Quand Laurent Wauquiez, partisan de la préférence régionale, accueille l’Américain Facebook à bras ouverts, quelques dents grincent chez les patrons locaux du numérique. Mais, quand l’événement est accompagné d’un marché public sans mise en concurrence remporté par une start-up basée à Paris et San Francisco, la colère prend le dessus.

Début juillet, Laurent Wauquiez et Facebook ont présenté un partenariat pour la "digitalisation de la région". Oubliées les clauses Molière sur la langue française ou la préférence locale chère au président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes. La présentation s’est faite avec anglicismes et le partenaire choisi est un géant américain. Au programme, plusieurs initiatives, toutes financées par Facebook : des événements dédiés à la transition numérique des PME/TPE, l’emploi pendant six mois de cinq ambassadeurs Facebook pour aider les entreprises, ainsi qu’une plateforme pour mettre en relation élus et citoyens.

De l’argent public pour publier sur Facebook

Le partenariat est mal passé chez certains patrons lyonnais, une ultime décision découverte par Lyon Capitale / Le Lanceur avant sa présentation ayant mis le feu : la Région finance la start-up parisienne Work4 à hauteur de 340 000 euros, pour mettre en ligne des offres d’emploi et de formation sur sa page… Facebook. Concrètement, Auvergne-Rhône-Alpes ne donne pas un centime au réseau social, mais finance une possible killer app de Facebook, ces services qui rendent un réseau social incontournable. Work4 étant considérée comme la seule entreprise capable de répondre aux besoins, le marché a été passé sans publicité ni mise en concurrence préalable. Interrogé par Lyon Capitale sur un avantage non négligeable, Laurent Solly, le patron de Facebook France, ancien chef de cabinet de Nicolas Sarkozy, a refusé de répondre sur ce point. Laissant entendre que ce partenariat serait désintéressé. "Il n’y a aucune démarche commerciale derrière", a-t-il déclaré à la conférence de presse, déclenchant au passage quelques sourires dans l’assemblée. Relancé pour apporter une réponse claire, Laurent Solly a préféré mettre fin à la présentation. Laurent Wauquiez s’est voulu plus direct : "Il n’y a rien d’exclusif. On ne s’enferme avec aucun partenaire et on veut travailler avec les meilleurs". "Je ne veux pas qu’on soit entre les mains de Facebook", a-t-il ajouté.

Le Canard enchaîné enfonce le clou

Les garanties de Laurent Wauquiez sont encore insuffisantes pour certains patrons lyonnais. Un avocat a été mandaté pour étudier un éventuel recours pour favoritisme. L’affaire ne devrait pas retomber. Dans son édition du 12 juillet, Le Canard enchaîné a repris les informations de Lyon Capitale / Le lanceur, confirmant que même si la Région affirme que Work4 est "la seule solution technique capable de répondre à cet appel d’offres […] Plusieurs PME, jointes par Le Canard prétendent pourtant être en mesure d’offrir le même type de services". Conclusion de l’hebdomadaire : "Non seulement Facebook, à l’instar des autres Gafa (Google, Apple et Amazon), ne veut pas payer d’impôts en France, mais en plus il s’introduit, grâce à nos impôts, sur le marché de Pôle Emploi ? Qu’aurait dit Laurent Wauquiez, à l’époque où il était secrétaire d’État à l’Emploi ? Welcome ?"

 

Retrouvez cette enquête de Florent Deligia sur le site lelanceur.fr

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