L'édito éco d'Yves de Kerdrel - "Jean-François Cirelli n'a jamais joué un rôle dans la réforme des retraites"

Jean-François Cirelli, actuel PDG France de Black Rock, a été élevé au rang d'officier de la légion d'Honneur après avoir été nommé chevalier de cet ordre en 2006. En pleine réforme des retraites, le titre a fait jaser sur les ondes et les réseaux sociaux du fait que le principal intéressé dirige le fonds de pension le plus important du globe. Mais selon Yves de Kerdrel, Cirelli reçoit cet honneur pour d'autres raisons que ses activités actuelles.

Jean-François Cirelli nommé officier de l'ordre de la légion d'Honneur (Photo by Boris HORVAT / AFP)

Alors Yves, en ce tout début d’année, on a beaucoup parlé, à propos de la réforme des retraites d’un groupe américain dénommé BlackRock. Pourquoi ?

Pour deux raisons qui n’ont rien à voir et qui se sont télescopées. Du coup cela a donné lieu à un embrouillaminis incompréhensible. La première raison est la promotion du patron de BlackRock France comme officier de la Légion d’honneur le 1er janvier dernier. Cette décoration a été vécue comme une provocation par les syndicats, car pour eux BlackRock serait le méchant américain prêt à gérer nos retraites. Or le pauvre Jean-François Cirelli ne doit sa décoration au fait qu’il a servi Jacques Chirac puis Raffarin avant d’être patron de Gaz de France.
Alors oui, il est aujourd’hui patron de BlackRock France. Mais il n’a jamais joué un rôle dans la réforme des retraites car ce n’est pas son métier. Tous les syndicats y ont vu le signe que le gouvernement voulait favoriser la capitalisation donc l’épargne retraite. Ce qui était un brulot. Mais BlackRock est un groupe qui gère 6.000 milliards dollars d’actifs, de manière passive. Il est au service des banques, pas des épargnants. C’était vraiment une polémique grotesque qui a été montée en graine dans le vide de la trêve des confiseurs.

Il y a tout de même un sujet lié à la retraite capitalisation dans la réforme pour les cadres qui gagnent un montant élevé.

La réforme prévoit que les cadres payés plus de 120.000 euros cotiseront faiblement aux caisses de retraites et verront donc leur pension chuter. Ça veut dire que ces cadres vont être amenés de gré ou de force à préparer leur retraite en partie tout seuls et donc avec des placements. D’ailleurs la loi Pacte qui a été discutée il y a un an a facilité la vente par les
banques de produits d’épargne retraite comme le PERP. Mais tout cela n’a rien à voir avec BlackRock qui ne vend pas ce type de produits, mais aide les banques à gérer leurs actions. Du coup effectivement la conjonction de ces deux éléments a donné lieu à des fantasmes de tout genre chez les complotistes. La leçon de cette affaire, c’est que ça montre à quel point la pédagogie de cette réforme a été mal faite. Espérons que le gouvernement a désormais bien compris que pour une réforme de cette importance la communication doit précéder l’action.