Élisabeth Lévy - "Les médecins font du chantage à l'émotion au président de la République"

Une tribune de 41 médecins parisiens a été particulièrement relayée, celle-ci promettant le chaos si Emmanuel Macron persistait dans son refus de confiner. Sauf qu'ils outrepassent à nouveau leur rôle, qu'ils prédisent le pire sans la vision transversale d'un président de la République.

S'il n'est pas "épidémiologiste" contrairement à ce que sous-tendent les conseillers du Prince, Emmanuel Macron n'en demeure pas moins chef de l'État et a toute légitimité à trancher dans une vision globale. (Photo de Benoît Tessier / AFP)

Il semblerait qu’Emmanuel Macron a perdu son pari de ne pas reconfiner, disent-ils...

Depuis que le Premier Ministre a annoncé de nouvelles restrictions le 18 mars, c’est l’élément de langage partagé par tous les journalistes, opposants et pas mal de médecins : le président a perdu son pari du 29 janvier. Olivier Faure lance notamment : "Il faut en finir avec le Roi thaumaturge". Axel Kahn est d’autant plus dur : « Emmanuel Macron aura à gérer l’échec de ce pari après avoir voulu se présenter comme le sauveur qui protégeait les Français de ce confinement ».

Les mots sont trompeurs et la chose mensongère. 

Tout d’abord, le mot “Pari” donne l’impression qu’il a joué à la roulette russe avec la vie des Français. Mais non, il a écouté, consulté, soupesé. La facilité, ce serait de tout fermer en s’abritant derrière les médecins. Lui, a pris un risque. C’est l’essence de l’art de gouverner.  Ensuite, il n’a pas dit qu’il ne reconfinerait pas mais qu’il ne le ferait qu’en dernière extrémité. D’ailleurs, il ne l’a toujours pas fait, ce mercredi matin.

C’est bien ce que lui reprochent les médecins, qui devront peut-être trier des patients.

Certes, la situation est très tendue mais ne justifie pas la gourmandise avec laquelle certains médecins répètent le mot tri. On dirait qu’ils veulent faire payer au président le fait qu’il ne les a pas écoutés. Dans la tribune du JDD, 41 médecins de l’AP-HP, il est dit « on trie et c’est de votre faute ». Particulièrement anxiogène. Cependant, ils devraient peut-être se demander pourquoi leur parole est encore plus dévaluée que celle des politiques.

Ce n’est ni plus ni moins qu’un chantage à l’émotion. Le tri est le quotidien des hôpitaux et de la vie publique. Quand on préfère financer un stade plutôt que de réparer une route où trois personnes se tuent chaque année, on trie. Quand on confine tout un pays, on trie. Sauf que dans un cas, on a des victimes bien réelles qui passent à la télé et en face, des victimes futures et éventuelles que personne ne voit. C’est un combat inégal dès le postulat de départ. 

Je ne sais pas si Macron s’est trompé. Mais seuls ceux qui ne font rien ne se trompent jamais.