La ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, est arrivée lundi à Mayotte pour tenter de trouver une issue au mouvement de contestation contre l'insécurité et l'immigration.

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, est arrivée lundi à Mayotte pour tenter de trouver une issue au mouvement de contestation contre l'insécurité et l'immigration entré dans sa quatrième semaine dans ce département français de l'océan Indien.

Quelques images vidéo diffusées par le ministère ont montré Mme Girardin en train de dialoguer avec des manifestants. "Je suis ici pour débattre avec vous des mesures de sécurité terrestre et des mesures de lutte contre l'immigration", leur a-t-elle expliqué, assise par terre au barrage de Petite-Terre.

Avant sa venue, l'intersyndicale et le Collectif des citoyens à l'origine du mouvement de protestation lui avaient reproché "sa méconnaissance du territoire". Ils exigeaient la venue de "quelqu'un qui puisse engager le gouvernement", comme le chef de l'État, le Premier ministre ou le ministre de l'Intérieur.

Depuis le 20 février, Mayotte est secouée par une "grève générale" contre l'insécurité, notamment aux abords et à l'intérieur des établissements scolaires, et plus largement contre la forte immigration clandestine provenant des Comores, à 70 km de ses côtes.

Le bon déroulement de la rentrée scolaire devait être l'enjeu principal de la journée de lundi. 

L'intersyndicale a appelé la population "à descendre massivement dans les rues" du chef-lieu Mamoudzou mardi. Elle a également demandé "aux maires de fermer les établissements scolaires" et invité les parents à garder leurs enfants à la maison jusqu'à nouvel ordre.

Le mouvement a pris jusqu'ici de multiples formes: manifestations dans les rues du chef-lieu Mamoudzou, opération escargot, opération "île morte", barrages sur les principaux axes routiers... Après trois semaines de conflit, la situation s'est encore tendue dimanche, avec le blocage du port principal de l'île.

Des barrages bloquaient encore les routes lundi, contraignant notamment les voyageurs arrivés à l'aéroport à parcourir des kilomètres à pied pour rejoindre le port et tenter de trouver un bateau les acheminant à Mamoudzou, sur une île voisine.

Face à la détermination des manifestants, le gouvernement a jusqu'ici alterné les appels au dialogue et la fermeté.

Des renforts de sécurité sont arrivés à Mayotte en fin de semaine pour "sécuriser établissements et transports scolaires", portant selon le gouvernement "à 987 le nombre de forces de l'ordre déployées sur le territoire".

Le gouvernement réfléchit à un "statut extra-territorial" pour la maternité

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux avait appelé les élus et autres responsables sur place à permettre la rentrée des classes. "La République n'abandonne pas Mayotte, n'abandonnez pas la République", avait-il lancé dimanche.

Autre point de fixation, sur lequel la ministre des Outre-mer devra tenter d'apaiser l'inquiétude de ses interlocuteurs : la question de l'immigration et de la maternité de Mayotte en particulier.

Le gouvernement a indiqué qu'il réfléchissait à "un statut extra-territorial" pour cette maternité afin que les naissances très nombreuses n'y "permettent pas obligatoirement d'obtenir la nationalité française".

Dix mille naissances ont lieu chaque année dans cette maternité, a rappelé le porte-parole du gouvernement, "dont 70 % issues de parents étrangers, pour être clair venant des Comores pour l'immense majorité d'entre-eux, c'est une vraie difficulté".

En visite sur l'île début mars, le président des Républicains Laurent Wauquiez avait demandé une réforme du droit du sol à Mayotte, pour lutter contre l'immigration clandestine. Une solution rejetée par le gouvernement.

Selon ses services, Mme Girardin entend proposer "à l'ensemble de ses interlocuteurs une méthode, un calendrier et les principaux axes d'un travail de fond indispensable pour l'avenir de Mayotte".

À plus long terme, Benjamin Griveaux a estimé qu'il fallait "mettre autour de la table les élus locaux, les sociaux-professionnels, le monde économique, l'administration" et "repartir de zéro" pour tenter de répondre aux difficultés de l'île.

Dans un communiqué publié dimanche, les deux sénateurs de Mayotte ainsi que 5 des 17 maires de l'île et le 4e vice-président du Conseil départemental se sont dits "favorables à la reprise du dialogue" tout en restant "vigilants à ce que les engagements du gouvernement soient rapidement tenus".

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