Damien Abad : "On a un gouvernement par la peur et par la crainte"

Damien Abad, président du groupe LR à l'Assemblée nationale et député de l'Ain, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le jeudi 7 mai sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Damien Abad, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le jeudi 7 mai à 7h40.

Les Républicains font de la résistance. Les députés de la droite ont voté contre prolongement de l'état d'urgence sanitaire jusqu'au 24 juillet, pour deux raisons, selon leur chef de file. "C'est sain que chaque mois le parlement soit saisi et puisse voter une prolongation mois par mois pour qu'il y ait un contrôle de l'action du gouvernement et des libertés fondamentales", argumente-t-il. Damien Abad espère également qu'un nouveau rendez-vous sera donné "fin juin, plutôt que fin juillet", au cas où "on doit prendre des décisions pour relancer le tourisme et faire en sorte que la saison estivale se passe au mieux en France". 

"Le gouvernement doit revoir sa copie"

Le député LR s'oppose également au système Contact Tracing, qu'il juge "pire que le Stop Covid". "Il n'y a plus d'anonymat, de volontariat, les données sont conservées pendant un an par des milliers d'agents de l'assurance maladie en toute levée du secret médical", explique-t-il, estimant ce dispositif "disproportionné". Damien Abad appelle le gouvernement "à revoir sa copie""La balle est dans le camp du gouvernement : soit il accepte la version du Sénat, soit nous voterons contre la prolongation de l'état d'urgence. Pour le moment, c'est un vote contre", affirme-t-il.

Le groupe d'opposition n'est pas en phase non plus avec la majorité sur le système d'amnistie généralisée sur la responsabilité des élus. "On propose un régime de responsabilité spécifique, pour que les maires ne soient pas inquiétés si un cas de coronavirus est détecté dans une école qu'il a rouvert, mais on ne peut pas avoir un système d'amnistie généralisée tel que l'amendement de LREM", s'insurge Damien Abad pour qui "il faut trouver un équilibre entre une judiciarisation à outrance de notre société et l'irresponsabilité généralisée". Les Républicains déposeront deux amendements en ce sens, aujourd'hui à l'Assemblée nationale.

Un gouvernement "par la peur" ?

Damien Abad déplore "les discours infantilisants à l'égard des Français" et en appelle "à la responsabilité". "On a un gouvernement par la peur et par la crainte", s'indigne le député de l'Ain. "Que l'on soit prudent oui, mais que la prudence entraîne l'immobilisme, l'inaction ou l'action par la peur, non !", insiste-t-il. Prenant exemple sur l'interdiction des plages, le président du groupe LR demande "des décisions différenciées selon les territoires" et une adaptabilité qui pourrait conduire à une réouverture, puis "une fermeture par le préfet, si les règles ne sont pas respectées". 

L'élu appelle à "préparer le déconfinement". "On ne peut pas confiner le pays indéfiniment", rappelant que dans les faits "le déconfinement a déjà commencé quand on regarde ce qu'il se passe dans la rue". Le député de la droite espère que dans les départements classés en vert, "on puisse envisager des réouvertures, y compris des cafés et des restaurants dans certaines conditions". Mais Damien Abad ne s'attend pas à des précisions sur ce sujet de la part d'Édouard Philippe, cette après-midi. Le Premier ministre avait en effet annoncé vouloir arbitrer ces questions à la fin du mois. "Aujourd'hui la seule différence qu'il y a entre les départements verts et rouges, c'est la réouverture des parcs et des jardins, et des collèges, ce n'est pas suffisant", regrette-t-il, invitant l'exécutif à "déconfiner avec courage".

"Ne rajoutons pas de l'inquiétude à l'inquiétude"

Le député de l'Ain invite les Français "à limiter les déplacements interrégionaux pour le moment", afin d'éviter "une propagation du virus dans des territoires où il circule peu", même s'il reconnaît que la limite des 100 kilomètres "est difficile à maîtriser". Mais concernant les déplacements transfrontaliers, Damien Abad demande "une harmonisation globale au niveau de l'espace Schengen", afin d'éviter que les Français puissent par exemple aller en Suisse, mais que les Suisses ne puissent pas venir en France.

"Beaucoup de Français sortiront marqués de ce confinement et auront besoin d'une certaine respiration économique et sociale", avertit le parlementaire. "Ne rajoutons pas de l'inquiétude à l'inquiétude", insiste-t-il en appelant les entreprises à agir "au cas par cas" avec leurs salariés. "Oui il pourra y avoir des heures supplémentaires, mais la reprise ne doit pas se faire sur le dos des salariés. Ne commençons pas par supprimer un jour férié, une semaine de vacances...", prévient-il.

Alors qu'il y a treize ans, jour pour jour, Nicolas Sarkozy arrivait à l'Élysée, Damien Abad rappelle qu'il "savait tenir le cap", et reconnaît qu'il "manque à la France et à la droite". "On aurait besoin d'un homme de cette trempe pour faire face à la crise", estime-t-il. Sur les votes au Parlement, le président du groupe LR appelle la droite à "défendre les libertés fondamentales, le contrôle et le respect du Parlement et défendre les valeurs qui sont les siennes". "On ne peut pas soutenir un projet qui serait contre-nature avec nos convictions", insiste l'élu. "Jusqu'à maintenant nous avons voté les lois d'urgence, nous sommes responsables, mais quand on n'est pas d'accord il faut le dire", estime-t-il.

 

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