Emmanuelle Wargon : "Il faut qu’on accepte de construire avec quelques étages"

Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Benjamin Glaise et Judith Beller le 26 août 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Le plan de relance du gouvernement prévoit une enveloppe de 100 milliards d’euros, dont 4 à 5 milliards d’euros pour le bâtiment, notamment la rénovation thermique. Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement, explique que le gouvernement a "deux priorités sur cette enveloppe" dédiée au bâtiment. "La première priorité, c’est rénover nos bâtiments", une politique qualifiée de "sociale" et "d’écologique" par la ministre qui rappelle que le bâtiment "c’est plus de 20%" des émissions de gaz à effet de serre en France, et près de 8% du nombre de salariés en France.

 

Rénovation thermique : l’État "se doit d’être exemplaire"

Sur la rénovation thermique, la ministre rappelle le lancement, en 2020, du dispositif MaPrimRenov et annonce que le gouvernement "va mieux financer les travaux", notamment en généralisant "à tout le monde" cette prime, ainsi qu’aux "propriétaires bailleurs", jusque-là exclus du dispositif car n’habitant pas dans le logement concerné. Mais la ministre annonce également que le gouvernement "va mieux financer la rénovation globale", "celle qui prend un logement et qui le transforme vraiment d’une passoire thermique jusqu’à un logement qui consomme vraiment très peu d’énergie".

Un pan du plan de rénovation concernera les bâtiments publics "parce qu’il faut qu’on soit exemplaires". "C’est bien que l’État dise, il faut rénover, mais quand on regarde les université, quand on regarde les maisons de retraite, quand on regarde les hôpitaux, et puis, les bâtiments des collectivités, je pense aux écoles, il y a plein d’endroits dans lesquelles là aussi c’est des passoires."

 

L’enjeu est de "débloquer les permis de construire"

L’autre sujet, qui va bénéficier des milliards du plan de relance, c’est "continuer à construire et à mettre sur le marché de nouveaux logements". La ministre souligne que la difficulté, sur ce point, est "de débloquer les permis de construire". "Il faut que les permis de construire repartent vite, et il faut qu’on accepte de construire avec quelques étages." Le gouvernement va donc "réfléchir" à une manière de simplifier le côté administratif pour relancer la construction, "notamment là où on en a besoin", soit les zones dites "tendues" où "il est impossible de trouver un logement à un loyer correct".

Emmanuelle Wargon avait appelé les maires à débloquer les situations : "oui, j’ai eu quelques réactions, on sent que ça bouge un petit peu, mais après c’est toute une machine qui doit se mettre en place". Elle souligne néanmoins que certains maires, pour des raisons politiques, restent réticents à débloquer des permis de construire dans leur commune.

 

"Notre sujet, c’est pas de destructions d’emplois"

Le plan pour le bâtiment devrait avoir également un impact sur l’emploi dans le BTP, en relançant les chantiers arrêtés et en en créant des nouveaux. "Notre sujet, c’est pas de destructions d’emplois", précise toutefois Emmanuelle Wargon. "Le risque, il est plutôt en fin d’année début d’année prochaine."

 

"J’ai demandé aux Préfets qu’il n’y ait pas d’expulsion sans solution"

La trêve hivernale, prolongée pour cause de crise sanitaire, s’est terminée le 10 juillet 2020. Pour autant, le ministère du Logement a donné des consignes pour qu’il n’y ait pas de double peine. "En fait, on ne peut pas ne plus jamais expulser en France, et ça c’est une position que j’assume." Mais, malgré tout, "j’ai demandé aux Préfets qu’il n’y ait pas d’expulsion sans solution", soit au moins une place d’hébergement. Elle souhaite, toutefois, que les hébergements soient de moins en moins utilisés pour que les familles puissent aller directement "à un chez soi". "On a des expérimentations dans lesquelles ça fonctionne."

Elle compte également réduire les expulsions en les prévenant. "Quand on en est au stade du jugement d’expulsion, c’est trop tard, en réalité." "Il faut qu’on anticipe, qu’on lutte contre les impayés de loyers et qu’on prévienne les expulsions", alors que les associations s’inquiètent grandement de la fin "de la prochaine trêve hivernale".

 

"L’hébergement d’urgence n’est pas une fin en soi"

Emmanuelle Wargon, qui rencontre les associations de défense des locataires et du droit au logement jeudi 27 août 2020, compte également agir en faveur des SDF. "Il faut vraiment penser à toutes ces personnes avec la dignité qui leur est propre", "qui peuvent s’en sortir si on les aide". Dans les centres d’hébergement, cet été 2020, des masques ont été distribués mais, surtout, de nombreux SDF ont été accueillis. "Je crois qu’on partage avec les associations l’idée que mettre les gens à l’abri est indispensable, mais que c’est juste une solution intermédiaire" : la solution, pour la ministre, c’est que tout un chacun ait un logement "parce que c’est un cercle vertueux".

"L’hébergement d’urgence n’est pas une fin en soi", si c’est "mieux" qu’être à la rue, il faut "sortir de l’hébergement d’urgence pour aller dans un vrai chez soi".

 

Il faut développer "les logements abordables"

Parmi les propositions que la ministre du Logement a pu faire, pour expliquer son programme, il y a la notion de "logements abordables", notamment dans les grandes villes où les prix de l’immobilier à l’achat ou en location ont explosé ces dernières années. "Aujourd’hui, on a soit les HLM", qui ne sont pas nombreux et qu’il est compliqué d’obtenir, "et puis sinon on a les loyers des marchés à prix libre". "En réalité, il existe des formules dans lesquelles on a des logements à des prix intermédiaires", explique la ministre.

"Ce type de logement, pour les classes moyennes, je voudrais vraiment les développer." Ils sont liés, par exemple, aux mécanismes de défiscalisation comme le dispositif Pinel, ou à des achats de grands investisseurs institutionnels. Emmanuelle Wargon n’a toutefois pas encore fixé d’objectif, en termes de volume.

 

"On est passés de la violence verbale sur les réseaux sociaux, à de la violence physique"

Laurent Simon, maire de Chalifert, a été frappé par un de ses administrés. Emmanuelle Wargon lui a apporté son soutien : "on est passés de la violence verbale sur les réseaux sociaux, à de la violence physique". Le maire essayait simplement de résoudre un conflit de voisinage, lorsqu’il a été frappé : "on a l’impression qu’il n’y a plus de barrières, que les gens on perdu tout sens commun sur ces sujets-là".

Pour elle, il y a "une confusion" entre ce que les hommes et femmes politiques représentent et "l’intégrité de la personne". "Je pense qu’il faut que chacun revienne à la raison."

 

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