Jean-Christophe Lagarde : "les petits commerces n’auraient jamais dû être fermés"

Jean-Christophe Lagarde, Président de l'UDI et député de Seine-Saint-Denis, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 18 novembre 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Jean-Christophe Lagarde interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 18 novembre 2020 à 7h40.

Jean-Christophe Lagarde : "Je ne veux pas qu’on interdise de filmer, je veux qu’on interdise de lyncher"

La loi sur la Sécurité va être discutée à l’Assemblée nationale ce mercredi 18 novembre 2020. Elle est très critiquée, notamment concernant l’interdiction de filmer policiers et gendarmes : pour certains, c’est une atteinte aux libertés. Mais Jean-Christophe Lagarde n’est pas de cet avis : "Je ne crois pas que ce soit une atteinte aux libertés", déclare-t-il. "C’est une indispensable protection pour policiers et gendarmes."

Il rappelle que "n’importe qui peut filmer une intervention de police qui a lieu". Pour autant, "ce film, la question c’est son utilisation". En cas de faute des policiers "c’est une preuve utile pour la justice", et il peut même être "diffusé sur les réseaux sociaux", notamment par "des journalistes" pour "alerter l’opinion publique". Néanmoins, le député estime que "nous n’avons pas besoin, nous opinion publique, de connaître l’identité de la personne. Ce qui compte c’est ce qu’il s’est passé", notamment car nous ne sommes pas juges. "Je ne veux pas moi qu’on interdise de filmer, je veux qu’on interdise de lyncher. Quand une faute est commise par un policier comme par un citoyen, la justice se rend dans les tribunaux et pas dans Facebook".

 

"La police municipale est indispensable et aujourd'hui, il y a un tas de missions qu'elle n'a pas le droit de faire"

Le texte présente également une extension des pouvoirs de la police municipale. "La police municipale c’est un complément de la police nationale qui n’a pas les mêmes missions" souligne celui qui a également été maire. "La police municipale est indispensable et aujourd'hui, il y a un tas de missions qu'elle n'a pas le droit de faire". Le député de Seine-Saint-Denis explique par exemple que la police municipale "ne peut pas relever une infraction quand des gens jettent des dépôts sauvages d'ordures dans la rue".

"On élargit les capacités de la police municipale, sans lui donner le pouvoir d’enquête, sans lui donner le pouvoir d’État" regrette Jean-Christophe LagardeAutre exemple donné par le député : "un policier municipal qui, aujourd’hui, fait un contrôle sur un conducteur, n’a pas le droit de faire un contrôle d’alcoolémie, donc il appelle la police nationale pour le faire".

 

"On devrait autoriser la police municipale à utiliser des armes longues, en clair des fusils !"

Le texte de loi prévoit aussi d’armer la police municipale, mais le député espère que le choix de cet armement sera laissé au maire : "on doit laisser les maires choisir" estime-t-il. La raison est simple : "un policier municipal qui est en action, il est sous la responsabilité pénale du maire". Sur le risque de voir des maires jouer "les shérifs", pour le député il n’existe pas. "Je crois que les maires sont des gens responsables", en particulier car "ils font partie des rares élus qui sont obligés de rendre des comptes à la population".

Jean-Christophe Lagarde explique pourquoi il avait fait le choix de les armer lorsqu'il était maire : "quand vous mettez quelqu'un en uniforme dans la rue, vous pouvez en faire une cible et j'avais même imposé qu'ils s'entraînent au tir une fois par mois, pour qu'ils maîtrisent leur arme. Il est arrivé une fois qu'ils aient à s'en servir, lors de l'arrestation de braqueurs, et ils s'en sont servi avec un professionnalisme et un sang-froid qui m'ont impressionné" assure-t-il. Le député aimerait même aller plus loin, mais le gouvernement ne semble pas enclin à accéder à cette requête : qu’on autorise les policiers municipaux "à utiliser des armes longues, en clair des fusils", en particulier pour se protéger en cas d’attaque majeure, comme ce fut le cas lors des attentats. "Il n’y a pas de raison si on les met sur la voie publique qu’on ne les mette pas en situation d’intervenir efficacement."

 

"C'est indispensable de casser l'écosystème de la haine"

L’autre loi majeure sur la sécurité qui va être débattue à l’Assemblée dans les semaines à venir est la loi sur le séparatisme. Parmi les mesures qui sont prévues, la nouvelle loi autorisera les préfets à dissoudre les associations. "C’est indispensable", juge le président de l’UDI. "Mais là encore, la question ce n’est pas le pouvoir du préfet, c’est la capacité que l’État va se donner pour contrôler ce qu’il se passe dans une association". 

Un article est par ailleurs envisagé pour lutter contre la haine qui se propage sur les réseaux sociaux. "C'est indispensable de casser l'écosystème de la haine reconnaît Jean-Christophe Lagarde. Tout le monde ne devient pas subitement un assassin au couteau, mais ça favorise une ambiance qui fait que quelques dingues vont se retrouver à un moment donné à agir seul, sans forcément de commanditaire. Les diffuseurs sur les réseaux sociaux doivent être responsables et il faut poursuivre systématiquement les gens souhaite le député. Les réseaux sociaux sont une place publique, on ne devrait pas pouvoir ouvrir un profil sans être décliné".

 

"Les petits commerces n’auraient jamais dû être fermés car ils ne sont pas contaminants"

Emmanuel Macron a annoncé une allocution le 26 novembre 2020 pour annoncer, peut-être, les conditions du déconfinement. Jean-Christophe Lagarde déclare attendre "de voir les chiffres". Pour autant, il juge que "les petits commerces n’auraient jamais dû être fermés car ils ne sont pas contaminants" et sont bien moins dangereux que les supermarchés.

"Je pense que le gouvernement a fait une erreur car c’est économiquement destructeur pour plus de 250.000 petits commerces qui ont aujourd’hui des stocks qu’il ne peuvent pas écouler." Pour lui, le gouvernement "n’a pas basé sa décision sur une donnée scientifique" et "il s’est trompé de voie". Les mesures prises sont "absurdes" et n’ont "pas de sens", surtout au niveau du choix arbitraire des produits jugés comme essentiels ou non-essentiels.

Le député estime que le gouvernement a décidé de rouvrir les commerces à partir du 1er décembre mais "que ce n’est pas tenable", surtout alors que le Black Friday se déroulera quelques jours auparavant. Il juge qu’il ne faudrait pas, "à quatre jours près" rester sur la date du 1er décembre et "qu’on doit laisser ouvrir au 27 novembre" car sur le plan sanitaire "ça ne changera rien" mais sur le plan économique, niveau budget des familles, ça va avoir une incidence. "Je suis pour l’ouverture le 27".

 

 

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