éditorial

L'édito de Françoise Degois

Françoise Degois Sud Radio Éditorialiste
Politique

Gilets Jaunes : le tournant de l'opinion

Peut être un tournant dans la crise des gilets jaunes ? 

Pour la première fois, l’opinion change de camp. Selon un sondage Elabe pour Atlantico, 56 % des français souhaitent désormais que le mouvement s’arrête et 64% ne comprennent plus les revendications des gilets jaunes. Il y a d’abord un phénomène d’usure : 3 mois de conflit, des manifestations qui marquent le pas, jamais un conflit social n’a été soutenu aussi longtemps par l’opinion qui aujourd’hui semble se lasser. Pourquoi ? Parce que l’opinion demande une pause en quelque sorte. Elle attend. Elle participe au grand débat, dans ses villes, ses villages. Elle ne sait pas ce qui en sortira mais les français ont décidé de jouer le jeu, sans pour autant donner quitus, les yeux fermés au gouvernement. 

Ensuite, il y cette radicalisation, ou ce sentiment de radicalisation. L’attaque de l’assemblée nationale samedi dernier, les tags antisémites et ce véritable bashing mené par le le gouvernement et les élus de La République en Marche pour discréditer ce mouvement sur un mode très simple : les gilets jaunes sont des casseurs, suggérant même qu’ils sont des antisémites, cette stratégie du pourrissement alliée aux casseurs qui s’en donnent à cœur joie samedi après samedi, tout cela déstabilise l’opinion qui ne sait plus qui croire mais a soif d’ordre, autant que de justice sociale. 

Et puis il y a le grand débat, et surtout il y a Emmanuel Macron qui s’est installé au centre de ce grand débat, en théâtralisant une scène déjà jouée pour la présidentielle : moi face aux français, marginalisant ainsi les gilets jaunes et les oppositions qui ont disparu, même Marine Le Pen. Cette pièce du Président ou du chaos est entrain de porter ses fruits à court terme. 

À court terme parce qu'Emmanuel Macron peut bien gagner quelques points dans sondages, les gilets jaunes sont peut être entrain d’être lâchés par l’opinion, il n’en reste pas moins vrai que la maladie est là, et bien là. Certes anesthésié par ce grand barnum de communication gouvernementale, cette stratégie du durcissement, et dans la loi anti-casseurs, et dans les mots prononcés à l’égard des manifestants : factieux, séditieux, anti-républicain, antisémites etc. Elle est donc anesthésiée mais pas guérie. Et je pense même que le chemin choisi est mortifère. Car le feu peut bien être étouffé, il continue de couver sous la cendre. Les samedi gilets jaunes se poursuivent. Et gare à celui qui oublie que nous ne sommes pas dans une pièce de théâtre et qu’il faudra sortir de ce grand débat avec de l’audace, de l’humilité, et de la justice. Sinon l’incendie repartira.

Les rubriques Sudradio