Le regard libre d'Elisabeth Lévy - Procès Fillon : "la justice est rendue par des hommes qui ont des opinions à défendre"

Nouveau rebondissement dans l'affaire François Fillon puisque ses avocats demandent la réouverture de son procès après les récents propos de l'ancien chef du PNF, Éliane Houlette, qui confessait des "pressions" de sa hiérarchie. Deux poids, deux mesures judiciaires et médiatiques ?

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

 

Les avocats de François Fillon demandent la réouverture de son procès. 

Tout d’abord, il faut savoir qu’en droit, c’est possible. Tant que le jugement n’est pas rendu, les débats ne sont pas clos. Et ils ont raison de le faire tant les déclarations d’Éliane Houlette le 10 juin devant la commission parlementaire, changent rétrospectivement le regard qu’on peut porter sur cette ténébreuse affaire. 

On savait déjà que François Fillon avait eu droit au grand jeu en matière de procédure. Que ce soit l’autosaisine du Parquet national financier (PNF), ou l’ouverture d’une enquête parlementaire, moins de six heures après la parution du Canard Enchaîné. Rien que pour les Panama papers, il fallut attendre 24 heures. 

Et on découvre maintenant qu’Éliane Houlette a subi d’énormes pressions de sa supérieure hiérarchique, la procureure générale Catherine Champreynaud, obligée de François Hollande. Le pouvoir était obsédé par cette affaire et voulait tout savoir en temps réel, mais aussi peser sur les choix. La mise en examen de Fillon a-t-elle été décidée à l’Elysée ? Rien ne permet de le dire. Mais on ne peut plus éluder la question en criant au complotisme. 

Donc, il faut refaire le procès ? 

En tout cas, devrait être pris en compte par les juges. 

Certes, les faits sont là. Mais contexte. Fillon a été jeté en pâture pour des pratiques certes moralement douteuses mais qui étaient totalement généralisées. Et il a eu un traitement de défaveur jusqu’au réquisitoire : cinq ans dont deux fermes, et dix ans d’inéligibilité. Il s’agit de faire un exemple. La Justice est mal placée, en l’occurrence, pour donner des leçons de morale. 

IL faudrait faire le procès de l’enquête et de l’instruction. On pourrait aussi se demander pourquoi le PNF ne s’est penché sur Richard Ferrand dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne, qu'après que le dossier est resté encalminé à Lille. Alors, arrêtons d’être naïfs. La justice est rendue par des hommes qui ont des opinions à défendre et des carrières à assurer. 

L’affaire Houlette peut-elle avoir des conséquences politiques ? 

L’élection présidentielle a-t-elle été faussée ? Sans aucun doute. Mais une élection n’est pas une partie de tennis, les coups tordus font partie du jeu. Faute de machine à remonter le temps, on ne saura jamais si Emmanuel Macron aurait gagné sans l’affaire Fillon. Mieux vaut passer à autre chose. 

Cependant, à côté des politiques et de la justice, il y a un troisième acteur : les médias qui se sont déchaînés contre Fillon. Une véritable curée de campagne. Alors j’ai une autre proposition : créons une mission parlementaire sur le pluralisme et l’indépendance des médias.