Jean-Baptiste Moreau: "Leclerc est responsable de la crise agricole"

Une commission d'enquête parlementaire va tirer un premier bilan de la loi alimentation au cours des six prochains mois. Elle devra vérifier que la grande distribution joue le jeu dans les négociations commerciales, indique le député LREM de la Creuse, porte-parole d'En Marche et conseiller d'Emmanuel Macron sur les questions agricoles. Agriculteur de profession, Jean-Baptise Moreau défend la nécessité d'une régulation européenne pour éviter les distorsions de concurrence.

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La loi alimentation votée l'an dernier porte ses premiers fruits, selon Jean-Baptiste Moreau, invité du "petit déjeuner politique".

"Le lait, ça va un peu mieux grâce aux États généraux, et à la conjoncture. Mais il y a encore des grands soucis dans la viande."

Selon le député de la Creuse, la loi issue des États généraux de l’alimentation doit encore se mettre en place. "Des distributeurs entrent dans des contrats tripartites agriculteurs-intermédiaires-distributeurs, avec de la transparence sur les marges et les coûts de production. Mais ça met un peu de temps à se mettre en place".

Commission d’enquête parlementaire sur la grande distribution

Les négociations commerciales annuelles se déroulent de novembre à février, explique t-il : elle se termineront donc en fin de semaine. L'occasion de faire un premier bilan de la loi alimentation, et de pouvoir  "tirer les conséquences s’il y a eu des insuffisances côté grande distribution". Pour ça une commission d'enquête parlementaire durera six mois à l'Assemblée nationale.

"Le seuil de revente à perte a été mis en place, mais certains essayent de contourner", dénonce Jean-Baptiste Moreau. Dans son viseur: Michel-Edouard Leclerc, "qui écume les plateaux télé, qui fait des déclarations d'amour aux agriculteurs mais qui serre le kiki à tout le monde".

"Le pouvoir d'achat que Leclerc défend, c'est avant tout le sien" 

Le député de la Creuse enfonce le clou:

"Depuis 30 ans, c’est un des principaux responsables de la crise agricole, et la guerre des prix qu’il a déclenché détruit tous les ans un milliard d'euros dans la filière agroalimentaire. Il a mis à genoux un certain nombre de PME de l'agroalimentaire. Contrairement à ce qu'il dit, il ne se bat pas contre les grands groupes: il met à genoux les PME."

Mieux contrôler les produits agricoles en Europe

Le problème aujourd'hui n'est pas l'importation, mais la chute de la consommation, selon Jean-Baptiste Moreau. "L'Europe doit protéger son modèle".

"Il faut davantage de contrôle, une vraie DGCCRF [direction de la concurrence et de la répression des fraudes, ndlr] au niveau européen, pour contrôler les procédés de production dans les pays d’origine. Car il y a de vraies distorsions de concurrence"

 Selon lui, la politique agricole commune européenne a cependant aussi "sauvé l’agriculture française."

Le député de la Creuse, qui réagit fermement aux propos de la tête de liste RN aux élections européennes, qui redoutait récemment une invasion de boeuf aux hormones sur le marché européen:  "Jordan Bardella ferait mieux de parler de ce qu’il connaît. Le bœuf aux hormones, c’est pas possible. Il y a des contrôles. On le détecterait facilement. Idem pour le poulet à l'eau de javel. Dans la loi « égalim » que j’ai porté, on interdit d’exporter ce qui est interdit en Europe".

"La démocratie c’est pas la loi de celui qui gueule le plus fort"

Jean-Baptiste Moreau, qui dénonce le dégagisme au sein des gilets jaunes, qui doivent savoir s'arrêter selon lui. "Ce n'est pas la rue qui décide, encore moins quand il y a 30.000 ou 40.000 personnes, face à des à des responsables qui, eux, ont été élus". Il dénonce "cette pression tous les samedis qui bride nos artisans, commerçants, qui cause des licenciements : il faut sortir de cette logique qui n’apporte rien".

Le député de la Creuse, qui réfute l'idée d'un "bide" du grand débat avancée par Jean-Luc Mélenchon. "Dans des communes de 150 habitants en Creuse, vous avez eu récemment une cinquantaine de contributions".

Lui, souhaite un référendum à l'issue du grand débat.