"Même Trump a dit à John Kennedy qu'il ne pouvait pas échapper à son destin"

Auteur du livre John, le dernier des Kennedy, Olivier Royant était l’invité du Grand Matin Sud Radio ce mercredi pour évoquer la vie de John Kennedy Jr, héritier de la célèbre famille décédé – lui aussi – de manière tragique.

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Fils de John Fitzgerald et Jackie Kennedy, John Kennedy Jr a lui aussi eu un destin tragique en décédant brutalement en 1999 à l’âge de 38 ans. Journaliste français expatrié pendant un temps aux États-Unis, Olivier Royant était l’invité du Grand Matin Sud Radio ce mercredi pour évoquer la vie de cet homme hors du commun dans le cadre de la sortie de son livre John, le dernier des Kennedy. Il se souvient encore parfaitement aujourd’hui de leur première rencontre. "Je suis arrivé à New York à la fin des années 1980, dans cette ville qui bouillonne. C’est l’Amérique de Wall Street, des top-models, l’Amérique fascinée par le luxe, la beauté, le corps, les célébrités. Paris-Match, le magazine qui m’envoie aux États-Unis, a toujours été fasciné par la saga des Kennedy. Au début, je commence à traquer John, le célibataire le plus convoité de la planète. Je joue un peu les paparazzis, je le suis, je le croise de temps en temps dans une boîte de nuit, je l’aperçois à Central Park, etc. Et puis un jour, vers 1995, alors que sa mère Jackie est décédée depuis un an, John se lance dans un projet assez improbable en décidant de lancer un magazine politique. Il va trouver des grands groupes de presse américains qui lui disent que la politique, ça ne vend pas. Curieusement, ils disent non à John Kennedy Jr, l’héritier du clan, le prince de l’Amérique ! Et là, un groupe de Français, Hachette Filipacchi, décide de lancer le projet, ce qui est un peu le hold-up du siècle ! Le bureau de Paris-Match est au 45ème étage, John s’installe au 41ème, et un jour il débarque dans nos couloirs. Là, c’est l’émeute, vous voyez des chefs de service qui vont faire des photocopies pour la première fois, tout le monde se bouscule dans le couloir, on est fascinés ! Je le rencontre donc comme ça, on va parler de journalisme et travailler un peu ensemble. Le journaliste que j’étais, qui le traquait, va essayer de devenir son ami et de passer un peu de l’autre côté", raconte-t-il.

"On lui interdit d’être autre chose qu’un futur candidat à la présidence"

Pour Olivier Royant, la célébrité extrême de John Kennedy Jr l’a empêché de mener une vie normale. "Il a un charisme extraordinaire. Il faut bien se rappeler que dans les années 1980, il n’y a pas de réseaux sociaux. Si on veut voir des images, on les voit dans des magazines ! John est l’incarnation des années 1990, de la célébrité, il a le visage de l’Histoire. Quand vous l’avez en face de vous, vous êtes dérangés, il vous faut un moment avant de vous adapter. C’est le petit gamin qui est entré dans la mémoire collective quand il salue le cercueil de son père le 25 novembre 1963 lors des obsèques, et il fait partie de la mythologie américaine. C’est une sorte de héros qui n’a rien fait jusqu’à présent, qui est destiné à devenir président des États-Unis, et il s’agit en fait d’une filiation impossible. On lui interdit le réel, on lui interdit d’être un homme comme les autres ! (…) Sa mère voulait qu’il rentre dans la chose publique, elle ne l’imaginait pas du tout acteur ou pilote d’avion. Mais lui repousse au maximum la prise de responsabilité. Il rentre dans la presse, il fait un magazine politique pour gagner du temps parce qu’il sait que le destin va le rattraper et que de toutes façons, on lui interdit d’être autre chose qu’un futur candidat à la présidence", assure-t-il.

Une pression qui va pousser le fils de l’iconique président des années 1960 à se réfugier dans l’aviation, le menant ainsi à son propre décès. "Depuis qu’il est enfant, il a la passion des avions. Il est dans l’hélicoptère avec son père, il l’attend sur le tarmac, il est dans Air Force One, on lui offre des avions miniatures, etc. Sa mère lui interdit de voler, parce qu’il y a eu tellement de tragédies d’aviation dans la famille, et il va continuer quand même. C’est une façon de s’échapper : le seul endroit où il est tranquille, c’est à 4000m d’altitude. C’est un pilote du dimanche, pas un pilote de ligne ou de chasse, et il va quand même faire preuve d’imprudence. Ce vendredi soir où il décolle du New Jersey pour assister au mariage de Rory, la dernière fille de Bob Kennedy, des pilotes voient la brume s’épaissir et décident de ne pas prendre les airs. Lui décide d’y aller avec son épouse Carolyn et sa belle-sœur Lauren. Il arrive au large des côtes de Hyannis Port et il se passe un phénomène que vous avez peut-être déjà rencontré quand vous faites du ski par jour blanc, une sorte de désorientation spatiale. C’est un phénomène connu par certains pilotes, le cauchemar absolu : vous ne savez pas si l’avion monte ou descend. Et là c’est la tragédie, l’avion bascule et prend ce que les pilotes appellent la «spirale du cimetière» et s’écrase à une quinzaine de kilomètres seulement de la maison de sa mère, où il avait grandi", se souvient-il.

"Donald Trump est l’ami de John Kennedy"

Enfin, Olivier Royant évoque la filiation entre l’Amérique des années 1990 et celle de Donald Trump aujourd’hui. "On ne comprend pas l’Amérique de 2017 si on ne comprend pas l’Amérique des années 1990. Trump est un personnage incontournable. Je l’ai interviewé quatre ou cinq fois pour Paris-Match, c’est l’ami de tout le monde, il donne de l’argent aux Républicains et aux Démocrates… C’est une sorte de Bernard Tapie américain, flamboyant et passant beaucoup de temps avec les médias. Et c’est l’ami de John. Trump est toujours en quête de respectabilité, et il se dit que ce n’est pas dans l’immobilier ou étant milliardaire qu’on l’acquiert, mais dans la politique. Il se tourne vers John et lui d’arrêter les magazines et les médias et de se présenter à une élection. En 1999, Donald Trump, qui sera déjà à l’époque candidat à l’élection présidentielle pendant quelques semaines, dit à John Kennedy : "Pour toi, ce sera la politique". Même Trump lui dit qu’il ne peut pas échapper à son destin...", indique-t-il.

Réécoutez en podcast toute l’interview d’Olivier Royant dans le Grand Matin Sud Radio