Laurent Mauduit: "Plan pour les urgences, le bluff de la comptable en chef Agnès Buzyn"

Editorial

La ministre de la santé, Agnès Buzyn a annoncé un plan de 754 millions d’euros en faveur des urgences. Cela ne suffit toujours pas selon vous ?

Je vous vois venir. Vous allez me reprocher de ne pas applaudir la mise en place du service d’accès aux soins annoncé par la ministre, cette plateforme téléphonique et numérique qui sera accessible à toute heure du jour ou de la nuit. Vous allez me faire grief de ne pas me réjouir de l’amélioration de l’offre de consultations médicales sans rendez-vous, chez des médecins ou dans des maisons de santé. Vous allez me rabrouer parce que je ne salue pas la généralisation annoncée des parcours dédiés aux personnes âgées pour éviter les urgences. Bref, vous allez me reprocher de jouer les mauvais coucheurs, même quand le gouvernement met beaucoup d’argent sur la table, c’est cela ?

Puisque c’est vous qui le dites : un peu mauvais coucheur…

Eh bien, je le conteste. Et cela pour plusieurs raisons. Primo, ce chiffre de 754 millions d’euros n’a aucun sens puisque tout sera financé par redéploiements, sans un sous de plus. C’est de la communication, pour impressionner l’opinion. Deuzio, il y a des mesures qui sont du bluff. Un exemple, celui des parcours dédiés pour éviter aux personnes âgées de passer par les urgences. En fait, dans beaucoup de régions, cela existe déjà, mais quand il n’y a pas de lits disponibles en gériatrie, les personnes âgées sont renvoyées vers les urgences. Et puis tertio, il n’y aura jamais de refondation des urgences, en France, si les politique de santé ne s’inscrive pas dans une philosophie radicalement nouvelle…

Qu’entendez-vous par là ?

Vous savez ce que je veux dire. Depuis plus de trois décennies, on a enserré, gauche et droites confondues, les politiques de santé dans des politiques draconiennes d’austérité, à coup de restrictions de crédit. Comment paie-t-on un personnel hospitalier ultra dévoué ? Au lance-pierre ! Combien de lits hospitaliers a-t-on supprimé ? Pas loin de 100.000 ces 20 dernières années. Et combien d’hôpitaux ont-ils été fermés ? Bref, c’est la vision comptable qui a présidé à tous les choix. La vision comptable, l’obsession du trou de la Sécu, et jamais le côté humain des choses, jamais la détresse des patients se rendant aux urgences, jamais l’exaspération des personnels soignants qui tirent depuis si longtemps la sonnette d’alarme et qui ne sont jamais entendus.

Oui, jamais ou très mal entendus : avec son pseudo-plan, la comptable en chef Agnès Buzyn a noyé l’espoir d’une réforme –vous connaissez la formule célèbre- « dans les eaux glacées du calcul égoïste »