Aurore Bergé: manque de moyens de la psychiatrie, "le problème a trop duré"

Après l'incendie meurtrier du XVIe arrondissement de Paris provoqué par une déséquilibrée, il faut d'urgence redonner des moyens à la psychiatrie, reconnait la députée LREM des Yvelines et porte-parole d'En Marche. Invitée du "petit déjeuner politique", Aurore Bergé a aussi évoqué la cellule "anti-RN" au sein de la majorité, la remontée d'Emmanuel Macron dans un sondage Ifop pour Sud Radio et Paris-Match. Elle se veut aussi rassurante sur la loi "anti-casseurs", et le projet d'instance contre les fausses nouvelles, qui font craindre à beaucoup une offensive contre les libertés publiques..

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Détection des troubles psychiatriques: "il faut davantage de moyens"

L'habitante d'une quarantaine d'années mise en cause dans l'incendie meurtrier du XVIe arrondissement de Paris avait des antécédents psychiatriques, mais elle avait pu regagner son domicile en janvier. La prise en charge et le suivi de ce type de profil constitue un vrai sujet, reconnait Aurore Bergé:

"On a un gros sujet sur la prise en charge de la psychiatrie dans notre pays. Il y'a une de nos collègues qui présente justement ce matin à l'Assemblée nationale, les conclusions de son rapport sur ces questions là. La ministre annonce aussi plus de moyens... C'est un problème qui n'a que trop duré. Il y a un problème de détection. Des gens qui devraient être suivis ne le sont pas, des gens qui présentent un danger pour eux-même et pour les autres. Ce rapport parlementaire doit permettre d'aborder le sujet avec davantage de moyens, ce sujet ne doit pas être tabou."

"Assurer la riposte à l'extrême-droite"

Une cellule au sein de la majorité, pour lutter contre le rassemblement national? La porte-parole d'En Marche, reconnait que le parti présidentiel s'organise, pour endiguer la montée du parti de Marine Le Pen:

"Stanislas Guérini, le patron de la République en marche, doit proposer de nommer des référents pour assurer la riposte à l'extrême-droite, dans les territoires où elle monte."

L'extrême-droite, elle insiste sur le terme, quand-bien même le RN ne se considère pas lui-même comme tel: "C'est clairement l'extrême-droite, le Rassemblement national a beau changer de nom et de logo, ça reste les mêmes... Un parti politique, ça a une histoire, des fondateurs, une identité, une trajectoire, des partisans."

Gilets jaunes? "Il y a peut-être un phénomène de saturation des Français, au bout de 13 semaines"

Emmanuel Macron remonte à 34% d'approbation dans notre sondage Ifop pour Sud Radio et Paris-Match. Un chiffre qu'Aurore Bergé refuse de commenter, même si elle partage un sentiment:

"On en est à la 13e semaine de mobilisation. On a des gens de moins en moins nombreux mais de plus en plus radicalisés. On a des débordements violents. Je ne dis pas que tous les gilets jaunes ont eu des actions violentes, mais on a aussi des gens qui appartiennent à ce mouvement. Je me dis qu'il y'a peut-être aussi un phénomène de saturation de la part des Français. Depuis 13 semaines, ils ont peut-être envie de passer à autre chose. Il y a eu des annonces, des mesures de pouvoir d'achat, le grand débat national..."

Loi anti-casseurs: "pensez-vous qu'un régime autoritaire aurait besoin des lois existantes, ou qu'il les changerait?!"

Une cinquantaine de députés de la majorité, qui refuse de voter la loi anti-casseurs? "Certains collègues ont fait un choix qui n'est pas le mien. Je trouve ce texte nécessaire au regard de la nature des mobilisations qui a beaucoup changé."

Certains font valoir que ce texte, qui permet aux préfets de prononcer des interdictions de manifester, pourrait-être redoutable en cas d'arrivée au pouvoir d'un gouvernement autoritaire. Un argument qu'Aurore Bergé réfute:

"Déjà il faut tout faire pour éviter un régime autoritaire dans notre pays. Mais de toute façon si ça arrivait un jour, pensez-vous vraiment qu'ils auraient besoin des lois existantes, ou qu'ils les changeraient?"

 

"Les réseaux sociaux nous enferment dans ce qui nous intéresse déjà"

La députée LREM des Yvelines défend aussi le projet, évoqué par Emmanuel Macron, de créer une structure de vérification de l'information, censée assurer la neutralité des médias et lutter contre les fausses nouvelles. Dérive dénoncée par beaucoup, comme pouvant conduire à une censure, à la fabrication d'une vérité officielle. Aurore Bergé l'assure: Pas de "Prava" en France (du nom du principal journal de propagande soviétique), même si elle défend la lutte contre les fausses informations comme un enjeu démocratique:

"Il n'y a pas de Pravda dans ce pays. Il est indispensable de se poser la question de comment gouverner à l'heure des réseaux sociaux, comment faire campagne à l'heure des théories du complot et des fausses informations.  Lutter contre les fausses  information, ça passe par l'éducation à l'information dés le plus jeune âge. Et ça, c'est pas dire qu'il y a une vérité d'Etat. C'est pas pareil de s'informer par une pluralité de médias, que de s'informer uniquement sur les réseaux sociaux qui choisissent pour nous ce qui nous conforte dans les idées qu'on a déjà. Deuxième point: ça passe par les médias eux-mêmes. Il faut qu'on ait des médias forts dans notre pays, dans la pluralité et la diversité des opinions, mais je pense qu'on a un enjeu de rétablissement de la confiance qui concerne la classe politique française, mais aussi les médias. On a cru que les réseaux sociaux étaient une ouverture sur le monde, alors que ça s'avère être un enfermement. On n'y voit que ce qui nous intéresse déjà." 

"Chaque semaine, je signale des messages de haine, les réseaux sociaux doivent faire le ménage"

Aurore Bergé annonce au passage envisager de quitter Twitter, et plus généralement les réseaux sociaux:

"Sur les réseaux sociaux, c'est devenu une poubelle. Les gens se cachent derrière un anonymat pour dire des choses qu'ils n'oseraient jamais dit. C'est pas parce qu'on défend nos convictions qu'on cherche à se faire insulter. C'est une vraie question que je me pose, de savoir s'il faut qu'on reste sur Twitter, les hommes et les femmes politiques, mais aussi les journalistes ou les artistes. Car ça génère des réactions de haine. Mais la difficulté, c'est que, si on ne reste pas, qui reste sur les réseaux sociaux? Peut-être qu'il ne restera que ces messages de haine. C'est une vraie question. Chaque semaine, je signale des messages de haine, ou des messages homophobes, racistes ou sexistes. Et systématiquement, on me dit que ça n'enfreint pas les règles d'usage. Mais à un moment, ces plate-formes doivent aussi nous aider à faire le ménage."