Fabien Roussel - 49.3 : "je me demande même s'il n'y a pas un point de constitutionnalité sur ce Conseil des ministres"

Fabien Roussel, député du Nord et Secrétaire national du PCF, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 2 mars sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Fabien Roussel, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 2 mars à 7h40.

Fabien Roussel : "Ce n'est plus la République en Marche, c'est la République en miettes !"

Fabien Roussel, député du Nord et Secrétaire national du PCF, s'est offusqué de l'utilisation du 49-3 par Édouard Philippe pour faire passer la réforme des retraites. "Les débats avançaient ! affirme-t-il au micro de Patrick Roger. Il restait 29.500 amendements à discuter, on avançait au rythme de 100 amendements à l'heure, ce qui est un rythme normal. Ce texte fondamental, qui va toucher toutes les générations, qui engage le pays pour les 50 prochaines années, mérite un débat à l'Assemblée nationale, estime-t-il. Il n'y a pas urgence ! On pouvait bien prendre 3-4 semaines de plus. En utilisant le 49-3, cette majorité abîme la démocratie, abîme la République. Ce n'est plus la République en Marche, c'est la République en miettes ! dénonce-t-il.

Je vais même plus loin, ajoute-t-il, et c'est un argument de la droite : cette réforme des retraites n'est pas financée, puisque la conférence de financement va conclure ses travaux fin avril-début mai. Nous aurions dû attendre au moins de connaître la manière dont cette réforme sera financée pour pouvoir étudier ce texte à l'Assemblée nationale".

 

"Je me demande même s'il n'y a pas un point de constitutionnalité sur ce Conseil des ministres qui n'avait pas inscrit à l'ordre du jour le 49-3"

La décision a été prise un samedi après-midi, en pleine crise du coronavirus. Pour Fabien Roussel, "c'est la cerise sur le gâteau ! Le samedi après-midi à 17h, on voit arriver un Premier ministre 'en loucedé', sans prévenir, monter à la tribune et dire 'c'est fini vous pouvez rentrer chez vous il n'y a plus de discussion !' déplore-t-il. On n'a jamais vu ça ! On a une majorité gouvernementale ultra-majoritaire à l'Assemblée nationale, sans frondeurs, ce sont des automates, des playmobils ! Ils n'ont pas besoin du 49-3 pour faire passer leur texte. On se pose des questions, ils n'ont toujours pas dit quel était l'âge d'équilibre, précise-t-il. Pour les travaux pénibles, ils n'ont pas dit à quel âge ils devraient pouvoir partir sans décote. 

Ce n'était même pas inscrit à l'ordre du jour du Conseil des ministres, fustige-t-il. Ce n'est pas inscrit dans le compte-rendu. Je me demande même s'il n'y a pas un point de constitutionnalité sur ce Conseil des ministres qui n'avait pas inscrit à l'ordre du jour le 49-3. Comment est-ce possible que dans notre République, un Conseil des ministres décide en catimini de l'usage du 49.3 et que les députés de la majorité l'apprennent par SMS 15 minutes avant ?".

 

"S'il faut, on manifestera avec un masque, mais on ne nous bâillonnera pas !"

À quoi va servir la motion de censure du PCF et des Insoumis ? "C'est la seule possibilité de voter pour ou contre ce procédé de 49-3, explique Fabien Roussel. Cette motion est là pour dire que nous n'acceptons pas cette méthode ni cette réforme, nous voulons avoir le débat jusqu'au bout. Nous avons une contre-réforme, d'autres propositions et nous voulons dire tout cela. On ne peut pas accepter ce coup de force". La droite va déposer aussi une motion. "Je pense que je vais la voter, je vais écouter comment elle sera présentée, annonce Fabien Roussel. Le principe de la motion de censure, c'est d'additionner les voix des députés afin que ça forme une majorité de voix pour remettre en cause le Premier ministre et le choix du 49-3. Il faut que nous soyons unis sur le principe que le 49-3 ne doit pas s'appliquer sur un texte aussi important".

Les syndicats opposés à la réforme se retrouvent lundi 2 mars, et pourraient appeler à se mobiliser dès le 3 mars. "Les communistes appellent à se mobiliser largement, à se rassembler pour dénoncer l'usage du 49-3". Fabien Roussel appelle aussi "à ce qu'il y ait des rassemblements devant les préfectures et sous-préfectures pour interpeller les représentants de l'État et dénoncer cette attaque contre la démocratie. S'il faut, on manifestera avec un masque, mais on ne nous bâillonnera pas !".

 

Coronavirus : "Le gouvernement doit être à pied d'oeuvre tous les jours pour lutter contre cette épidémie et pas un chef de gouvernement en campagne au Havre"

Concernant le coronavirus, Fabien Roussel "a du mal à comprendre la logique du gouvernement pour endiguer l'épidémie. Je pense qu'il y a les avis des scientifiques qui disent que le virus circule et qu'il faut faire avec. Mais je pense que la responsabilité des politiques, c'est parfois prendre des principes de précaution, car ce virus est 10 fois plus mortel que la grippe, qui fait déjà beaucoup de ravages. Il faudrait prendre des mesures de précaution pour les personnes qui viennent des zones à risque, pour qu'elles restent confinées chez elles. Par ailleurs, je vois qu'on interdit les rassemblements confinés dans des espaces clos, et en même temps les grandes surfaces sont ouvertes, les transports en commun...

Il ne faut pas céder à la panique et tout stopper, mais ça doit s'évaluer heure par heure, jour par jour. Le gouvernement doit être à pied d'oeuvre tous les jours pour lutter contre cette épidémie, estime-t-il, et pas un chef de gouvernement en campagne au Havre et intérimaire ici. Je demande à Édouard Philippe de s'occuper du pays, d'être présent à Matignon et d'animer les réunions de crise".

Il faut que les élections municipales puissent se tenir, espère Fabien Roussel. "Je ne comprendrais pas qu'on puisse continuer à ce que les temples de la consommation fonctionnent mais qu'on ferme des bureaux de vote ! confie-t-il. Cette élection sera l'occasion de s'exprimer sur des sujets locaux, mais aussi pour sanctionner le gouvernement".

 

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