Le regard d'Élisabeth Lévy - "Sur le procès Fillon, le PNF a regardé ailleurs dans les affaires Ferrand et Pénicaud"

Quand le parquet national financier se mêle de la politique, cela pose des questions. Notamment d'équité quand on sait que Jack Lang, Richard Ferrand ou encore Muriel Pénicaud sont soit au gouvernement soit sur les plateaux télé.

Le regard libre d'Elisabeth Lévy

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"Dans le procès des Fillon pour emplois fictifs, le procureur a prononcé hier un réquisitoire très sévère pour l’ancien Premier Ministre.

Cinq ans de prison dont deux fermes, plus une amende de 375.000 euros et dix ans d’inéligibilité, trois ans avec sursis et la même amende demandés pour Pénélope. Aurélien Létocard, vice-procureur du PNF veut voir Fillon en prison, sans doute rêve-t-il d’un mandat de dépôt à l’audience. Le député LR Julien Aubert résume : « Non content d’avoir tué sa carrière politique, c’est l’homme tout court qu’on veut désormais abattre », déclare-t-il avec le hashtag « justice politique ».

Une justice politique parce que les politiques doivent rendre des comptes à la justice ?

Il semblerait que l'objectif du procureur ne soit pas de juger un homme mais de purifier la démocratie. Le PNF utilise la justice comme Plenel le journalisme. Le premier jour, devant une salle médusée, Létocard avait rappelé que, « sous l’Ancien Régime, le détournement de fonds public était un crime, puni de mort par pendaison ». 

Hervé Lehman, ancien magistrat et avocat écrit dans le Figaro : "en quarante ans de palais, je n’ai jamais entendu, dans une audience, un procureur faire référence à la peine de mort. Jamais. Pas pour Jérôme Cahuzac, pas non plus pour les époux Balkany, pas même pour des terroristes, des assassins d’enfants pas pour le «gang des barbares".

Le procureur a dénoncé un « responsable politique de premier plan ayant aggravé la déchirure désormais ancienne du pacte républicain ». De quoi je me mêle ? Demande-t-on à la justice de réparer le pacte républicain ? D’énoncer des règles morales ? Qu’elle garantisse des procès équitables, ce serait déjà bien.

Rien ne permet de dire que ce procès n’est pas équitable.

En tout cas, pour l’instruction, Fillon a eu droit au service trois étoiles.

  • Célérité du PNF à se saisir de l’affaire qui n’a pourtant rien de complexe. Parquet national politique, d’autant plus que son chef est nommé par le PR. PNF a regardé ailleurs dans les affaires Ferrand, Pénicaud et Bayrou.

  • La justice s’étant invitée dans la présidentielle, il est crucial qu’il y ait une condamnation. Une relaxe serait une catastrophe.

  • Bien sûr, rien ne permet de mettre en doute l’intégrité des magistrats. Mais une grosse pression sur la présidente, Nathalie Gavarino.

À vous entendre Fillon est innocent.

Sans doute pas. L’affaire a révélé un rapport à l’argent problématique. Mais ce sont des pratiques très répandues. Regardez les costumes de Jack Lang, les filles de Bruno Leroux.

Que Fillon soit l’un des seuls à payer alimente le soupçon. Si la justice veut qu’on croie à son impartialité, on attend qu’elle se montre aussi inflexible avec les proches du pouvoir."