Élisabeth Lévy - "Quand le Roi tousse, la France s'enrhume"

Voilà donc que beaucoup apprennent que le président est comme nous : un jour mortel, parfois malade et peut-être quelque fois imprudent. Alors on râle, on raille aux bons souvenirs du roi décapité, dans un paradoxe bien français.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Pour cette dernière de la saison, revenons sur la maladie d’Emmanuel Macron.

Le roi est malade ! Le roi est en quarantaine ! Le roi a toussé ! La journée d’hier a été rythmée  par les nouvelles de la santé d’Emmanuel Macron, les analyses de cette situation inédite, l’évocation des sombres temps pompido-mitterrandiens où on nous cachait tout des viscères présidentiels. Bien sûr, on a immédiatement déterré un scandale : le fameux dîner de la majorité. À 10 autour de la table, et jusqu’à minuit. 

Les ressentimenteux s’en sont donnés à cœur joie. Pour les sentencieux, nul n’est au-dessus des loi, c’est la démocratie, etc. Selon les hargneux, pendant qu’ils font souffrir le peuple, ils se gobergent dans de la vaisselle en or. « Qu’ils essayent pour voir, juste une semaine, de remplir des attestations, d’avoir peur des contrôles de police, de courir au moment du couvre-feu » écrit un journaliste de Libération. Bref, l’égalitarisme sans-culotte s’est déchaîné.

Les mêmes règles s’appliquent-elles à tous ?

Et bien non. Le président de la République est l’élu du peuple. Il a la responsabilité du pays, commande les armées. Nous n’avons pas besoin d’un exemple, mais d’un capitaine. Peu me chaut qu’il dépasse les limitations de vitesse. Il serait affolant qu’il rentre chez lui à 20 heures ou remplisse ces stupides attestations. Et on ne peut pas lui reprocher l’exercice solitaire du pouvoir et s’indigner dans le même temps dès lors qu’il parle à ses alliés. 

Et puis, si l’ironie était permise, l’Elysée dirait qu’ils ont respecté la règle comme la moitié des Français, c’est-à-dire en s’arrangeant avec elle. Il est vrai que ça devrait dispenser les Ferrand, Castex et consorts de nous morigéner comme des enfants. Cependant, il y a un scandale.

Quel est le scandale ? L’absence des femmes à ce dîner ? 

Non, ça c’est triste pour eux, ils se privent d’une présence féminine. Le scandale, c’est que le roi a un corps, pas seulement un corps symbolique mais un corps physique. Peut-être même n’a-t-il pas plus qu’un corps physique, sujet comme les nôtres à la maladie et à la faiblesse. 

C’est un paradoxe français : nous voulons à la fois un président normal et un monarque de droit divin, un type aussi médiocre que nous avec nos problèmes de fins de mois et une incarnation de la France comme Louis XIV était la France. Nous détestons le privilège et la banalisation. Bref, nous voulons un roi, mais pas pour qu’il nous gouverne avec sagesse. Pour le plaisir tout démocratique de le décapiter.