Alain Bauer : "Oui, le crime parfait existe"

Le criminologue Alain Bauer, que vous retrouvez tous les samedis après-midi sur France 2 dans l'émission "Au bout de l'enquête, la fin du crime parfait ?", était l’invité de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 1er mars dans "Le 10h - midi".

Le criminologue Alain Bauer, invité de Valérie Expert dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

Le nouveau magazine "Au bout de l'enquête, la fin du crime parfait ?", présenté par Marie Drucker, s'intéresse tous les samedis à 14h sur France 2 aux "cold case" : des affaires classées, réputées insolubles, qui ont parfois résisté près de 50 ans à la ténacité des enquêteurs avant qu’un indice oublié, un témoignage inespéré ou une expertise scientifique innovante permette d’en confondre les coupables. Aux côtés de Marie Drucker, Alain Bauer, professeur de criminologie, qui a également publié de très nombreux ouvrages sur la criminologie, apporte sur chaque affaire un éclairage technique, psychologique, sociologique ou historique pour comprendre les procédés mis en œuvre au cours de l’enquête, mais aussi ses enjeux et ses répercussions, précise la chaîne.

Alain Bauer : "On se rend compte à quel point on est assez indifférents à la problématique des disparitions"

Pourquoi avoir accepté cette émission ? "Je suis un grand fan des émissions de décryptage, celles qui viennent chercher la véritable histoire, le documentaire au plus beau sens du terme et pas seulement le téléfilm ou la fiction, qui fait croire qu'on vous raconte la vraie histoire mais avec des monuments d'inventions et d'inventivité, confie Alain Bauer. Par ailleurs, je participe souvent à la préparation de documentaires. On m'a demandé deux choses très différentes, explique le professeur de criminologie : la première, c'est d'aider à préparer les émissions. J'ai beaucoup apprécié le professionnalisme du producteur, des réalisateurs, des rédacteurs. L'esthétique et la qualité de la production, la parole brute des gens et assez peu de mises en scène, d'emballage, ajoute-t-il. On est revenu au cœur de la vérité, y compris quand on ne la connaît pas à la fin. Et puis on m'a demandé d'intervenir sur le plateau donner un petit éclairage. Ça m'a amusé de pouvoir faire ça sur des questions très précises, techniques, pointues, où ça éclaire le téléspectateur pour lui permettre de se faire sa propre opinion plutôt que de lui donner la mienne".

L'émission est claire, nette, on voit les lieux, les témoins, souligne Valérie Expert. Il n'y pas cet emballage de fausses images prétextes qu'on voit souvent dans les reconstitutions dans les émissions autour des faits divers. On voit à l'aune des techniques actuelles comment aujourd'hui les crimes peuvent ou auraient pu être résolus. Y aura-t-il de moins en moins de "cold case" grâce à la technologie, aux nouvelles méthodes ? "On s'est rendu compte qu'il y en avait beaucoup plus qu'on ne l'imaginait ! explique Alain Bauer. Au départ, on pensait qu'il y en avait une centaine, puis on est passés à 200. Les avocats spécialisés dans ces affaires disent qu'il y en aurait un millier. On pousse aujourd'hui à ça : du point de vue de la gendarmerie nationale, qui est la première à avoir mis en place une division spéciale 'cold case', rappelle-t-il, de la magistrature, tous les ans, il disparaît 50.000 personnes en France, 1.000 qu'on ne retrouvera jamais".

"Et en même temps, un millier de corps sont enterrés sous X sans que personne ne fasse aucune recherche. On se rend compte à quel point on est assez indifférents à la problématique des disparitions. Dans un pays où on tue peu, en moyenne quelques centaines d'homicides, un millier par an, si tout d'un coup on double ou on triple le nombre, ça change tout. Il n'y avait pas beaucoup de travail sur cette question, insiste le criminologue. La technologie, les techniques, l'expertise, les compétences existent aujourd'hui pour rouvrir les dossiers et de temps en temps arriver à trouver des solutions".

"Les enquêteurs laissent rarement tomber mais ils sont submergés par le flux"

Certaines affaires sont abandonnées. La résolution d'un crime, d'une disparition, est-elle due aussi à la pugnacité de l'enquêteur et de la famille ? s'interroge Valérie Expert. Une sorte d'injustice sur l'endroit où on est et les enquêteurs de l'affaire ? "Il y a 4 millions de crimes et délits constatés par an et malheureusement pas 4 millions d'enquêteurs, explique Alain Bauer... Entre les affaires en cours, les affaires nouvelles et les moyens des enquêteurs, il faut faire avec le flux et si au bout de 8 ou 15 jours on commence à sentir qu'il n'y a plus rien... Les enquêteurs sont plutôt déterminés et laissent rarement tomber, mais ils sont submergés par le flux. La pugnacité des familles, des avocats, parfois des policiers et des gendarmes, plein d'éléments montrent qu'il ne faut jamais tomber et qu'une affaire n'est terminée que lorsqu'on a retrouvé le corps et l'auteur. Il faut penser aux avocats, qui sont déterminés à la réussite, à la réouverture de dossiers et au maintien de dossiers ouverts pour que le jour où, on ne soit pas dans la prescription".

A-t-il été difficile de convaincre les gens de témoigner dans l'émission ? "À part un ou deux cas, où on a senti que c'était encore trop douloureux, les familles, les proches considèrent que c'est leur devoir de continuer à dire les choses, à faire 'vivre' l'affaire avec l'espoir qu'enfin on découvre, confirme, valide des hypothèses ou permettre à la justice d'avancer, explique Alain Bauer. C'est aussi le rôle d'une émission de service public !"

 

"Oui, le crime parfait existe"

Le crime parfait existe-t-il ? "Oui, ceux dont on ne sait pas ce qu'il s'est passé ! assure Alain Bauer. On a beaucoup beaucoup d'affaires en cours mais je pense que résiduellement, on est toujours à un moment ou un autre rattrapé par la patrouille..." Les réseaux sociaux aident-ils plus à commettre des crimes ? On peut y trouver toutes sortes de choses pour essayer de faire un crime parfait. "Je suis contre l'interdiction, je suis pour la liberté d'expression ! affirme le criminologue. Je ne suis pas pour censurer les gens, je suis pour débattre. Je suis pour une logique pédagogique, pas pour censurer".

Les réseaux sociaux ont-ils apporté un nouvel élément de violence ? Pour Alain Bauer, "la violence n'a pas attendu les réseaux sociaux mais les réseaux sociaux accélèrent sa diffusion. Il y a dans la violence une partie initiatique et une partie mimétique", explique-t-il.

 

 

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