Général Pierre De Villiers : Le gouvernement manque "d'anticipation" et agit "toujours en réaction"

Le Général Pierre De Villiers, ancien chef d'État-Major des armées et auteur de "L'équilibre est un courage" (Fayard) était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 27 octobre 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Le Général Pierre De Villiers interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 27 octobre 2020 à 7h40.

Emmanuel Macron va réunir deux conseils de Défense, mardi 27 et mercredi 28 octobre, pour discuter des nouvelles mesures à prendre pour faire face au rebond de l'épidémie. Le terme de "conseil de Défense", peut faire peur, mais pour le Général Pierre De Villiers, "les mots ont un sens : s’il a été choisi, c’est qu’il correspond à la situation". Pour autant, il tient à préciser que si "nous sommes en guerre contre le virus, la vraie guerre à mener c’est contre l’islamisme radical". "Ce qu’il faut, c’est que de ces réunions sortent des décisions avec une vraie stratégie pour qu’on puisse finalement dissiper cette incertitude où nous nous trouvons", estime l'ancien chef de l'État major.

 

Manque d'autorité, de stratégie

"Je trouve que la société française aujourd’hui est dans un climat très anxiogène", déplore le général qui remarque une crise "multiple". "Je crois qu’il faut apporter de la confiance", ce qui "manque un peu" et qui, surtout, manque de "carburant", c’est-à-dire "d’autorité", selon lui. L’autorité fait que "chaque individu a le sens du collectif", explique le Général Pierre de Villiers qui dénonce un manque de "stratégie" et de "vision de long-terme" du côté du gouvernement. "On est dans le court-terme, les mesures arrivent les unes derrière les autres. Ce qu’il faudrait, c’est avoir un rayon d’espérance", conseille le frère de Philippe de Villiers.

Il concède toutefois que ce soit compliqué : "la conduite de l’action, dans le brouillard de la guerre, est toujours très difficile". Mais le général est persuadé que l'anticipation est "un ingrédient indispensable pour amener à la victoire". Or, le Général Pierre De Villiers a plutôt le sentiment "que l’on court derrière le virus" et que "finalement, on est toujours en réaction". "Moi, je préfère l’anticipation", assure-t-il.

Un manque de discipline ?

Certains pointent du doigt des Français indisciplinés, notamment pour faire fi des recommandations sanitaires du gouvernement. "La principale caractéristique du Français, qui est quand même quelque part un peu un Gaulois, n’est pas sa discipline, c’est son génie". Le Général concède d’ailleurs que "parfois le génie manque de discipline", mais que dans le cadre du confinement "les Français ont fait preuve d’une très grande discipline".

L’erreur a été de dire que les efforts étaient terminés alors qu’aujourd’hui on demande aux Français de "recommencer" ce qui est "toujours plus difficile, parce qu’encore une fois, le doute est apparu ; et le doute, c’est le début de la défaite. Il faut dissiper cette incertitude", recommande le militaire.

La Turquie contre la France

Les relations franco-turques se sont fortement dégradées sur fonds de polémique sur les caricatures de Charlie Hebdo, au point que le président Erdogan a appelé au boycott des produits français. Pour le Général Pierre De Villiers, "la Turquie est une illustration de la réapparition, depuis une dizaines d’années, des États-puissances qui cherchent à gagner leur influence perdue". Pour la Turquie, par exemple, la volonté est celle d’une résurgence de l’Empire Ottoman. "C’est une vision à 20 ans : quand nous, nos démocraties européennes, sommes sur la prochaine élection, lui il est sur la prochaine génération", prévient-il.

Erdogan "a un comportement et une attitude très agressifs", juge l’ancien Chef d’État-major des Armées qui se dit "choqué par ses propos" et "par des dérives de vocabulaire, dérives de violence verbale, dans un certain nombre de pays". Il rappelle que "la violence verbale précède toujours la violence physique" et affirme qu’on "ne peut pas admettre que la Turquie ait ce comportement" que ce soit en Syrie contre les Kurdes, en Lybie ou encore dans le Haut-Karabakh.

Une réponse immédiate

"La Turquie est un pays très important pour la stabilité du monde" car elle est "la porte d’entrée, le sas, entre la chrétienté et l’islam". Il faut donc "une réponse française, parce que le Président a été agressé par le Président Erdogan", mais il faut "clarifier la situation sur le plan international" et "arrêter l’adhésion de la Turquie à l’Europe", ajoute le militaire qui appelle l'Otan à "clarifier la situation".

Toutefois, le Général estime qu’il "ne faut pas fermer la porte à la Turquie : historiquement, la Turquie a toujours été un pays extrêmement important à l’équilibre du monde". Mais il ajoute que "la diplomatie, c’est aussi l’art de garder l’équilibre entre l’humanité et la fermeté".

De la fermeté contre l'islam radical

La dégradation de la situation est liée également aux propos, forts, d’Emmanuel Macron contre l’islamisme et en faveur des caricatures et de la liberté d’expression. "Je pense que la fermeté, dans cette guerre contre l’islam radical, est nécessaire", estime le général qui ne veut "pas choquer inutilement la majorité des musulmans" tout en ne transigeant pas "sur cette liberté". "Cette liberté permettra aux musulmans, qui sont souvent les principales victimes des terroristes islamistes, de vivre leur vie sereinement", explique le militaire.

Pour écrire son dernier livre, L'équilibre est un courage, le Général Pierre De Villiers s’est rendu à plusieurs reprises dans les banlieues, considérées comme les principaux foyers de développement du séparatisme islamiste. Une thèse qui, pour lui, est "une réalité en France". "Ils sont là, les terroristes potentiels islamistes radicaux, plutôt jeunes, plutôt dans les cités", rapporte-t-il.

Lors de ces rencontres, le Général a malgré tout pu remarquer qu’avec "les jeunes de ces cités, qui n’ont pas basculé dans le salafisme" il est possible de dialoguer. "Avant, il y avait une indifférence courtoise entre les caïds", ceux qui font tourner l’économie de la cité, "et puis les salafistes, qui eux ont d’autres objectifs", à savoir convaincre les jeunes à rejoindre leurs rangs et cette idéologie "qui vise à instaurer la barbarie sur notre sol et changer notre régime démocratique et imposer la Charia". Or, maintenant, il y a "une symbiose qui est en train d’arriver entre ces caïds et ces salafistes" qui représente un "risque qui est relativement nouveau", prévient Pierre de Villiers qui voit "les ferments d’un durcissement dans ces cités qui sont déjà un monde de violence, même si la grande majorité de ces populations, sont des gens qui veulent la paix".

Le livre, très complet, semble un véritable programme électoral, ce que réfute le Général : "mon livre n’est pas un programme électoral, c’est une stratégie" qui vise à sauver les démocraties. "Il faut reconstruire notre système global qui est en train de s’effondrer sous nos yeux et on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas." "Aujourd’hui, il est temps de reconstruire les fondamentaux", invite le militaire.

 

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