Élise Lucet : "Dès qu'un métier est à prédominance féminine, il devient de fait dévalorisé"

Élise Lucet et la réalisatrice Zoé de Bussière, que vous retrouverez mardi 19 mai à 21h05 sur France 2 dans l'émission Cash Investigation "Égalité hommes-femmes : balance ton salaire", étaient les invitées de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 18 mai dans "Le 10h - midi".

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Élise Lucet et la réalisatrice Zoé de Bussière, invitées de Valérie Expert dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

L'émission "Cash Investigation" diffusée mardi 19 mai à 21h05 sur France 2 s'attaque à l'inégalité de salaires entre les hommes et les femmes dans les secteurs de la banque et de l'hôpital. "Le documentaire a été finalisé en télétravail pendant le confinement", confie la réalisatrice Zoé de Bussière.

 

Dans la banque, "systématiquement, à chaque fois que les femmes ont un enfant, leur carrière est bloquée"

Cette enquête remarquable de deux heures montre que la loi qui existe depuis 1972 n'est pas appliquée, souligne Valérie Expert. "Cette loi exige qu'à tout travail de valeur égale, les hommes et les femmes reçoivent un salaire égal, rappelle Zoé de Bussière. Cette notion de valeur égale est très importante, mais il existe des métiers, comme celui d'infirmière, où il n'y a quasiment que des femmes, où quand on ne peut pas se comparer à un homme qui fait exactement le même métier, c'est très difficile de faire valoir un salaire", estime-t-elle.

Dans le domaine de la banque, l'écart de salaires est particulièrement violent. "Il y a un écart de salaires hommes-femmes de 36% dans le secteur de la banque, confirme Élise Lucet, on est au 21è siècle, et on se retrouve aujourd'hui confrontés à un tel écart de salaires et aussi à des bloquages de carrières, dénonce-t-elle. Ce que démontre l'enquête, c'est à quel point le fameux 'heureux événement' auquel sont confrontées les femmes dans leur vie constitue un plafond de verre ! Dans la banque, systématiquement, à chaque fois que les femmes ont un enfant, leur carrière est bloquée ou elles sont mutées dans une agence moins prestigieuse. Pendant ce temps-là, les carrières des hommes qui ont exactement progressé en même temps qu'elles ou qu'elles ont formés montent dans l'échelle. Après quasiment 50 ans, la loi sur l'égalité salariale n'est toujours pas appliquée", insiste-t-elle.

 

"Une femme a deux fois moins de chances qu'un homme à diplôme égal d'obtenir un poste de direction"

Ce blocage à engager des femmes existent toujours, ajoute Valérie Expert, chez Natixis, 12 hommes ont été embauchés en 2017 et aucune femme par exemple, apprend-on dans l'émission. Un des témoignages est d'une violence incroyable, sur des choses qui se passent récemment. Le documentaire parle beaucoup de la Caisse d'Épargne et Natixis. "Le fait que les femmes gagnent 36% de moins que les hommes est commun à tout le secteur bancaire, précise Zoé de Bussière, ce sont les chiffres du ministère du Travail. Mais dans ce 36%, il y a des réalités très différentes, nuance-t-elle : dans le travail d'agence bancaire, les inégalités de salaires existent, mais elles sont bien moins importantes que dans le secteur de la finance, où les postes les plus rémunérateurs, comme les postes de traders par exemple, sont occupés majoritairement par des hommes. Dans ces métiers qu'on suppose plutôt masculins, parce que c'est un travail qui nécessite énormément de temps disponible, avec souvent des études d'ingénieur en mathématiques, les disparités de bonus, de salaires sont telles que quand ce sont principalement des hommes qui occupent les postes les plus rémunérateurs, l'écart se creuse, déplore-t-elle. Le grand écart dans le secteur de la banque se focalise vraiment dans la finance".

L'émission a suivi 567 élèves de 5 masters de plusieurs grandes écoles de commerce pour voir ce qu'ils étaient devenus. Il n'y a que 23% des femmes qui sont diplômées et 13% uniquement en poste de direction. "On s'est intéressé à cette notion de plafond de verre, qui est difficile à quantifier. Ce qu'on voit, c'est qu'une femme a deux fois moins de chances qu'un homme à diplôme égal d'obtenir un poste de direction", explique Zoé de Bussière.

 

"Dès qu'un métier est à prédominance féminine, il devient de fait dévalorisé"

Dans cette enquête, "on découvre ce qu'est un métier à prédominance féminine, souligne Élise Lucet. On a mis en lumière avec la crise du coronavirus le travail des infirmières, des aides à domicile, des aides maternelles, et on considère que pour une femme c'est normal, ça n'est pas de la compétence professionnelle, regrette-t-elle. Toutes ces professions sont dévalorisées, car on considère que ces femmes font ça naturellement. Dès qu'un métier est à prédominance féminine, il devient de fait dévalorisé, ce qui est scandaleux aujourd'hui".

Y a-t-il un problème de volonté politique ? "L'exemple québécois est formidable, reconnaît Élise Lucet. Notre volonté, dans Cash Investigation, est de montrer qu'il y a des solutions, et quand il y a une volonté politique, c'est possible. Les infirmières québécoises ont été revalorisées de 5.500 euros par an ! En France, si on prend les choses à bras le corps, c'est possible", affirme-t-elle.

 

 

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