Emmanuelle Wargon sur les quartiers : "ce n'est pas un problème ethnique mais de classes sociales"

Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au logement, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 17 décembre 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Emmanuelle Wargon interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 17 décembre 2020 à 7h40.

Le gouvernement a présenté le plan de vaccination massive contre la Covid-19 à l’Assemblée nationale, mercredi 16 décembre. Les premières vaccinations devraient avoir lieu dès la fin de l’année 2020. "Je crois que c’est attendu, et d’abord nous attendons les autorisations de mise sur le marché", confie Emmanuelle Wargon. "Après, nous n'avons pas de raisons d’attendre pour commencer le plan de vaccination", ajoute-t-elle. Ce plan commencera par une vaccination des "résidents des Ehpad, puis des populations les plus à risque et enfin nous tous, à partir du printemps prochain", explique la ministre.

"Ces vaccins sont évalués avec beaucoup de rigueur"

La logistique continue de poser des questions, surtout au sujet l’acheminement et du stockage des vaccins. "On s’y prépare", assure Emmanuelle Wargon qui rappelle que la France a acheté "200 millions de doses". Le gouvernement n’a pas prévu de montrer l’exemple et se faire vacciner en premier pour rassurer les Français.

"Je ne suis pas résidente en Ehpad", rappelle Emmanuelle Wargon. "Je me ferai vacciner sans aucun doute quand ce sera mon tour". Donc "pas tout de suite". Mais "Ce n’est pas une question de recul", précise la ministre. "Ces vaccins sont évalués avec beaucoup de rigueur. Et d’ailleurs, les vaccins dont les essais cliniques sont décevants, on sait déjà que les autorisations de mise sur le marché ne seront pas données tout de suite", tente de rassurer la ministre déléguée du logement.

"Continuer à construire des logements sociaux partout en France"

Si la question du logement n’est pas présente dans la loi contre le séparatisme, Emmanuelle Wargon veut inciter à la mixité sociale et va faire des propositions en ce sens. "Pour moi, les principes républicains c’est aussi ‘comment est-ce qu’on habite tous ensemble’", confie la ministre. Certains quartiers, où le chômage et la pauvreté sont élevés, sont "le lit de tous les séparatismes", souligne-t-elle.

"Ce que je propose, c’est deux choses : d’abord de continuer à construire des logements sociaux partout en France" afin que "le logement social soit réparti partout en France". "Et ensuite regarder d’un peu plus près qui accède au logement social aujourd’hui pour que les attributions de logements sociaux reflètent la diversité de la population française". Elle rappelle que "70 % des Français sont éligibles au logement social" et donc qu'il faut trouver "un équilibre entre les personnes très en difficulté" et "les Français moyens, intermédiaires, ou qui travaillent".

"Il faut plus de fluidité à l’intérieur du logement social aussi, y compris dans la taille des logements", notamment pour passer à un logement plus petit car le bénéficiaire n’en a plus vraiment besoin. Elle rappelle que le gouvernement a mis en place "des surloyers pour ceux dont les revenus ont augmenté, aussi pour qu’ils contribuent plus". Ces surloyers sont "incitatifs" pour que les ménages "passent à autre chose", c’est-à-dire qu'ils quittent le logement social pour trouver un autre logement dans le privé.

"550 communes en France, ne respectent pas leurs obligations"

Emmanuelle Wargon a été critiquée par l’Association des Maires de France (AMF) lorsqu’elle a déclaré que les maires ne jouaient pas le jeu du logement social. "Je n’ai pas stigmatisé les maires. D’ailleurs, il y a beaucoup de maires qui construisent des logements sociaux", se défend-t-elle, rappelant que "550 communes en France, ne respectent pas leurs obligations". "C’est normal de les sanctionner, soit avec des amendes, soit en reprenant les permis de construire", explique Emmanuelle Wargon.

Certains maires annoncent clairement préférer payer des amendes plutôt que construire des logements sociaux. "Et ça je trouve ça choquant", juge-t-elle. La ministre souhaiterait prolonger la loi SRU "parce qu’elle se termine en 2025 et on commence à avoir des maires qui jouent la montre en se disant ‘bon, plus que quatre ans à tenir’". Des communes qui se situent en "région parisienne ou en province", précise la ministre. "Ce sont des communes qui parfois ont des problèmes de foncier", mais "certaines communes aussi construisent des logements sans construire des logements sociaux", regrette-t-elle.

Pour Emmanuelle Wargon, ces maires estiment qu'avoir "plutôt des populations plus favorisées sur la commune, c’est bien". "Mais en faisant ça, on oblige les autres à prendre plus que leur part", déplore-t-elle. "Ce que je souhaite c’est que chacun accueille sa part de la diversité sociale", réaffirme la ministre.

 

Pour certains observateurs, ces logements sociaux deviennent presque des ghettos. Certaines catégories ethniques y sont surreprésentées. "Je ne pense pas que ce soit un problème ethnique, je crois que c’est un problème de classe sociale", répond la ministre déléguée au logement qui explique que "ce qui marche bien dans le modèle à la française c’est le mélange des parcours, des classes sociales" et que "ce n’est pas principalement une question d’origine".

Elle concède que dans certains quartiers, le taux de pauvreté est largement supérieur à la moyenne française. "Ça veut dire que vous concentrez au même endroit, y compris pour les services publics, pour les services sociaux, des familles en grande difficulté", observe Emmanuelle Wargon. "C’est plus difficile pour eux" ainsi que pour les pouvoirs publics ou encore les écoles. "Et donc moi, c’est cette mixité sociale que je cherche", assure-t-elle.

 

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