Damien Abad : Avec ce gouvernement "il y a des risques de tensions sociales"

Damien Abad était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 7 juillet 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Damien Abad interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 7 juillet 2020 à 7h40.

Jean Castex, lui-même ancien sarkozyste, a dévoilé le 6 juillet 2020 la composition de son nouveau gouvernement qui, semble-t-il, est plutôt teinté à droite. Ce n’est pas ce que pense Damien Abad, député Les Républicains de l'Ain et président du groupe LR à l'Assemblée nationale : parmi les ministres, "beaucoup viennent de la gauche". "On attendait l’effet blast et on a surtout un effet pschitt."

Il estime qu’il y a "beaucoup de recyclage", certains ministres étant des membres de l’ancien gouvernement ou "des personnalités qui sont plus des médiatiques". Il précise que ce qui l’intéresse c’est "la cohérence d’ensemble" : "j’ai des doutes sur la cohérence d’ensemble de ce casting gouvernemental".

"Nos troupes sont solides"

Aucun membre du parti Les Républicains n’a été nommé lors de ce remaniement. "C’est tant mieux", juge le président du groupe à l’Assemblée nationale. "Ça prouve que nos troupes sont solides."

Quant à savoir s’il y a eu des coups de fil pour "débaucher" des membres des Républicains, il déclare ne pas savoir tout en précisant que lui n’a "pas eu de coup de fil d’Emmanuel Macron". Il précise néanmoins en avoir reçu un de Jean Castex, mais seulement, car "il a appelé tous les présidents de groupe", dans le cadre de la création de l’équipe gouvernementale.

"J’ai toujours dit que j’étais heureux comme président de groupe, que je crois que l’avenir de la droite doit être aussi devant nous, qu’il faut reconstruire ensemble et qu’il faut essayer de construire une force collective." "C’est important pour nous, pour les 104 députés, qu’on soit tous rassemblés." Damien Abad se félicite d’ailleurs que les "104 députés ont tous tenu bon".

Ce rassemblement est "important" pour que la droite "retrouve ses couleurs" et "qu’elle puisse incarner une forme d’alternance politique dans ce pays".

"Les magistrats ne sont pas très heureux de ce choix"

Éric Dupond-Moretti a été nommé au ministère de la Justice. Une personnalité plutôt à gauche alors qu’on pressentait une personnalité de droite. Pour le député de l’Ain, "c’est un choix décapant". "J’apprécie l’homme et un certain nombre de ses interventions", précise-t-il tout en soulignant que "les magistrats ne sont pas très heureux de ce choix". "Je sais aussi que faire du casting et de la médiatisation, c’est important, mais ce qui compte c’est de durer."

"Ce qui compte surtout, c’est de réformer, donc on verra si M. Dupond-Moretti est aussi bon à l’Assemblée nationale, ou en tout cas au gouvernement, qu’il l’a été lorsqu’il était avocat." De fait, Damien Abad se laisse le temps pour juger du choix de Jean Castex pour la fonction de Garde des Sceaux : "ce n’est pas quelqu’un qu’on a vu à l’œuvre dans des fonctions politiques". "Je ne suis pas là pour critiquer pour critiquer : on verra et on jugera sur pièces."

Des risques de tensions sociales et avec les partenaires sociaux

La composition du gouvernement fait craindre au député que "le dialogue ne soit pas un dialogue social et territorial le plus efficace possible". "Il y a des risques qui sont non nuls, je crois, de tensions sociales et de tensions avec les partenaires sociaux compte tenu des personnalités qui ont été choisies."

"On prend les mêmes et on recommence"

Le remaniement était attendu afin de donner un changement de cap politique au quinquennat d’Emmanuel Macron. Pour Damien Abad, ce ne sera pas le cas. "Nous attendions un changement de cap, un changement de perspective." Il juge qu’il faut "plus de souveraineté sanitaire, de la relance économique, de l’écologie et de la confiance dans les territoires" ; or selon lui, "on prend les mêmes et on recommence". "La réalité, c’est qu’on veut tout changer pour que rien ne change." "La réalité, c’est qu’on est passé d’un gouvernement chamboule-tout à un gouvernement où on a fait beaucoup de recyclage."

Pour Damien Abad, "c’est ça qui ne va pas par rapport au discours présidentiel, qui est un discours de changement de cap, de changement de perspective" ; selon lui, "dans le gouvernement, on prend les mêmes".

"Je crains que ce casting gouvernemental crée davantage de confusion que de clarté"

Bruno Le Maire a été confirmé à son poste de ministre de l’Économie. Un bon choix, selon le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale : "s’il y avait bien un ministre qu’il fallait garder, c’était Bruno Le Maire". Ce dernier "a agi pendant la crise", souligne le député de l’Ain. Néanmoins, il ne sera pas suffisant pour éviter les tensions.

"Dans ce gouvernement, il n’y a pas que des Bruno Le Maire et des Gérald Darmanin. Dans ce gouvernement vous avez des gens qui viennent de la gauche, vous avez des gens qui n’ont pas fait de politique avant, qui sont plutôt des stars, des vedettes médiatiques." Ainsi que "des gens qui sont inconnus au bataillon".

Pour le député, cela pose le problème de la "cohérence d’ensemble" qui est "le problème de La République En Marche depuis le début : c’est du en même temps". "On fait un peu de grain de sel de droite, un peu de gauche, et à l’arrivée on a une politique qui est confuse." Or, pour lui, "les électeurs ont besoin de la clarté, et pas de la confusion".

"Je crains que ce casting gouvernemental crée davantage de confusion que de clarté, soit davantage de la continuité que de la rupture et du changement."

"On passe finalement d’un sujet à l’autre, sans faire les réformes qu’il faut"

Ce qui ne semble pas clair, c’est le cap qu’entend prendre la nouvelle équipe gouvernementale. Damien Abad juge toutefois qu’il y en a un, que ce gouvernement est "certainement" un gouvernement pour 2022, visant à permettre à Emmanuel Macron de se représenter. "Mais les Français, ils attendent quoi ? Ils attendent qu’on fasse face à la crise économique, qu’on ait de la relance, qu’on agisse pour les entreprises, pour sauver les emplois."

Le député souligne le risque d’un million de chômeurs de plus en France fin 2020 ou encore les "700.000 jeunes" qui arriveront sur le marché du travail cette année. "Ce sont des enjeux considérables." Tout comme l’est la santé alors que "le ministre de la Santé est relégué à un rang protocolaire" et si, malgré tout, Olivier Véran est maintenu à son poste, "il n’est pas conforté, à un moment où la santé est un sujet majeur".

"Le problème c’est qu’on change, on passe finalement d’un sujet à l’autre, sans faire les réformes qu’il faut. Et donc nous attendons, sur la santé, sur l’environnement, sur les territoires, sur la relance économique, sur également la sécurité et la justice, des réformes en profondeur."

"Jean Castex est un homme respectable qui a des convictions de gaullisme social"

Une décision qui a étonné, dans ce remaniement, a été celle de reporter le discours de politique générale du Premier ministre à après l’intervention d’Emmanuel Macron le 14 juillet 2020. "Je ne crois pas un Premier ministre jupitérien : la réalité c’est que le signal de la déclaration de politique générale qui se fait après, c’est un signal quand même que, finalement, le président de la République veut totalement prendre la main."

Si le député de l’Ain juge que "Jean Castex est un homme respectable qui a des convictions de gaullisme social", il lui "souhaite simplement de pouvoir les appliquer". Damien Abad souligne en effet que "M. Castex va être entouré d’une partie d’un gouvernement avec des ministres de gauche, et surtout, n’oublions pas, d’une majorité La République en Marche à l’Assemblée nationale qui est une majorité qui vient de la gauche". Cette majorité aurait "quelques tiraillements" et aurait grincé des dents à l’annonce de la nomination de Jean Castex.

"C’est ça, la grande difficulté : c’est qu’il y a un écart entre, certainement, les convictions du Premier ministre et une majorité parlementaire qui reste une majorité de gauche."

"Ce que je veux est une écologie humaine, pragmatique, concrète, du quotidien"

La numéro 2 du gouvernement est désormais Barbara Pompili, qui vient d’Europe-Ecologie-Les Verts et qui est désormais la ministre de la Transition écologique. Une décision qui pourrait être la réponse d’Emmanuel Macron à la "vague verte" des municipales. Pour le président du groupe LR à l’Assemblée nationale, "c’est un signal", mais "la réalité, on la jugera sur le terrain". "Surtout, on verra ce qu’on va faire."

Pour le député de l’Ain, "Mme Pompili vient d’EELV qui a une idéologie marxisante, aussi, à certains égards". "Ce que je veux est une écologie humaine, pragmatique, concrète, du quotidien, qui ne soit pas dans la sanction" et "qui ne soit pas une écologie punitive ou idéologique".

"La seule bonne nouvelle de ce gouvernement c’est que M. Castaner est parti"

Le grand gagnant du remaniement est probablement Gérald Darmanin, catapulté du ministère de l’Action et des Comptes publics à celui de l’Intérieur, remplaçant ainsi Christophe Castaner. Une nomination qui fait déjà polémique, car il a été accusé de viol et que l’enquête est encore en cours.

"Je crois que la justice a classé sans suite ces affaires-là", juge Damien Abad. Mais ce n’est pas le principal, bien qu’il ait été "promu à la dernière minute" à la suite "d’une espèce de jeu de quilles politiques". "C’est quelqu’un que je connais bien", souligne le député. "Je ne doute pas de ses capacités."

"Ce que je note, finalement, c’est que la seule bonne nouvelle de ce gouvernement c’est que M. Castaner est parti." Une bonne nouvelle, car "le lien entre la police et la nation était rompu" et que la réconciliation va demander "beaucoup de travail."

"Ça montre le peu de considération qu’on donne au Parlement"

Une autre nomination remarquée est celle de Brigitte Bourguignon, nommée ministre de l’Autonomie, alors qu’elle présidait la Commission d’enquête parlementaire sur la gestion du Covid-19. "Nous on ne change pas de rapporteur" qui restera donc Éric Ciotti, souligne le président du groupe LR à l’Assemblée nationale. Mme Bourguignon a été "une présidente efficace, avec qui nous avons bien travaillé dans une Commission d’enquête qui fait un travail de fond". "On veut comprendre et tirer les leçons."

Il regrette néanmoins la décision de cette nomination : "ça montre là aussi, finalement, le peu de considération qu’on donne au Parlement". "J’aurais voulu que cette Commission d’enquête aille jusqu’au bout avec les personnes qui étaient engagées dans cette Commission d’enquête."

Édouard Philippe "fait partie du potentiel paysage" des candidats de droite

Édouard Philippe n’est plus le Premier ministre malgré sa cote de popularité qui ne cesse d’augmenter. À un an de la prochaine élection présidentielle en France, prévue pour 2022, certains estiment que l’ancien Premier ministre pourrait être un candidat idéal pour la droite face à Emmanuel Macron. "Je ne fais pas de politique fiction", précise Damien Abad. "Je respecte l’homme, il a eu la sobriété, l’humilité, nécessaires à un moment où les Français attendaient cela du Premier ministre." Pour Damien Abad, c’est simple : "il a incarné la fonction ministérielle très clairement".

Toutefois, pour lui, la droite "ne doit pas attendre tel ou tel candidat : elle doit d’abord présenter son projet politique, construire ses idées et ensuite il faut effectivement avoir ce temps d’incarnation politique". Néanmoins, le député concède qu’Édouard Philippe "fait partie du potentiel paysage" des candidats de droite, "en tant qu’ancien Premier ministre".

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