Laurent Hénart: il faut rassembler tous les Européens fédéraliste"

Du centre-gauche au centre-droite, les fédéralistes doivent se rassembler, sans forcément donner un blanc-seing à la République en marche, selon le maire de Nancy et coprésident du Mouvement Radical (issu de la fusion des deux partis radicaux, de gauche et de droite). Invité du "petit déjeuner politique", Laurent Hénart ne cache pas ses divergences avec le gouvernement sur certains sujets nationaux comme la laïcité: il prône, pour son parti, une adhésion au cas par cas à la politique macronienne.

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"Sanction exemplaire" pour Christophe Dettinger 

Christophe Dettinger, l'ex-champion de boxe filmé en train de frapper des manifestants, va être jugé ce mercredi. Il doit être sanctionné sévèrement selon Laurent Hénart.

"La peine doit être aussi exemplaire que l'exposition médiatique l'a été pour son acte. Quelqu'un qui revendique d'avoir violé la loi, qui en nourrit une certaine fierté, doit être sanctionné. Je fais confiance au juges pour tenir compte de la situation particulière, qui est aggravante."

Une nouvelle taxe carbone sous conditions

86 députés de plusieurs groupes réclament le retour d'une nouvelle taxe carbone, plus équitable. Une revendication que partage le co-président du Mouvement radical:

La taxe carbone est dans tous les engagements de toutes les formations politiques depuis 15 ans. Cette taxe carbone peut être comprise si elle est intégralement rendue: il faut montrer que l'intégralité du produit part dans la transition, le non-polluant, l'investissement dans les logements, les transports en commun, la transition alimentaire. Et puis il faut aussi prendre en compte la trajectoire, la hausse des prix du marché, pour que cette hausse des prix reste progressive. Il faut supprimer d'autres impôts.

Cela doit s'accompagner selon le co-président du Mouvement radical, d'une baisse des cotisations, mais aussi d'une refonte de la fiscalité, notamment au niveau européen:

Il faut une fiscalité plus portée sur les mouvements financiers. Il faut explorer la taxe Tobin, sur les transactions financières à l'échelle européenne, avancer sur la taxation des GAFA, mettre en place une fiscalité verte pour protéger l'Europe de la concurrence déloyale: dans la compétiton mondiale, il y a une discrimination entre nous qui respectons des standards écologiques et sociaux, et ceux qui ne le font pas.

Fusionner les communes et conserver des mairies de quartier

Pour le maire de Nancy, il faut pousser plus loin les économies au niveau local, tout en ménageant les identités de clocher:

On ne peut plus augmenter les impôts locaux, les gens saturent. Il faut donc dégager des marges en dépensant moins sur la structure,et davantage sur la proximité. Il faut aussi repenser l'organisation communale qui a 200 ans, qui date de la Révolution: d'autant que la nouvelle loi sur les communes nouvelles encourage les fusions-association. Mais ça ne se fait pas sans les habitants: vous gardez la commune de coeur, avec une sorte de mairie de quartier, avec pourquoi pas un maire délégué qui a le rang d'adjoint au maire, et la possibilité comme à Paris Lyon et Marseille d'avoir une logique d'arrondissements. On peut faire des grandes communes avec une logique de proximité à l'échelle de grands quartiers qui sont les anciennes communes fusionnées.

"L'Etat n'est pas là pour organiser le culte"

L'ancienne ministre de François Hollande, Sylvia Pinal claque la porte du Mouvement radical. "Elle n'a pas voulu attendre le congrès du 9 mars pour dire si elle était d'accord ou non avec notre ligne politique", commente Laurent Hénart. Une ligne qu'il esquisse:

Depuis qu'on a fusionné radicaux de gauche et radicaux de droite, on soutient le gouvernement quand on est d'accord, et ont fait des propositions alternatives quand on ne l'est pas. Par exemple on est d'accord avec les mesures éducatives de Jean-Michel Blanquer (dédoublement des CP CE1, retour aux matières fondamentales, renforcement de l'école maternelle). A l'inverse on a très tôt dénoncé les 5 euros d'APL, la politique du logement social qui ne nous parait pas bonne, on a alerté sur le fait que le gouvernement ne prenait pas assez en compte les collectivités territoriales, et on est très attachés à la laïcité.  On est attachés à la justice sociale, on est le partis de territoires, et on est des laïques. Voilà ce qui nous différencie du Modem et d'En Marche.

La question de la laïcité, sur laquelle il assume une divergence profonde avec l'approche macronienne:

Je dis attention: l'Etat n'est pas là pour organiser le culte, ni faire du communautarisme. Quand il pointe le sujet du djihadisme et du recrutement des extrémistes musulmans dans les quartiers, il ne pointe pas la loi de 1905. Ca fait longtemps qu'ils sont sortis des salles de prière. Ils sont dans toutes les associations: clubs de sport, de soutien scolaire, des associations d'aides sociales pour les maires isolées. C'est la loi de 1901 qu'il faut contrôler, tout le secteur associatif sur lequel il faut mettre plus de transparence, et je pense que le débat n'est pas seulement celui des lieux de culte mais, dans les quartiers d'habitat social, sur l'ensemble du monde associatif. La liberté associative, ça doit être pour l'épanouissement des gens, pas pour leur embrigadement.

Elections européennes: "il faut une liste ouverte"

Du centre-gauche au centre-droite en passant par En Marche, tous les européens fédéralistes devraient faire liste commune, au delà de leurs divergences nationales, selon le maire de Nancy:

Il faut rassembler tous ceux qui ont le même projet européen, d'Alain Juppé, à Pierre Moscovici, ou encore Michel Barnier, mais aussi d'autres formations centristes: on peut partager un même projet européen fédéraliste. Face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui font une élection nationale avec les élections européennes.  On peut avoir des points de désaccord avec la majorité, mais partager un projet européen avec En, Marche, le Modem...

Pour autant selon lui la liste unique avec les macronistes n'est pas acquise:

Ce n'est pas fait, on échange encore avec la République en Marche. Il faut une liste ouverte. Si on doit être alignés sur le gouvernement pour être sur la liste, ça n'est pas acceptable pour les Radicaux. Il faut défendre une Europe politique intégrée, face aux populistes, même si on a des divergences nationalement. Il faut rassembler tous les européens.