Bruno Retailleau : "La France aura toujours eu un manque d'anticipation"

Bruno Retailleau, sénateur LR de Vendée et président du groupe Les Républicains au Sénat, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 11 mai sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Bruno Retailleau, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 11 mai à 7h40.

Bruno Retailleau : "La France aura toujours eu un manque d'anticipation"

Peut-on parler de déconfinement ce 11 mai ? "C'est un confinement qui porte un autre nom qui démarre aujourd'hui, estime Bruno Retailleau, parce qu'il y a beaucoup de restrictions. La France devait se déconfiner, on peut dire aujourd'hui que les inconvénients du confinement étaient supérieurs à ses avantages, sur le plan économique comme sur le plan sanitaire, on a vu un effondrement des consultations chez les généralistes comme chez les spécialistes".

De nouveaux foyers apparaissent, souligne Patrick Roger. "Le virus est toujours là, confirme le sénateur, d'autant plus que le gouvernement a manqué une marche : il aurait fallu que parallèlement à la stratégie passive, défensive, de mise sous cloche du pays, il y ait une stratégie beaucoup plus offensive et qu'on commence à dépister beaucoup plus largement pour pouvoir tracer les contacts et isoler les gens. On avait les moyens, beaucoup d'hôtels étaient vides. Selon lui, c'est une erreur de refuser aux entreprises de tester les salariés, on a des cas contagieux qu'on pourrait détecter. On ne parviendra à briser la chaîne de contamination que si on teste beaucoup plus largement, et le lieu de travail est aussi un lieu possible de contamination".

"Contrairement à ce qu'avait dit le Premier ministre, il n'y aura pas les 700.000 tests cette semaine, affirme Bruno Retailleau, je pense qu'on sera à 350.000 ou 400.000 tests cette semaine. Là aussi il y a un retard à l'allumage. La France aura toujours eu un manque d'anticipation : on le voit même ce matin, puisque le texte qui pose les bases juridiques du déconfinement n'est toujours pas promulgué. C'est un couac : le gouvernement savait qu'il fallait proroger l'État d'urgence et cette date du 11 mai était annoncée depuis des semaines. Il aurait suffi de prendre les devants. Au Sénat comme à l'Assemblée nationale, nous avons travaillé dans des conditions extrêmement contraintes", déplore-t-il.

 

"Nous aurions dû rendre le masque obligatoire dans tous les espaces publics"

 

Le texte du Sénat a finalement été retenu sur la responsabilité des élus locaux. "Un bon compromis a été trouvé, reconnaît le sénateur, on voulait d'abord que le gouvernement n'en profite pas pour s'auto-blanchir. On voulait aussi distinguer la responsabilité de ceux qui décident des règles au niveau national de celle de ceux qui les appliquent, comme les directeurs d'écoles, les maires, les employeurs. Nous ne voulons pas exonérer les coupables, on a simplement voulu que les innocents ne soient pas condamnés demain !"
Les Français doivent-ils remettre leurs enfants à l'école cette semaine et retourner au travail ? "Il n'y a pas de risques à ce que les parents remettent leurs enfants à l'école dans les départements verts, estime Bruno Retailleau, à condition de respecter les restrictions au niveau national. Pour lui, la vie doit progressivement reprendre le dessus. En revanche, nous aurions dû rendre le masque obligatoire dans tous les espaces publics, on doit se confiner individuellement. Les gares seront interdites à ceux qui ne porteront pas le masque, tout comme beaucoup de commerces. Le masque est une mesure de protection, qui n'est pas supplémentaire, c'est en soi une mesure barrière qui rappelle à celui qui le porte qu'on n'est pas dans un cadre normal, et aux autres qu'il faut observer les distances", assure-t-il.

Relance économique : "Il faut donner un horizon à nos entreprises avant l'été"

 

Bruno Le Maire prévoit un grand plan de relance économique pour la rentrée. "Il faut lever l'incertitude de la relance économique, affirme Bruno Retailleau. Il faut donner un horizon à nos entreprises avant l'été. Il y aura un choc économique énorme, avec une augmentation du chômage, des dettes, des déficits, une croissance qui va s'effondrer, sans doute -10% cette année, annonce-t-il. 700.000 jeunes vont se retrouver sur le marché du travail, avec la porte des entreprises fermées. Le gouvernement doit prendre un certain nombre de mesures très fortes maintenant, insiste-t-il, comme par exemple exonérer les entreprises des charges sociales dès lors qu'elles emploieront un apprenti ou un diplômé".
Bruno Retailleau ne serait pas prêt à participer à un gouvernement d'union nationale. "La concorde nationale peut vivre sous d'autres façons, estime-t-il. Nous l'avons prouvé au Sénat, nous avons voté les quatre textes que le gouvernement nous a soumis pour l'État d'urgence. Nous sommes dans un esprit constructif : notre ligne est à la fois de l'exigence, on ne donne pas un blanc-seing à n'importe quoi, et la bienveillance. Nous ferons en juin des propositions avec mon groupe pour le plan de relance, pour que le gouvernement puisse enrichir sa réflexion".

"Ce que je trouve stupéfiant, c'est l'idéologie macronienne progressiste de la frontière"

 

Faut-il un assouplissement des règlementations pour les commerces, notamment pour le travail dominical et les heures supplémentaires ? Pour Bruno Retailleau, "tout assouplissement des règles est bon à prendre. Notamment pour les plages, on doit pouvoir juger au cas par cas. Il faudra nécessairement travailler plus, pour gagner plus, pour relancer la machine économique", ajoute-t-il.
On continue de faire venir des travailleurs détachés pour aider notamment les agriculteurs. "Ce que je trouve stupéfiant, c'est l'idéologie macronienne progressiste de la frontière : la France est le seul pays européen pendant tout le confinement à n'avoir exigé aucun contrôle sanitaire sur ses points d'entrée ! C'est quelque chose d'inédit. Un Français résidant au Vietnam, où le virus circule très peu, qui reviendrait serait mis en quarantaine tandis que les Européens peuvent circuler librement, c'est incompréhensible !".