David Belliard : "On voit aujourd'hui toutes les limites de la social-démocratie"

David Belliard, maire adjoint écologiste à la Maire de Paris en charge des transports, de l'espace public et des mobilités, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Philippe David le 15 juillet 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

David Belliard interviewé par Philippe David sur Sud Radio le 15 juillet 2021 à 7h40.

David Belliard : "Il fallait aller plus loin"

Le gouvernement avance sur le projet de loi visant à étendre le Pass sanitaire dès le 1er août 2021, avec pour but de convaincre les Français de se faire vacciner. Pour certains, il s’agit d’une vaccination obligatoire déguisée. David Belliard, qui dit être "contre la vaccination obligatoire", estime néanmoins qu’il "fallait aller plus loin". "On est, aujourd’hui, à niveau vaccinal de 41%, il faut aller plus loin" car on est "aux prémices d’une 4e vague". "Nous avons besoin d’atteindre un niveau de vaccination de la population générale à 60-70%", juge-t-il.

 

 

Néanmoins, concernant l’extension du Pass sanitaire, il demande à ce qu’elle soit "très très très régulée". "C’est une atteinte à certaines de nos libertés", regrette l'élu. Mais, pour autant, David Belliard juge que ce n’est pas une remise en cause des libertés individuelles. "Aujourd’hui, lorsqu’on vit en société, je crois qu’on a un certain nombre de règles à respecter", ajoute-t-il. L’adjoint à la mairie de Paris en charge des Transports, de l’espace public et des mobilités estime surtout que "ça ne doit pas perdurer dans le temps" et "ça doit être aussi très fortement discuté par la représentation nationale".

 

"La question des libertés publiques se pose aussi pour les vaccinés"

Il remarque qu’il y a certaines catégories de personnes, "les populations les plus pauvres" notamment, qui ne veulent pas se faire vacciner. "À Paris, c’est très net", souligne David Belliard. Or, Emmanuel Macron "ne prend pas en compte cette dimension sociale" dans ses annonces et ne prévoit pas un plan "pour faire plus de pédagogie" et donner "plus d’informations" afin de convaincre les plus réticents de se faire vacciner, déplore l'adjoint.

Des manifestations, partout en France, contre le Pass sanitaire, ont parfois donné lieu à des violences, mercredi 14 juillet. Des manifestations organisées par celles et ceux qui parlent de "dictature" concernant cette nouvelle obligation. Un terme fortement critiqué. "Je ne partage absolument pas ce type de vocable", explique David Belliard qui appelle à garder la raison. "Il y a des questions sanitaires, et il y a une question de Santé publique qui est une question majeure", rappelle l’élu en parlant de la pandémie. Et, concernant les libertés, "la question des libertés publiques se pose aussi pour les vaccinés", notamment après les divers confinements.

Bars et restaurants seront soumis au Pass sanitaire, ce qui doit conduire aux propriétaires d'organiser une vérification. "On ajoute des choses", concède David Belliard. "Tout ça, ce sont des contraintes", confirme-t-il. Mais il rappelle que "pour sortir de ces contraintes, d’abord, Pass sanitaire" qui doit être régulé et temporaire, "et ensuite augmentons la vaccination".

 

"Changer de modèle pour répondre au dérèglement climatique"

Pour la primaire d’EELV en vue de la Présidentielle 2022, quatre candidats sont en lice. David Belliard a publiquement exprimé son soutient à la candidature de Yannick Jadot car "c’est celui qui a le plus de chances de rassembler" mais aussi il est aussi le candidat qui "est le plus en capacité de porter une voix forte dans une élection qui est toujours une élection difficile".

"Pour la première fois, nous avons une porte", juge l’adjoint à la mairie de Paris, qui pourrait même conduire à la victoire des écologistes. Pour l’élu, "il y a aujourd’hui, une volonté, d’une grande partie de la population, de changer de modèle. Parce que c’est de ça dont on parle : changer de modèle pour répondre au dérèglement climatique".

 

La gauche, toutefois, semble mal placée dans les sondages et risque de ne pas arriver au second tour de la Présidentielle si elle ne s’unit pas. "J’ai dit à plusieurs reprises que je souhaitait des unions, des coalitions contre les dérèglements climatiques, parce que je crois qu’il faut être rassemblés" à la fois pour gagner et pour répondre aux enjeux fondamentaux du climat, explique David Belliard. Néanmoins, si la "social-démocratie a pu apporter de grandes choses à notre pays", l’adjoint à la mairie de Paris estime "qu’on en voit aujourd’hui toutes les limites".

 

"Sur le plan national, les choses sont différentes"

Si Anne Hidalgo préfèrerait une victoire d'Éric Piolle aux primaires, "le plus sectaire des Verts", son adjoint à la mairie de Paris ne souhaite pas répondre à cette provocation. "Il faut savoir prendre de la hauteur, ce type d'attaque personnelle ne me concerne pas", réagit David Belliard.

La maire de Paris avait réussi à rassembler dans la capitale en 2020, mais rien ne semble fait pour réaliser le même exploit en 2022 au niveau national. "Il y a une question de rapports de forces", estime l'adjoint qui précise s'être réuni surtout "autour d'un projet". "Sur le plan national, les choses sont très différentes", assure-t-il, rappelant qu'aux régionales, "là où il n'y avait pas de sortants de gauche, ce sont les écologistes qui ont pris la tête", avec des scores "extrêmement forts".

Pas question donc de se ranger derrière un candidat de gauche pour la mère des élections. "Il faut une offre et un candidat à l'élection présidentielle", affirme David Belliard qui se réfère à des rapports "qui peuvent être considérés comme tendus", au niveau national, entre écologistes et socialistes. Au niveau des collectivités, "nous avons le sens des responsabilités", précise néanmoins l'élu.

 

Les rues à 30 km/h "vont fluidifier la circulation automobile"

À la fin de l'été, les rues de Paris seront limitées à 30 km/h, sur décision de la municipalité. "C'est peut-être un peu contre-intuitif mais ça va favoriser la circulation automobile, parce que ça fluidifie", assure l'adjoint chargé des Transports. "Aujourd'hui, on ne roule pas à 30 km/h en moyenne, plutôt à 15-16 km/h", souligne-t-il, arguant que cette mesure permettra d'éviter "les accélérations et décélérations".

L'objectif pour la capitale est de "sécuriser" la voie publique, rappelant que les accidents mortels impliquent d'abord "les voitures, ensuite les poids lourds, les motos et scooters et ensuite seulement les vélos et les trottinettes". Après le dernier accident de trottinette ayant coûté la vie à une touriste italienne, l'élu rappelle avoir mis en place des "slow zones", permettant de diminuer la vitesse des engins, "là où il y a beaucoup de piétons" à 10 km/h.

La réduction de la limitation de vitesse devrait permettre de réduire "le bruit". S'il ne fait pas de guerre contre les voitures, David Belliard assume faire "la guerre contre la pollution de l'air, le bruit, les accidents mortels", afin de rééquilibrer l'espace public entre les modes de transport.

 

 

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