Le regard d'Élisabeth Lévy - "Jean-François Delfraissy, ce Confinator qui dirige la France"

Depuis bientôt un an que le conseil scientifique a été créé, Jean-François Delfraissy occupe une place majeure dans la communication de l'exécutif. Seulement, est-ce bien le rôle d'un conseiller de préparer la pommade pour les Français ? Et à ce petit jeu de conseillers et ministres par médias interposés, place également à la défausse.

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Et si on parlait de Jean-François Delfraissy vu que c’est lui qui dirige la France ?

Il est normal qu’on s’intéresse à lui. Alors que le conseil scientifique a rendu son avis au gouvernement mardi soir et qu’on attend de nouvelles décisions de l’exécutif, Confinator - comme on a surnommé Delfraissy pour sa propension à vouloir tout boucler - est partout. Après une longue interview dans l’Express la semaine dernière, il était sur TF1 mardi soir, sur France Info hier matin. 

Suis-je injuste alors que celui-ci précise toujours que la décision appartient aux politiques ?

Certes, il le dit. C’est une affirmation rituelle mais en même temps, il morigène le gouvernement : « Plus vite on prend des décisions, plus elles seront efficaces », a-t-il notamment déclaré. Et il explique ce qu’il faudrait faire. Par exemple, il recommande un dépistage massif dans les écoles. Il est vrai qu’il est un peu moins Confinator qu’à son habitude puisqu’il demande une réouverture partielle des universités. 

Est-il déjà normal qu’il s’exprime ? 

Mais non ! Il faut peut-être lui expliquer le sens du mot « conseiller ». Il doit présenter à l’exécutif les éléments nécessaires à la décision mais c’est au Prince de décider. Avant chaque décision, des dizaines de conseillers font des notes, tentent de faire prévaloir leurs vues. Imaginez la cacophonie s’ils allaient tous dans les médias pour expliquer que la bonne décision est celle qu’ils préconisent.

Que ce soit voulu ou pas, Jean-François Delfraissy exerce une pression sur l’exécutif. Et on ne peut s’empêcher de penser qu’il joue lui aussi au grand jeu de la défausse. Si ça tourne mal après, il pourra expliquer devant l’opinion que si on l’avait écouté, tout irait mieux. 

Peut-être est-ce le pouvoir qui lui demande de s’exprimer ?

Oui, vous m’avez fait remarquer que les membres du conseil scientifique parlaient beaucoup ces jours-ci. Dans cette hypothèse, c’est le pouvoir qui s’abrite derrière les scientifiques et qui cherche à travers eux à préparer l’opinion à des mesures douloureuses. Autrement dit, ce serait le pouvoir qui fait pression sur l’opinion par “conseil scientifique interposé”. Ce qui est tout aussi problématique et inutile. In fine, ce sont nos dirigeants élus qui seront responsables des décisions prises. Et ce sont eux qui risquent leur réélection. Alors tous feraient mieux d’observer une règle simple : “un conseiller, ça ferme sa gueule” comme le disait Chevènement.