Jean Messiha : l'économie est "le talon d’Achille du programme du camp national"

Jean Messiha, économiste et haut fonctionnaire, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 6 novembre 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Jean Messiha interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 6 novembre 2020 à 7h40.

Jean Messiha : "J’ai voulu cesser d’être le caillou dans la chaussure" de Marine Le Pen

Jean Messiha a annoncé cette semaine quitter le parti Rassemblement National. Il rassure qu’il n’a pas été poussé vers la sortie : "je crois que c’est un constat qui est né d’une petite divergence au sein de la ligne politique", à la suite de commentaires de Marine Le Pen sur ses "prises de positions" sur l’Islam et de l’identité, où "elle a clairement dit que ce n’était pas sa ligne".

"Quand on a une divergence sur les argumentaires, il y a un problème", alors qu’il était au RN le délégué national aux études et argumentaires. "Pour ne pas lui poser de problèmes, ni dans le parti, ni en dehors du parti, j’ai tiré les conséquences de ces divergences et de ces problématiques, j’ai voulu cesser d’être le caillou dans sa chaussure".

 

"Les islamistes, ce sont juste des musulmans radicaux"

Les positions de Marine Le Pen sur l’islam et l’islamisme sont plus modérées que celles de Jean Messiha : "je dis que l’islamisme est un artefact sémantique, qui n’existe d’ailleurs pour aucune autre religion". Les islamistes, ce sont "juste des musulmans radicaux. Il n'y a pas de différence de nature, il y a en revanche une différence de degré, tient-il à préciser. "L’islam qui puise une sorte de théocratie dans le Coran est incompatible avec la République, ce qui ne veut pas dire que les musulmans eux-mêmes sont incompatibles avec la République". Pour Jean Messiha, il ne faut pas penser qu' "un musulman se réduit à l’islam : un musulman est avant tout un citoyen français". 

"En fonction de sa pratique de l'islam, un musulman peut être compatible avec la république. Mais l'islam en tant que constitution théologique, politique, économique et sociale ne l'est pas, ajoute Jean Messiha. L’islam est compatible avec la république algérienne, la république iranienne, et pour cause : ce sont des pays qui font de l’islam une religion d’État." Or, la France, "est une république laïque, ce qui déjà est très étrange et incompréhensible pour l’islam", pour le haut fonctionnaire.

 

"Marine Le Pen est la mieux placée aujourd'hui pour remporter l'élection présidentielle"

Jean Messiha n’estime toutefois pas, contrairement à d’autres, que Marine Le Pen soit un problème pour que le RN accède au pouvoir : "c’est quand même la mieux placée, aujourd’hui, pour remporter l’élection présidentielle".

Quant à apporter son soutien à l’un ou l’autre candidat, "je soutiendrai celui qui sera le mieux placé pour gagner l’élection". Il va toutefois "pour l’instant arrêter de faire de la politique active" et monter un think tank sur les questions économiques "pour aider, justement, tout candidat bien placé en 2022".

Pour l’ancien membre du Rassemblement National, "le camp national a une faiblesse sur les questions économiques. Je pense qu’il faut fournir un travail supplémentaire sur ces questions là, c’est un peu le talon d’Achille du programme, du projet présidentiel, du camp national dans son ensemble, pas simplement du Rassemblement National".

 

"Il ne faut ni durcir, ni adoucir : il faut dire le réel"

Concernant les conflits internes au Rassemblement National, Jean Messiha les juge tout à fait normaux, même si certains auraient du mal à les gérer. "Il est tout à fait normal qu’à l’intérieur d’un mouvement, il y ait des sensibilités différentes."

Alors que des critiques de Marine Le Pen jugent qu’elle tente d’adoucir son image, ce qui peut créer un conflit avec ses proches ayant des lignes plus dures, Jean Messiha estime qu’il ne faut "ni durcir, ni adoucir : il faut dire le réel, et c'est un point de divergence avec elle". Le RN a largement parlé du risque de l’immigration pour la France et "aujourd’hui, le réel rejoint le discours".

La recomposition de la vie politique française, pour le haut fonctionnaire, "doit se faire autour d’un grand courant à la fois national, républicain, souverainiste et identitaire", dans lequel serait également intégrée "la gauche républicaine et nationale, qui voit tous ses idéaux foulés aux pieds par l’indigénisme, l’islamo-gauchisme, etc.".

 

"Emmanuel Macron court après les événements !"

Emmanuel Macron a annoncé qu'il fallait changer en profondeur les règles qui régissent l'espace Schengen. Y a-t-il une inflexion dans sa politique ? "Emmanuel Macron court après les événements ! estime Jean Messiha. Quand on lui parlait de frontières il y a 6 mois, il disait que c'était un conseil d'extrême droite !" rappelle-t-il.

Par ailleurs, "il ne parle pas des frontières nationales, mais de celles de Schengen ! Or, on voit bien que Schengen est une passoire... L'immigration illégale qui arrive en France arrive par l'Italie, par l'Espagne, par l'Andorre, il est là notre problème ! Les pays qui surveillent les frontières de Schengen ne font pas leur boulot et ne sont pas près de le faire, regrette-t-il. Pour lui, il faut prendre le taureau par les cornes et faire respecter nos propres frontières, ce qui est la solution proposée par le mouvement national".

 

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