Barbara Pompili - rénovation énergétique : "Ce qu'on veut, c'est que tout le monde soit aidé de A à Z"

Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 13 avril sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Barbara Pompili, interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 13 avril à 7h40.

Barbara Pompili - rénovation énergétique : "Ce qu'on veut, c'est que tout le monde soit aidé de A à Z"

Dans le cadre de la loi Climat, les députés se penchent notamment sur les passoires thermiques, qui représentent près de 5 millions de logements. Certains professionnels redoutent déjà une crise immobilière. "On va aider les gens à pouvoir isoler leur logement assure Barbara Pompili. Beaucoup d'aides existaient déjà, mais elles étaient souvent perçues comme très compliquées et nombreux n'avaient pas les moyens de financer leur rénovation souligne la ministre. On sent une espèce de vertige devant tout ce qu'on pourrait avoir mais qu'on n'a pas. Grâce à cette loi, on va mettre en place un Accompagnateur Rénov', c'est-à-dire une vraie personne qui va vous suivre de A à Z, regarder le devis, le financement et aider pour la tenue des travaux. L'accompagnateur est vraiment quelqu'un qui va vous prendre par la main. Il y aura également des aides mises en place, y compris pour le reste à charge pour les personnes qui ont peu de moyens".

En cas de copropriété, il faut obliger les autres copropriétaires à faire les travaux, sinon ça ne sert à rien souligne Patrick Roger. "On essaie dans cette loi de traiter tous les problèmes, pour trouver des réponses pour tout le monde explique la ministre de la Transition écologique. L'idée est vraiment une montée en charge. Il y a aujourd'hui des rénovations qui sont faites, mais pas assez, et pas assez complètes. On veut que des gens qui vivent dans des logements pas isolés puissent avoir les moyens d'avoir un logement meilleur et plus cher à la revente. Y compris pour les copropriétés, ce qu'on veut, c'est que tout le monde soit aidé de A à Z insiste Barbara Pompili. Les agences immobilières s'inquiètent mais moi je vois surtout les gens qui n'ont pas les moyens de payer leur chauffage aujourd'hui ajoute-t-elle. Grâce à ma Prime Rénov, grâce à l'Accompagnateur, on aura vraiment des gens qui vivront mieux !"

 

Suppression des lignes intérieures : "On ne peut pas reprocher au gouvernement de ne pas soutenir l’aéronautique"

Autre décision concrète : la fin des lignes intérieures entre les villes à moins de 2h30 en train. Certains élus, notamment dans le Sud Ouest, dénoncent des milliers d'emplois sacrifiés, comme Airbus à côté de Toulouse. "Quand on voit les moyens qu'on est en train de mettre pour sauver le secteur aérien, on ne peut pas reprocher au gouvernement de ne pas soutenir l'aéronautique d'une manière générale ! se défend Barbara Pompili. On aide aussi des grandes entreprises à investir dans l'avion vert, dans l'avion à hydrogène, à utiliser plus de carburants alternatifs. Ce qu'on veut aujourd'hui, c'est qu'il y ait plus de complémentarité : quand on peut prendre un train qui met par exemple 2 heures pour relier Paris et Bordeaux, c'est absurde de prendre l'avion qui mettra quasiment autant de temps si ce n'est plus. L'idée est de privilégier le train là où on peut. Par ailleurs, on peut faire une correspondance train-avion, avec des TGV qui arrivent dans les aéroports. Ce qu'il faut, c'est pouvoir prendre le billet d'avion et le billet de train qui va avec. Je veux que l'écologie soit pratique pour les gens !"

 

"Je veux que l'écologie rentre dans le quotidien des Français !"

L'écologie apparaît en effet comme punitive pour beaucoup de gens, qui voient dans ce type de mesure une restriction de liberté. "Les personnes qui parlent d'écologie punitive sont en général celles qui ne veulent rien faire ! estime Barbara Pompili. On a d'ailleurs le problème de l'autre côté, avec les gens qu'il n'y a jamais assez dans notre loi. On voudrait tout faire et ne rien faire, dans ces cas-là on n'en fait rien ! Ce qui est punitif aujourd'hui, ce sont les millions de personnes qui meurent à cause de la pollution de l'air, les gens qui ne mettent pas leur chauffage par manque de moyens, les gens qui sont inondés dans leur maison.

Mon travail c'est que les gens vivent mieux, il faut les accompagner. Je veux que l'écologie rentre dans le quotidien des Français et qu'ils puissent devenir eux-mêmes des écologistes ! On va mettre dans la loi des étiquettes environnement, qui permettront de voir pendant que vous faites vos courses très facilement si le produit est bon ou mauvais pour l'environnement".

 

"L'idée est d'interdire les vignettes Crit'Air 3 en 2025"

Le secteur automobile doit craindre de nouvelles dispositions, avec l'interdiction du diesel à terme dans les coeurs de ville. "L'idée est que là où on a les seuils de pollution les plus élevés, on interdise les vignettes Crit'Air 5, puis 4, puis 3, avec des vignettes Crit'Air 3 interdites en 2025. Pour faire ça, on met en place toutes les alternatives pour éviter la voiture, comme le covoiturage, les transports en commun, le vélo. Mais surtout pouvoir acquérir des nouvelles voitures, moins polluantes. On est à 800.000 primes à la conversion depuis le début du quinquennat. On aide aussi pour acheter des voitures d'occasion, y compris des électriques" souligne-t-elle.

Par ailleurs, "on est en train de déployer les bornes électriques, y compris pour couvrir les territoires ruraux avec des bornes de recharge rapide, parce qu'on sait très bien qu'un des freins n'est plus tellement l'argent mais les bornes électriques !"

Sur le nucléaire, "si on diminue la part du nucléaire pour fabriquer de l'électricité, on a un plan de travail précise la ministre, qui s'appelle la programmation pluriannuelle de l'énergie, qui fait qu'on baisse la part du nucléaire mais qu'on augmente la part des autres énergies, notamment des renouvelables. Tout ça est programmé, on ne fait pas ça n'importe comment ! On va avoir toujours de l'électricité, décarbonée, on est simplement en train de regarder les curseurs entre le nucléaire et les renouvelables. Le nucléaire a des avantages : de la puissance très vite, très fort, mais on a un problème de déchets qui n'est toujours pas résolu et on a un problème de sûreté. Les énergies comme l'éolien ou le photovoltaïque ont un problème d'intermittence reconnaît-elle mais on a beaucoup moins de problèmes de déchets et elles sont beaucoup moins dangereuses. Ce qu'il faut, c'est créer du stockage !"

La loi sur le Climat répond-elle aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre des Accords de Paris ? "Ça y répond dans le cadre global de la politique qu'on met en œuvre, pas dans la loi toute seule. Il faut regarder en général ce qui a été fait dans le quinquennat au travers des différentes lois".

 

Emplois verts garantis : "Pour moi c'est un peu la vieille recette, il faut aller plus fort que ça !"

Les Verts peinent à trouver un terrain d'entente avec la gauche. "Je vois que ça ne change pas regrette la ministre. J'ai quitté les Verts parce qu'ils étaient partis dans des idées un peu radicales que je trouvais peu constructives. Face à l'urgence écologique, il faut agir maintenant et l'écologie doit infuser partout. On n'a plus le temps de traîner, on n'a plus le temps de se diviser mais c'est habituel chez eux !"

Dans le JDD, dimanche 11 avril, 9 maires écologistes proposent de faire des emplois verts garantis. "C'est une idée assez classique explique Barbara Pompili, on est sur des emplois aidés comme ça a été le cas dans de nombreuses occasions auparavant. Mais pour elle, ça n'est pas durable à terme. Sur la transition écologique, on a des secteurs entiers en transformation qui peuvent déjà créer de l'emploi. On a surtout besoin d'aider les entreprises à partir vers la transition. On a dans le plan de relance 9 milliards qui sont pour la formation, le plus important est de bouger tout le système et pas seulement les emplois aidés. Pour moi c'est un peu la vieille recette, il faut aller plus fort que ça !"

 

"Quand Marine Le Pen parle d'écologie, ça fait peur !"

Parmi les adversaires d'Emmanuel Macron déclarés pour 2022 Marine Le Pen et Xavier Bertrand. Pour Barbara Pompili, "il n'y a chez eux aucune proposition écologiste ! Xavier Bertrand n'en parle pas du tout, et quand Marine Le Pen en parle, ça fait peur ! Non seulement on retrouve son discours haineux, quand elle compare les éoliennes à des migrants, c'est à vomir ! Et elle ment, quand elle dit qu'on rouvre des centrales à charbon, et elle est complètement incompétente !"