Abus sexuels dans l'église : l’heure des comptes a-t-elle sonné ?

3330.000 victimes d'abus sexuels au sein de l'Église depuis 1950, dont 210.000 par des clercs... Le rapport Sauvé sur les abus sexuels, et après ? Joël Molinario, théologien, professeur à l’ICP (Institut Catholique de Paris) et membre de la CIASE, Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église, était interviewé dans "Sud Radio vous explique" sur Sud Radio le 6 octobre. "Sud Radio vous explique" est diffusé tous les jours à 7h45 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

La Commission indépendante sur les abus sexuels mise en place par l'Église a rendu son rapport. (AFP)

Abus sexuels dans l'Église : "C’est d’abord, fondamentalement, irréparable"

Comment l’Église peut-elle réparer les abus sexuels, les combattre dans les faits ? La CIASE, Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église, a émis pas moins de 45 propositions. "Ce qui est difficile dans ce dossier, c’est que c’était énorme, confie Joël Molinario, théologien, professeur à l’ICP (Institut Catholique de Paris) et membre de la CIASE. Quand on dit 216.000 victimes ou 330.000 victimes, de clercs ou de laïcs engagés, c’est d’abord, fondamentalement irréparable."

"Dans le cadre de la Commission, nous avons rencontré des centaines de victimes, qui parlaient parfois pour la première fois, soixante ans après les faits, explique Joël Molinario. Aujourd’hui encore, le rapport Sauvé va déclencher d’autres prises de parole. Ce nombre terrible est peut-être un chiffre bas."

 

"La première chose qu'on demande, c'est que l'Eglise reconnaisse sa responsabilité collective (...). L'Eglise n'a pas su voir et entendre, pas su capter les signaux faibles" - Jean-Marc Sauvé, président de la CIASE (au micro Sud Radio de Clément Bargain)

Le président de la CASE, Jean-Marc Sauvéce, ce mardi (THOMAS COEX / AFP)

 

"Quand vous-vous dites qu'un peuple entier a été brisé par des membres de l'Eglise... Si nous ne sentons pas responsable, je ne sais pas de quoi nous allons être responsable. Bien-sûr que l'Eglise est responsable, on peut bien parler de crimes massifs... C'est totalement effroyable" - Véronique Margron, présidente de la conférence des religieux et religieuses de France (au micro Sud Radio de Clément Bargain)

"J'espère qu'ils vont mettre en place un processus d'indemnisation des victimes (...). J'attend que le Pape prenne la décision de créer un concile mondial et que toutes les questions soient posées" - François Devaux, fondateur de La Parole Libérée, crée par d’anciens scouts agressés par le père Preynat (au micro Sud Radio de Clément Bargain)

 

Abus sexuels dans l'Église : "Une reconnaissance des vies démolies"

"Il y a deux choses que les victimes nous ont dit : oui, il faut une réparation financière, même symboliquement, à condition que ce ne soit pas une manière de se dédouaner de la chose, estime Joël Molinario. Donc, cette réparation financière va avec une reconnaissance de l’histoire de la personne, des vies démolies. On demande la création d’une commission indépendante qui rencontre et écoute les victimes, et que l’Église fasse un acte de reconnaissance de la souffrance vécue de ces personnes. Dans le rapport, on parle de justice restaurative."

L’Église a-t-elle les moyens de faire face aux futures réparations financières ? "C’est une situation un peu complexe, commente le théologien et membre de la Commission, car depuis 1905, nombre d’édifices n’appartiennent pas à l’Église. Ceci dit, elle est aussi propriétaire d’immeubles. La finance force toujours une institution à prendre des mesures rapides et efficaces." Le secret de la confession doit-il être levé ? "Le rapport dit que le secret de la confession est une bonne chose dans la discipline de l’Église, mais il ne s'applique pas pour l’article 434.3 du code pénal, qui oblige tout un chacun à dénoncer des actes de pédocriminalité. La Commission ne dit pas qu’il faut lever le secret de la confession. C’est la même discipline que pour le secret médical."

 

Retrouvez l'émission Sud Radio vous explique dans la matinale de Cécile de Ménibus et Patrick Roger