éditorial

L'édito de Natacha Polony

Natacha Polony ©Anthony Ghnassia
Politique

La grogne des fonctionnaires est-elle justifiée ?

Natacha Polony revient aujourd'hui sur le mouvement de grève des fonctionnaires, prévu ce mardi. Cette grogne est-elle justifiée ?

Gel de la valeur du point d'indice, rétablissement du jour de carence, simple compensation de la hausse de la CSG sans oublier, à terme, 120 000 postes supprimés sur la durée du quinquennat. On se doute que ça pose un problème aux fonctionnaires.

Pourtant, on ne peut pas dire que ces derniers soient les plus mal lotis. Leur pouvoir d'achat est même reparti à la hausse, grâce aux mesures prises par François Hollande en fin de quinquennat. Bon, il faut dire que l'ex-président préparait à l'époque une éventuelle candidature, il a donc mis le paquet. Mais la part du symbole est essentielle dans la politique à l'égard des fonctionnaires. Il y a ceux qui les flattent comme un électorat captif et puis, il y a ceux qui les utilisent pour afficher un volontarisme budgétaire. C'est comme ça qu'ils s'étaient retrouvés au cœur de la campagne présidentielle, durant laquelle on a en effet passé 6 mois à ergoter sur le nombre de fonctionnaires à supprimer.

Alors que la dépense publique est de 7% du PIB, on constate souvent que les fonctionnaires sont mieux protégés que d'autres salariés. Faut-il alors répartir l'effort ? Alors bien sûr et même si nous avons moins de fonctionnaires par habitant que les pays scandinaves, nous en avons 1 000 000 de plus que dans les années 1990, époque où la France n'était quand même pas sous administrée. Sauf qu'il faut savoir de quoi on parle ! Il y a toutes sortes de fonctionnaires qui effectuent des tâches qui n'ont rien à voir entre elles. Le million supplémentaire, c'est dans la fonction publique territoriale. Et les embauches des collectivités locales, outre une forme indéniable de clientélisme, ont  surtout servi à masquer une part du chômage de masse. Et en parallèle de ces villes, dans lesquelles les fonctionnaires ne travaillent parfois que 32 heures par semaine et multiplient les régimes dérogatoires, on a, dans la fonction publique hospitalière, des gens qui collectionnent les heures supplémentaires et qui sont au bord de l'épuisement. Donc il faut arrêter de parler des fonctionnaires en général.

Ce mouvement de protestation peut-il être gênant pour le gouvernement ? Le fond syndical est éclaté, l'opposition politique est inexistante et les Français ont l'impression que les salariés du privé ont beaucoup donné. Il y a donc peu de risque que les fonctionnaires puissent trouver un soutien pour leur mouvement, tant on a réussi à les faire passer pour des privilégiés dans un monde de précarité. Mais le problème n'est pas là, il est dans l'impression qu'ont les français de voir disparaître leur service public et c'est de là que viendra la colère. Celle-ci n'est pas liée au sort des fonctionnaires en général, mais plutôt au sort de certains en particulier.

>> L'intégralité de la chronique est disponible en podcast

 

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