éditorial

L'édito de Véronique Jacquier

Véronique Jacquier
Politique

La France est-elle un pays répressif ?

Jacques Toubon le défenseur des droits estime « que la France n’a jamais été aussi répressive ». Exagère t’il ? La France est-elle un pays répressif ? 

Arrêtons-nous sur les mots : La France serait répressive en « matière d’atteinte à nos libertés ». Jacques Toubon donne des chiffres : 1520 dossiers en 2018 pour des manquements à la sécurité : violence, refus de plainte.

Une hausse de 24% en un an mais surtout dans ces saisines, un peu plus de la moitié incriminent la police nationale et 29 dossiers concernent directement des tirs de lanceur de balles de défense ou de grenades.

Pour Jacques Toubon la gestion des forces de l’ordre pendant la crise des gilets jaunes pose problème. Trop de gens mutilés, trop de dangerosité dans les armes utilisées par des policiers qui ne sont pas formés pour s’en servir.

Hier Christophe Castaner le ministre de l’intérieur a recadré Jacques Toubon en rappelant que les policiers agissent dans le cadre de conflit et non de simples manifestations. Mais le défenseur des droits dit la même chose que l’ONU et les députés européens. Tous condamnent la France pour l’usage disproportionné du lanceur de balles de défense. Sur ce point c’est difficile de dire qu’il n’y a pas d’aspect répressif dans la politique du maintien de l’ordre. Même chose pour la loi anti casseur. Cette loi est une atteinte au droit de manifester puisque l’arrestation des supposés casseurs se fera sur des critères arbitraires. Et en plus, le préfet aura le pouvoir d’interdire à une personne de manifester, ce ne sera plus un juge.

C’est quand même rare d’en arriver jusque là en démocratie. Preuve que la loi a été pensée sous le coup de la panique liée à la crise des gilets jaunes, Emmanuel Macron saisit le conseil constitutionnel ! Si le conseil estime qu’avec la loi anti-casseurs les atteintes à la liberté sont bafouées, le président pourra toujours dire qu’il est au dessus de la politique politicienne. Mais cette manœuvre présidentielle témoigne bien du coté autoritaire de la politique menée à l’Elysée.

Oui mais le gouvernement fait face à une crise inédite avec les gilets jaunes. Est-ce que ça n’explique pas un coté répressif assumé ?

Oui le problème c’est que la répression n’est pas que sécuritaire. Elle est aussi judiciaire. Et le diable se cache dans les détails. Le Canard Enchainé a rapporté la consigne des magistrats du parquet de Paris en pleine crise des gilets jaunes : inscrire au fichier des antécédents judiciaires tous les manifestants même quand les faits ne sont pas constitués.

C’est un fichage complètement illégal. Par ailleurs les magistrats sont priés de ne lever les gardes à vue que le samedi soir ou le dimanche matin pour éviter aux fauteurs de troubles de repartir dans les manifs. Ça s’appelle une séquestration arbitraire.

C’est une atteinte à la liberté individuelle. Voilà deux exemples qui illustrent l’aspect répressif de la gestion d’une crise, celle des gilets jaunes. Jacques Toubon dit que notre pays est crispé. C’est vrai. C’est parce qu’il ne va pas bien qu’il y a tous ces tours de vis. Mais c’est aussi parce qu’Emmanuel Macron est autoritaire.

En matière de restriction de nos libertés il y a la loi anti-fake news, il y a aussi le projet d’un bureau européen de surveillance de la démocratie dans chaque pays de l’union au moment des élections. Heureusement on peut encore parler de cotés répressifs, pas de répression. La France est encore une belle démocratie et pas une dictature. Il y a des juges pour sanctionner les atteintes à notre liberté. Ne l’oublions pas.

Les rubriques Sudradio