Tugdual Derville : "Vincent Lambert est en vie ! Si on le traite de mort-vivant, c'est nier sa dignité !"

Tugdual Derville
Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA, interviewé par Cécile de Ménibus et Patrick Roger dans "L’invité de l’actu" sur Sud Radio, à 8h10. AFP

Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA, était "L’invité de l’actu" dans la matinale de Sud Radio du 20 mai animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger. Il revient sur l’arrêt des soins de Vincent Lambert qui devrait débuter cette semaine. 

Tugdual Derville : "Vincent Lambert réagit, sans pouvoir s'exprimer, par le regard"

L'arrêt des soins de Vincent Lambert est programmé à partir de lundi 20 mai. Il y a un clivage entre les parents, qui ne veulent pas qu'il y ait cet arrêt, et beaucoup d'autres qui reviennent notamment sur la loi et la décision du Conseil d'État. "J'ai entendu les mots de la mère de Vincent et de son grand frère, explique Tugdual Derville, délégué général d’Alliance VITA. On est très ému d'entendre que par décision de justice, après une première décision médicale, des parents qui ont un enfant adulte, porteur de très lourds handicaps, qui n'est pas avec un électroencéphalogramme plat : il réagit, sans pouvoir s'exprimer, par le regard. Ils aiment leur enfant et on leur dit qu'on arrêtera son alimentation et son hydratation pour qu'il meure.

Il y a une très grave injustice, qui n'est pas seulement dans la situation douloureuse de la tension familiale, il y a 1.700 autres patients en France, dont les soignants et les proches s'occupent, avec difficulté mais aussi beaucoup d'amour. Je ne comprends pas pourquoi on n'a pas accepté la demande des parents de Vincent Lambert qu'il soit transféré dans un établissement adapté à son état".

Certains souhaitent l'arrêt des soins, comme son épouse ou ses frères et soeurs et un neveu. "Il y a des frères et soeurs des deux côtés. La question qui se pose, c'est quel est le protecteur de proximité ? Quel est celui qui accompagne cette personne en donnant du prix à sa vie malgré son très lourd handicap ? N'est-ce pas lui qui doit être privilégié ? Quand on voit ce qu'on est en train d'imposer à cette famille, il y a un très grand malaise".

"Vincent Lambert est en vie ! Si on le traite de mort-vivant, c'est nier sa dignité !"

C'est un drame quoiqu'il en soit, on sait qu'il ne reviendra pas à la vie. Ne faut-il pas respecter ce qu'il a lui-même exprimé à l'oral avant son accident ? "Vincent Lambert est en vie ! Si on le traite de mort-vivant, c'est nier sa dignité ! J'ai visité des établissements spécialisés pour ces personnes, il y a un projet de vie pour eux ! Il y a de la kiné, des sorties, des réactions très infimes mais mystérieuses, dans lesquelles la dignité de la personne s'exprime. Je pense que notre société se civilise lorsqu'elle donne une place de choix aux personnes les plus vulnérables. Et lorsqu'elle manifeste auprès de ces personnes qu'elles ont une dignité intacte malgré la très lourde dépendance".

Ne faudrait-il pas aller beaucoup plus loin, dans un nouveau cadre, une nouvelle loi autour de l'euthanasie. Pourquoi pas obliger les gens, quand ils sont en pleine santé, à écrire leur désir si un tel accident leur arrivait ? "Le problème, c'est qu'on ne sait pas dans quel état on va sortir après un accident de la circulation. Dans un premier temps, on est très heureux qu'on fasse tout pour ramener la personne à la meilleure santé possible. Les personnes qui revendiquent l'euthanasie le font en général pour les patients en fin de vie, ou en cas de très grave maladie, qui le demandent. Vincent Lambert ne répond pas à ces critères. Je vois un énorme risque derrière une légalisation possible de l'euthanasie qu'on aboutisse à un regard d'exclusion sur les personnes les plus fragiles. C'est ce qu'il s'est passé dans des pays qui ont déjà légalisé l'euthanasie : progressivement, on voit qu'il y a comme un devoir de partir et comme un devoir de demander la mort pour des personnes très âgées, très fatiguées. La revendication glisse".

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Retrouvez "L’invité de l’actu" du lundi au vendredi à 8h10 sur Sud Radio, dans la matinale de Cécile de Ménibus et Patrick Roger.
 

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