Laurent Mauduit: Française des jeux: "la privatisation la plus scandaleuse jamais envisagée en France"

Editorial politique

Alors que le ministre des finances, Bruno Le Maire, veut faire de la prochaine privatisation de la Française des jeux, une opération exemplaire, vous dénoncez, Laurent, ce projet. Pour quelles raisons ?

Pour d’innombrables raisons, Patrick. Parce que c’est la privatisation la plus scandaleuse qui ait jamais été envisagée en France. Primo, la Française des jeux, c’est une machine a cash, qui rapporte bon an mal an 3,5 milliards d’euros. Alors, en ces temps de crise budgétaire, on se demande bien pourquoi l’Etat prendrait le risque d’abandonner au privé cette poule aux œufs d’or.
Deuzio ! Les jeux d’argent génèrent des risques majeurs sur la santé publique. Des risques d’addiction. Il est donc inadmissible que l’Etat sorte du jeu. D’autant plus inadmissible que ces risques d’addiction, selon les études disponibles, pèsent de la même manière sur tous les milieux sociaux. Mais il faut bien mesurer ce que signifie ce constat : il signifie que les milieux modestes sont, en valeur relative, beaucoup plus exposés que les milieux fortunés. En clair, les jeux d’argent, fonctionnent comme un impôt sur les pauvres. Un impôt très injuste car il est régressif.

Et puis, d’après vous, il y a aussi un risque de sécurité publique…

Exactement. Parce que les jeux d’argent ont toujours fait le jeu de réseaux affairistes ou même de réseaux criminels, en quête de système de blanchiment d’argent…

C’est exagéré, ce que vous dites. Car la Française des jeux va être privatisée, mais il y aura une autorité de régulation qui fera office de gendarme…

Non, Patrick. Ce que je dit n’est pas exagéré. C’est le bon sens. La preuve, je peux vous la fournir. Sur les 12 opérateurs de jeux en ligne qui sont dès à présent agréés en France, vous savez où la majorité d’entre eux ont leur siège social ? Je dis bien la majorité ? Je vous le donne en mille : à Malte ! C’est le cas pour Betclic, pour Netbet, pour Vivaro et bien d’autres sites encore – Je tiens Patrick la liste complète à votre disposition.

La France ne peut évidemment pas s’y opposer puisque Malte, c’est dans l’Europe. Mais Malte, c’est aussi un paradis fiscal. Un paradis fiscal éclaboussé par des scandales à répétition, puisque c’est l’un des terrains de chasse préférés de la mafia calabraise, qui se sert périodiquement des jeux d’argent en ligne comme un moyen de blanchiment de l’argent de la drogue. Et cela, avec des complicités au plus haut niveau, puisqu’en 2017, une enquête de la justice italienne a établi que le fils d’un ancien premier ministre de Malte, David Gonzi, était à la tête d’une société impliquée dans ces trafics d’argent sale.
Alors pourquoi la France lance-t-elle une privatisation aussi sulfureuse. C’est une faute politique, c’est une faute budgétaire. Mais par dessus tout, c’est une faute morale.