éditorial

L'édito de Denis Jeambar

A propos...

Il commence sa carrière à Paris Match, avant de rejoindre l’équipe fondatrice du Point en 1972, jusqu’à devenir directeur de la rédaction et rédacteur en chef du service politique. En 1995, il prend l...
Denis Jeambar
Politique

Coup-de-poing contre l’Europe, coup de pouce pour le Front national

François Hollande en voiture Darmon politique 13/03/2017

Cette semaine, la crise diplomatique se prolonge entre l'Europe et la Turquie. L'Allemagne, la Suède et les Pays-Bas ont refusé d'autoriser la tenue sur leurs sols de rassemblements en faveur de Recep Tayyip Erdoğan, le Président turc, qui appelle son peuple à participer au référendum du 16 avril prochain, pour renforcer les pouvoirs présidentiels. Si le « oui » l'emporte, le président pourrait rester au pouvoir jusqu'en 2029. Venons-en à la France, qui a choisi d'accepter, contrairement à ses voisins européens, la tenue d'un rassemblement à Metz. Est-ce le signe d'une turcophilie de François Hollande ?

Il fallait écouter les arguments énoncés par Jean-Marc Ayrault. Premièrement, il disait que cela ne représentait pas de menace à l'ordre public, de fait le rassemblement s'est déroulé correctement, et deuxièmement, qu'il y a un principe de liberté de réunion en France et qu'il l'a mis en oeuvre. On peut tout de même se demander si ces arguments tiennent vraiment la route. Je ne le crois pas. Tout d'abord, parce que le but du rassemblement était clair, il s'agit de renforcer un pouvoir déjà très autoritaire. En plus de ce que cela représente en terme de durée du mandat présidentiel, le référendum peut permettre la remise en cause de la séparation des pouvoirs, donc de mettre à mal la justice turque. Ensuite, il faut observer la réalité turque, où les atteintes aux libertés religieuses, politiques et médiatiques sont permanentes. Enfin, il arrive un moment ou la démocratie ne doit pas faire le lit de ses ennemis. La deuxième chose qui pose problème dans le comportement de François Hollande et de son ministre des Affaires étrangères, c'est l'absence de solidarité les pays d'Europe. On a agi sans tenir compte de ce qui s'était passé avec les autres pays. Et c'était grave, parce que Recep Tayyip Erdoğan a dit, face au refus de l'Allemagne et de la Hollande d'organiser ces rassemblements, que c'était des « pratiques nazies ». Il me semble que, même en autorisant ce rassemblement, la France aurait pu s'indigner de ces propos.

Je crois qu'un droit d'ingérence s'est développé et en l'occurrence, ce n'est pas au nom des droits de l'homme. On a le droit de défendre nos propres valeurs sur notre territoire. Certes, il y a des questions d'opportunisme politique, Mark Rutte, le Premier ministre des Pays-Bas, a défendu cette position parce que  des élections vont avoir lieu mercredi prochain en Hollande...Mais il y a une deuxième chose que l'on se demande. C'est pourquoi le Président français, qui est sortie de sa réserve pour condamner la perspective d'une victoire du Front national, n'a pas pensé au fait que le Front, qui est en tête et dont on connaît les thèmes de campagne, pourrait récupérer cette décision d'autoriser un rassemblement pro-Erdogan ? Alors, pour François Hollande c'est un coup double. Un coup-de-poing contre l'Europe et un coup de pouce pour le Front national.

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