viande soit de plus en plus mal aimée. Concernant le repas végétarien, Jean-Baptiste Moreau rappelle que l’expérimentation vient de la loi Egalim dont il était rapporteur : "je m’y étais opposé, déjà, parce que j’estime que ce n’est pas à l’État d’envoyer ce type de message".

S’il juge qu’être végétarien "c’est un choix, et à ce titre je le respecte", il estime que "le signal qu’on envoie quand on vote une loi comme celle-là", qui signifie que l’État promeut le fait de manger végétarien, est faux. Le gouvernement envoie, selon lui, un message qui dit que manger de la viande serait mauvais pour la santé et pour l’environnement, ce qu’il "conteste, sur les deux points".

"Je m’élève en faux contre ces assertions que manger de la viande ce serait mal, et c’est ça qu’on envoie comme message quand on parle de repas végétarien, c’est ça qui me pose un problème."

 

"Il faut que le consommateur soit informé sur qui gagne quoi"

"Nos agriculteurs et éleveurs français vont finir par disparaître, redoute Jean-Baptiste Moreau. Je ne suis pas sûr qu'en faisant disparaître l'élevage en France, on améliore significativement l'environnement, je suis même sûr qu'on va le détériorer !"

Grégory Besson-Moreau a déposé une proposition de loi qui vise à protéger la rémunération des agriculteurs. "C'est la suite de la loi Egalim, explique Jean-Baptiste Moreau, pour essayer d'améliorer les revenus des agriculteurs. On peut leur demander des transitions, mais pour faire des transitions, on a besoin de faire des investissements dans du nouveau matériel, des nouvelles techniques pour utiliser moins de produits phytosanitaires et moins d'engrais. Il faut qu'ils aient les moyens d'investir", affirme-t-il.

"Dans les négociations commerciales, certaines choses seront imposées en plus à la grande distribution et aux industriels agroalimentaires, pour avoir un respect du prix des matières premières agricoles, une vraie transparence des marges. Il faut que le consommateur soit informé sur qui gagne quoi quand il achète 500 grammes de viande", estime le député.

"Les agriculteurs ne demandent pas à vivre des aides, ajoute-t-il, ils demandent à vivre de leur métier, de leur travail et du fruit de leur travail".

 

Voile pour les fillettes : "Le Sénat attise une haine malsaine"

L'amendement que le député portait avec Aurore Bergé sur le port du voile pour les fillettes a été révoqué par l'Assemblée nationale mais votée au Sénat. "Cet amendement est important et il va falloir aller dans cette direction, affirme Jean-Baptiste Moreau. Les sénateurs ont poussé le bouchon très loin sur un certain nombre de mesures où il stigmatise réellement nos compatriotes de confession musulmane, je ne suis pas d'accord du tout sur l'ensemble de ce qui a été voté au Sénat, qui attise une haine malsaine, mais sur le voilement des fillettes, je ne change pas d'avis. C'est aujourd'hui un symbole promu par les islamistes et par les intégristes religieux".

"On continuera à se battre sur cette thématique avec Aurore Bergé, ajoute-t-il, parce qu'on n'a pas à endoctriner des enfants dans une vision de l'islam où la soumission de la femme à l'homme est totale, mais on détricotera une partie des mesures du Sénat qui ne sont pas admissibles".

 

 

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