Exclusif - Des habitants de Saint-Ouen témoignent : "la CSI 93, c'est une mafia !"

Depuis lundi, six policiers de la CSI 93 sont auditionnés par l'IGPN, police des polices, dans le cadre d'une information judiciaire. Entre vols, séquestration, faux et usage de faux, trafic de stupéfiants en bande organisée, les charges d'accusation pourraient peser lourd pour les principaux concernés, comme pour l'ensemble des 150 fonctionnaires de l'unité. Celle-ci devrait être dissoute, ou "réorganisée" comme l'indique la préfecture de police de Paris. Les habitants de Saint-Ouen semblent être tout sauf surpris des dernières nouvelles et livrent leur version des faits, pour Sud Radio.

Des agents de la CSI 93 sont actuellement auditionnés par l'IGPN, pour avoir - a priori - "racketté des dealers", entre autres. (Photo Ludovic MARIN / AFP)

Un reportage de Clément Bargain à Saint-Ouen pour Sud Radio

 

La Compagnie de sécurisation et d'intervention de Seine-Saint-Denis est visée par 17 enquêtes préliminaires. La CSI 93 va être partiellement dissoute après les révélations sur les pratiques de certains policiers. Des comportement dénoncés par de nombreux habitants de Saint-Ouen, en atteste les propos recueillis par Clément Bargain.

Nathalie vit dans une tour de la cité Émile Cordon et, de sa fenêtre, a assisté à de multiples dérives de certains fonctionnaires de l'unité.

"La police de Saint-Ouen, oui, on peut dire que c'est une mafia ! J'ai été témoin de petits jeunes en bas de chez moi qui se sont fait tabasser. On les a accrochés par terre, on leur met des coups de pied,de matraque, gazeuses, parfois on les embarque, parfois pas. Une fois qu'ils ont été tabassés, ils les relâchent. Ils ont tous les pouvoirs ! Une fois, ils sont venus taper à ma porte pour voir s'il n'y avait pas des dealers chez moi. On s'est permis de mettre la main dans le bol de pop-corn de ma fille pour aller chercher du shit. Ils se croient tout permis !"

 

Au-delà des méthodes de ripoux, le climat est pesant pour les habitants

Ces méthodes controversées passent aussi par la violence du verbe, à géométrie variable, selon Christine qui a déjà tenté de s'interposer lors d'un contrôle de police.

"Il faut rien dire en plus ! Eux se permettent de nous insulter mais nous, nous ne pouvons pas répondre !"

Du haut de ses 14 ans, Cindy n'est pas rassurée lorsqu'elle croise des policiers à Saint-Ouen. Elle regrette un deux poids, deux mesures : "tout le monde a des devoirs et des droits, mais eux n'ont que des droits. Et nous, que des devoirs vis-à-vis d'eux. Ça ne devrait pas être comme ça, de base la police, c'est fait pour nous aider mais là, c'est un handicap." 

Les nombreux témoignages recueillis en attestent : les Audoniens attendent de pied ferme le démantelement de la CSI 93 et une justice exemplaire.