"Chers juges, arrêtez d’emmerder le gouvernement des Français, c’est notre affaire"

Hier, au petit matin, les principaux responsables politiques et sanitaires, sur le devant de la scène durant cette crise, ont subi des perquisitions à leur domicile. Une judiciarisation des débats contre-productive et ce doublement, car l'exécutif gère son risque pénal et on finirait presque par avoir de l'empathie pour nos dirigeants...

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Le regard libre d'Élisabeth Lévy du 16 octobre 2020.

Des perquisitions ont eu lieu hier chez plusieurs responsables politiques.

La Cour de Justice de la République a sorti les grands moyens. Sept perquisitions menées aux domiciles de Philippe, Buzyn, Sibeth Ndiaye, Véran et Salomon en plus des bureaux des deux derniers. Aucun d’eux n’a hurlé “La République c’est moi”

L’instruction a été ouverte en juillet. La CJR - juridiction habilitée à juger les ministres - avait alors retenu neuf plaintes pour « abstention volontaire de combattre un sinistre », délit passible de deux ans de prison et 30.000 euros d’amende. La Cour en aurait reçu 99 à ce jour. S’ajoutant aux dizaines de plaintes envers les fonctionnaires, adressées au Parquet de Paris qui a ouvert une enquête préliminaire le 9 juin pour « homicides involontaires » ou « mise en danger de la vie d'autrui ».

Ces plaintes émanent de collectifs de médecins, associations, élus ou particuliers encouragés par des avocats ou par l’ex-amuseur Bruno Gaccio qui diffusent des formulaires en ligne.

De plus, tout cela survient le lendemain de l’intervention du président de la République.

La coïncidence est fâcheuse mais c’est une coïncidence. Les magistrats ne se sont pas réunis mercredi soir pour organiser l’opération. Des dizaines de policiers ont été mobilisés. Autant dire que la procédure suit son cours.

Non, ce n’est pas une « déclaration de guerre de la justice au pouvoir politique » comme dit Collard. La Justice a placé le pouvoir politique sous surveillance et répond à une demande sociale. L’affect détestable bien français qui remonte peut-être à la loi de suspects et au tribunal révolutionnaire. Nous n’avions pas de masques, pas de lits, pas de réas. Il faudrait donc que des têtes tombent ? Cette ivresse punitive nous renvoie à l’Envie du pénal de Philippe Muray. 

Est-il normal que le gouvernement réponde de ses choix ?

Oui. Il en va de la responsabilité politique. Mais l’erreur, l’impréparation et l’incohérence ne sont pas des fautes pénales. Les citoyens ne sont pas des victimes. Peut-on imaginer sérieusement que le gouvernement ait délibérément voulu nous priver de masques ou nous contaminer en nous envoyant voter ? Édouard Philippe n’a pas écouté les avertissements d’Agnès Buzyn ? C’était son droit. 

La judiciarisation frénétique entrave l’action du gouvernement et favorise l’ouverture de parapluies à tous les étages. C’est l’un des principaux facteurs de la lenteur et de l’activisme administratif. Tout ce que vous ferez pourra être retenu contre vous. 

Cela finit par inciter à une certaine indulgence pour nos gouvernants. Non seulement ils doivent subir du matin au soir les jugements acerbes de gens comme nous, mais sont aussi menacés de sanctions pénales. Alors j’ai un message pour les juges. Arrêtez d’emmerder le gouvernement des Français. Ça, c’est notre affaire.