Ali Onaner : "La Turquie respecte totalement la liberté d'expression"

Ali Onaner, ambassadeur de Turquie en France, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 18 juin 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Ali Onaner, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 18 juin 2021 à 7h40.

Ali Onaner : "Le dialogue a repris entre Erdogan et Macron depuis le 2 mars"

Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan se sont rencontrés la semaine du 14 juin 2021 pour faire baisser les tensions entre les deux pays. Erdogan avait mis en cause la santé mentale d’Emmanuel Macron après un rappel à l’ordre envers la Turquie. "Le dialogue a vraiment repris", souligne Ali Onaner, et très précisément "à partir du 2 mars", date de la première vidéoconférence entre les deux chefs d’État après les tensions. Si Ali Onaner concède qu’il y a eu "des déclarations dures" de la part de la Turquie, elles "constituent à chaque fois des réponses à des positions que nous avons perçues comme étant hostiles en Turquie".

Après le 2 mars 2021, "nos ministres des Affaires étrangères ont pu dialoguer à trois reprises", précise l’ambassadeur de Turquie en France. La dernière de ces rencontres a eu lieu le 7 juin 2021 lorsque "le ministre turc des Affaires étrangères a effectué une visite à Paris" et a discuté "de tous les sujets" avec Jean-Yves Le Drian. Cette rencontre était "une première étape" pour préparer la rencontre entre les deux chefs d’État en marge du sommet de l’Otan. Ali Onaner explique : "à observer la conférence de presse donnée par le président Macron après le sommet de l’Otan, nous pouvons avoir la confirmation que cette rencontre Erdogan-Macron s’est bien passée".

 

"Les réactions que nous avons trouvées exagérées venant de France, c’est la Syrie"

Concernant les tensions, désormais passées, entre la France et la Turquie, Ali Onaner explique que "le point de départ, c’est plusieurs questions régionales où les positions turques et les positions françaises se sont opposées". Et, plus précisément, le point de départ des "réactions que nous avons trouvées exagérées venant de France, c’est la Syrie". L’ambassadeur rappelle qu’en "octobre 2019", son pays avait pris des mesures pour "stopper l’avancée des terroristes du PKK au nord de la Syrie" ; "et la France a très mal réagi", estime l’ambassadeur qui précise que "nous ne comprenons pas cette réaction".

L’impression que donnait cette action en Syrie était que la Turquie visait également les Kurdes. "C’est de là que vient l’erreur", explique Ali Onaner : "il ne s’agit pas des Kurdes". Il précise que "les Kurdes du nord de la Syrie sont aujourd’hui réfugiés en Turquie parce qu’ils ont été chassés de leur territoire par les terroristes du PKK".

"Les terroristes du PKK, reconnus comme tels en France aussi", souligne l’ambassadeur, "sont malheureusement utilisés comme des mercenaires par nos alliés en Syrie". Si bien que le désaccord entre France et Turquie vient du fait que "la Turquie considère que la coopération de nos alliés, la France y compris, avec les terroristes du PKK, est comme un poignard dans le dos de l’allié turc. Nous ne l’accepterons pas."

 

"Jamais la Turquie ne se mêlera d'une élection"

Emmanuel Macron a également déclaré craindre une ingérence turque dans la campagne présidentielle française de 2022. "Je réponds au président Macron avec grand respect qu’il a sûrement été induit en erreur pour avoir de telles affirmations". Les craintes du président de la République française venaient toutefois de rapports des services de renseignement, et ce sont ces rapports, selon Ali Onaner, "qui l’ont induit en erreur". "La Turquie n’a jamais eu, n’aura jamais, de pratiques d’ingérence dans une quelconque élection à l’étranger", souligne l’ambassadeur de Turquie en France.

Pourtant, en Allemagne, où la communauté turque est très importante, des consignes auraient été données en 2017 pour que les Turcs votent contre Angela Merkel. Pour Ali Onaner, il s’agit "des déclarations à l’époque qui ont été interprétées de cette façon-là, c’est un contexte différent". "Il n’a jamais été le cas, en France, d’une quelconque influence de la Turquie pour une élection, la Turquie n'a pas cette pratique."

Ali Onaner déclare que "bien sûr que non", il n’y aura pas de consigne de vote pour 2022 auprès des Français d’origine turque. Pour lui, l’accusation d’ingérence revêt un "caractère complètement illogique", notamment car en France, "il n’y a pas un parti politique qui soit plus pro-turc que les autres". De fait, la Turquie n’a aucun intérêt à "soutenir un parti par rapport à un autre puisqu'aucun n’est plus pro-turc que les autres", explique l’ambassadeur qui rappelle encore que la Turquie n’a pas de pratiques d’ingérence.

"La Turquie respecte totalement la liberté d'expression"

Parmi les sources de tensions entre la France et la Turquie, il y a eu l'affaire des caricatures de Mahomet de Charlie Hebdo, qui ont conduit à l'attentat contre le journal. "Au sujet des caricatures, les positions qui ont été prises par la Turquie ont toujours été très claires au sujet de Charlie Hebdo", souligne Ali Onaner. Il rappelle que "le Premier ministre turc, à l'époque, a participé à Paris à la marche pour Charlie Hebdo". "La Turquie respecte totalement la liberté d'expression, la liberté de faire des caricatures."

Selon les observateurs des droits de l'homme, il y a en Turquie un recul de la liberté d'expression, avec beaucoup de répression. "Il s'agit de mesures qui ont dû être prises après 2016 contre une organisation infiltrée dans l'administration qui a tenté de faire un coup d'État en Turquie en 2016, tient à préciser Ali Onaner. Les mesures prises contre ces coupables de tentative de coup d'État ont parfois été présentées par une partie de ces gens-là comme des atteintes aux droits de l'homme. Les droits individuels de n'importe quel citoyen turc sont garantis au même titre que les autres Européens", assure-t-il.

 

"Il ne faut pas que les débats autour de l'Islam se transforment en une forme de racisme ou de rejet anti-musulmans"

Le président Erdogan a expliqué qu'il y avait une haine anti-islam, anti-musulman en France. "Il y a aujourd'hui un débat autour de l'Islam en France et différents points du vue sont exprimés, dont certains dépassent les limites, constate l'Ambassadeur de Turquie en France. Si depuis l'étranger des commentaires et des inquiétudes par rapport à cette discussion au sujet de l'islam arrivent en France, il faut avoir de l'empathie et essayer de comprendre pourquoi vu de l'étranger ces débats autour de l'Islam peuvent parfois choquer. Pour lui, il ne faut pas que les débats autour de l'Islam se transforment en une forme de racisme ou de rejet anti-musulmans".

"C'est pour tenter de ne pas maltraiter l'Islam en France que les autorités, les acteurs de la société civile débattent sur la question, mais dans le cadre de ce débat, nous rencontrons parfois des points de vue difficilement acceptables".

 

"Le président Erdogan a toujours pris position contre toute forme de violence faite aux femmes "

En mars dernier, la Turquie s'est retirée de la Convention d'Istanbul du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, qui est aujourd'hui une grande cause nationale en France. "Ce n'est pas un recul pour la lutte contre la violence faite aux femmes, affirme Ali Onaner, parce qu'aujourd'hui la Turquie, depuis 2010-2014, a le cadre juridique le plus fort au niveau national comparé aux autres partenaires européens. Le retrait de la Turque de cette Convention a un effet symbolique qui pose des questions, reconnaît-il. Il faut regarder le cas des 6 membres de l'Union européenne, ou des 11 membres du Conseil de l'Europe, qui ont catégoriquement refusé de devenir partie à cette Convention, pays dans lesquels il y a eu un débat très vif par rapport aux excès et aux déformations de cette Convention aux articles qui, au moment de la négociation, ont été détournés de l'objectif principal qui était de lutter contre la violence faite aux femmes. Ces articles ont été écrits pour pouvoir être utilisés par d'autres groupes d'intérêt".

Pour lui, "il n'y a pas plus d'inquiétudes à avoir par rapport à cette Convention en Turquie, à part le côté symbolique de la chose, parce que le cadre législatif appliqué aujourd'hui en Turquie est beaucoup plus avancé que la moyenne européenne, insiste-t-il. Le président Erdogan a toujours pris position contre toute forme de violence faite aux femmes, il n'y aucune ambiguïté là-dessus".

 

 

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