éditorial

L'édito de Véronique Jacquier

Véronique Jacquier
Politique

Européennes : peut-on tout dire dans une campagne électorale ?

« Peut-on tout dire dans une campagne électorale ? » C’est la question que nous posons aux auditeurs ce matin. Pour la
première fois dans une élection en France, pour les élections européennes, deux listes d’extrême droite anti-islam disposent de moyens publics pour diffuser leurs idées. Est-ce que c’est normal? Et est ce que ça signifie qu’on peut tout dire ?

Je vais vous faire écouter ce qui est jugé politiquement incorrect dans le clip de campagne de la Liste de la Reconquète : « Le grand remplacement est une réalité. Si nous ne faisons rien il sera trop tard». Des propos tenus par Vincent Vauclin le président de ce parti nationaliste qui évoque aussi la re-migration. Des thèmes également repris par le polémiste d’extrême droite Renaud Camus qui a sa liste validée pour les européennes : la liste Ligne Claire. Ecoutez Renaud Camus : « L’Europe est bien plus colonisée qu’elle n’a jamais colonisée elle-même. Il faut une re-migration pour éviter des massacres ». Ce thème du Grand Remplacement est aussi évoqué par la liste musulmane pour les européennes : Elle s’appelle « Une Europe au service des peuples. Elle dit : « Il n’y a pas de grand remplacement mais un grand aveuglement ». Les deux listes d’extrême droite parlent cash. François Xavier Bellamy le candidat des Républicains parlent moins cash mais ce qu’il dit revient au même constat : « Il ne faut plus céder de terrain à l’islamisme et au communautarisme ».

Constat partagé par toutes les listes nationalistes en Europe qui font campagne contre l’immigration. Alors oui on peut tout dire dans une campagne. C’est le propre de la démocratie. Si les partis traditionnels perdent du terrain c’est parce qu’ils ne nomment plus une réalité perçue pour certains, fantasmée pour d’autres. Donald Trump aux Etats Unis a fait campagne en 2016 en étant politiquement incorrect du matin au soir. On peut tout dire tant que ça ne tombe pas sous le
coup de la loi.

Mais Renaud Camus le polémiste d’extrême droite a été condamné pour provocation à la haine raciale !

Oui en 2015 pour avoir traité les musulmans de « colonisateurs ». Mais il peut se présenter aux européennes. Il a rempli deux critères : il n’a jamais été condamné à une peine d’inéligibilité et il a trouvé 78 personnes pour figurer sur sa liste. Selon le ministère de l’intérieur, il ne peut y avoir de contrôle du contenu des programmes des candidats car les candidatures sont libres. Et heureusement encore. C’est le principe même du jeu démocratique ! En 2009 Dieudonné  avait présenté une liste antisionniste en Ile-de-France. En fait l’administration ne peut agir que s’il y a risque de troubles à l’ordre public. En revanche la justice peut être saisie. La provocation à la haine raciale est punissable même en campagne électorale.

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