Nicolas Jallot : "je suis certainement sur une liste noire en Afghanistan"

Vingt ans après l'assassinat du commandant Massoud et les attentats du 11 septembre 2001, la chaîne Histoire TV diffuse, le 9 septembre 2021 à 20h50, le documentaire "Massoud, l’héritage", réalisé par Nicolas Jallot. Nicolas Jallot était l'invité de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 9 septembre 2021 dans "Le 10h - midi".

Nicolas Jallot, invité de Valérie Expert dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

Comme l'explique Nicolas Jallot, les Talibans ont pris la vallée du Panjshir, dernière poche de résistance en Afghanistan, avec l'aide du Pakistan.

 

Nicolas Jallot : "l’erreur que les Américains avaient commise à la fin des années 1980 s’est retournée contre eux"

Nicolas Jallot est tout d’abord revenu sur l’actualité majeure du dimanche 5 septembre 2021, à savoir la prise par les Talibans de la vallée du Panjshir, la dernière poche de résistance de l’Afghanistan. "C’est une zone tadjike, c’est l’ethnie tadjike qui habite dans cette vallée. C’est la vallée natale du commandant Massoud. Avant même l’invasion soviétique c’était une vallée rebelle. Cela a toujours été une vallée rebelle, elle a toujours été la zone de résistance de ce pays.

Pendant l’invasion soviétique on a découvert un homme, Ahmad Shah Massoud. ‘Massoud’ veut dire ‘chanceux’ en dari. Petit à petit, grâce aux documentaires, il devient le héros de la résistance afghane. Il a été reconnu pas tant parce qu’il était le meilleur mais parce que les Soviétiques en ont fait un héros.

 


Les Soviétiques ne sont jamais rentrés dans la vallée du Panjshir. En revanche, c’est ce qui s’est passé il y a quelques jours lorsque les Talibans sont rentrés dans la vallée du Panjshir. Mais perpendiculairement à la vallée vous avez de petites gorges, des villages qui sont en altitude. Et comme par hasard, les Talibans n’y sont pas rentrés. Et c’est là que se sont réfugiés la majorité des 10.000 hommes de la résistance afghane dont on parlait il y a quelques semaines. Ils sont partis dans les montagnes parce qu’ils se sont fait lourdement bombarder le 5 septembre 2021 par les Talibans, soutenus d’ailleurs par les Pakistanais, c’est quasiment prouvé. La géographie est très propice à la guérilla. Des drones américains ont volé, c’est ça qui est extraordinaire. C’est surprenant mais à la fois pas surprenant, parce que les généraux pakistanais sont formés par qui ? Par les Américains.

Dès la fin des années 1980, les Américains armaient les mauvais. Était-ce une méconnaissance, ou pensaient-ils qu’en aidant des groupes comme Ben Laden ils seraient plus forts contre les Soviétiques, étant donné que c’était la guerre froide ? En tout cas, cette erreur s’est retournée contre eux", a déclaré Nicolas Jallot.

 

"Ce n’est qu’en rentrant que vous vous dites que l’Afghanistan est un pays dangereux"

Nicolas Jallot, reviendra-t-il tourner en Afghanistan ? "Je suis certainement sur une liste noire, mais j’avais le projet d’y retourner en septembre-octobre. Mes amis afghans disaient fin juillet 2021 : ‘tu as le temps, ne t’inquiète pas’. J’ai un autre projet de documentaire, j’espère y retourner. Jusqu’au dimanche 5 septembre 2021, mon souhait était de retourner dans la vallée du Panjshir et filmer ces résistants. Mais aujourd’hui, la résistance n’est plus d’actualité."

N’a-t-il pas peur ? "Si j’avais peur, j’aurais fait un autre métier. Vous avez peur après, chez vous, quand vous revenez. J’étais en tournage avec un caméraman en 2018. On devait avoir un rendez-vous dans la banlieue de Kaboul. Je téléphone à la personne. J’ai une fixeuse afghane qui est assez extraordinaire, qui ne porte pas le voile, qui est jeune, étudiante. Elle me dit au coin de la rue : ‘je ne le sens pas, c’est un type pourri, on n’y va pas’, et on n’y est pas allés. Quelques semaines après, l’ambassadeur de France, en visite à Paris, demande à me voir. J’ai été surpris parce que ce n’est pas un monde que je fréquente particulièrement. On déjeune ensemble et il me demande de me raconter cette journée-là. Je lui demande : ‘comment savez-vous que je devais le rencontrer’ ? Il me dit : ‘il y avait une tentative d’enlèvement pour vous’. Ce jour-là à Paris j’ai eu peur, mais ce jour-là à Kaboul je n’avais pas peur. Ce n’est qu’en rentrant que vous vous dites que c’est un pays dangereux", a confié Nicolas Jallot.


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