"Je ne supporte pas qu’on parle des Gilets Jaunes sur ce ton de condescendance"

Danièle Sallenave auteur
Danièle Sallenave, invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états" sur Sud Radio.

Danièle Sallenave, écrivain, membre de l’Académie Française, et auteur du livre Jojo le gilet jaune (Gallimard) était l’invité d’André Bercoff, mercredi 15 mai, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

"À aucun moment, on ne peut mettre un point d'inégalité entre un ministre et un jojo en gilet jaune"

Pour André Bercoff, son invitée est une des rares à avoir parler des Gilets Jaunes comme des personnes du peuple. Pourquoi est-elle une des seules ? Danièle Sallenave explique : "Je ne me l'explique pas, mais quand j'ai parlé de ce projet autour de moi, j'ai senti une gêne : 'Qu'est-ce que tu vas faire là ? Est-ce que tu sais bien où tu mets les pieds ? Que vas-tu faire dans cette galère ? Ne vois-tu pas telle ou telle dérive ?' La question n'est pas là, je ne suis pas en train de faire le bilan et je ne donne pas un chèque en blanc à tout le mouvement des Gilets Jaunes. Ce que j'ai pointé tout de suite parce que ma réaction a été si vive : je ne supporte pas qu’on parle des Gilets Jaunes sur ce ton de condescendance. Je ne supporte jamais, de manière générale, le ton de condescendance, qui va quelque fois jusqu'au mépris. Je n'aime pas qu'on dise que ce sont des gens qui fument des clopes et qui roulent en bagnole".

L'auteur poursuit : "J'ai encore réagi plus vivement quand le Président, voulant faire un mea culpa, a dit : 'Les médias, il faut que vous arrêtiez de mettre sur un même plan un ministre et un jojo en gilet jaune'. Je me suis dit que ça n'allait plus du tout. Je ne vois pas qui pourrait souscrire à une phrase comme celle-là, qu'on soit animé d'une foi chrétienne, ce qui semble être le cas du Président, ou qu'on soit animé par une conscience républicaine ce qui est mon cas. À aucun moment, on ne peut mettre un point d'inégalité entre un ministre et un jojo en gilet jaune, et surtout l'appeler jojo. Jojo ça veut dire vilain jojo, qui porte un Marcel quoi ! C'est Dupont Lajoie, c'est le beauf !" 

"Je sentais une dérive à gauche qui est un mépris de certaines couches populaires"

Et c'est donc bien cela qui a fait réagir Danièle Sallenave, mais pas seulement : "Je sentais une certaine dérive à gauche, que l'on dit plus à droite mais qui est ma famille, une dérive qui est un mépris de certaines couches populaires. J'avais l'impression qu'on parlait donc avec condescendance, supériorité, parfois de ceux qui n'appartiennent pas aux couches dirigeantes, intellectuelles..." Pour illustrer ses propos, l'auteur de Jojo le gilet jaune (Gallimard) prend un exemple : "On est en droit, et j'en fais partie, de critiquer vivement certaines thèses de l'extrême-droite, mais incriminer ceux qui votent pour ces partis, en les traitant de salauds comme l'a fait un homme politique (Bernard Tapie, NDLR), je me révolte ! On peut penser que ce n'est pas le bon choix, en discuter".

Danièle Sallenave, dans son livre, évoque le fait que les habitants des grandes villes ne voient pas ces gens du peuple : "Ce mouvement, donnons-lui le nom que l'on voudra : révolte, rébellion, colère, il aurait pu ne pas se passer. En effet, une espèce de consentement général s'empare de tout le monde devant des situations qui pourtant sont très problématiques. Ce mouvement a donc surpris. C'est tout à fait différent de mai 1968, où la France s'ennuyait, là, la France s'endormait. Les habitants des grandes villes, pour eux, la bagnole est pour ceux qui habitent dans des zones éloignées du centre. Parfois, il s'agit de zones résidentielles construites autour d'anciens villages, où pour travailler, voire pour vivre, il faut avoir une, deux, voire trois voitures dans une famille". Selon elle, il ne faut pas s'étonner que ces personnes aient besoin de "bagnoles "puisqu'on a tout fait pour réduire le chemin de fer à des TGV et supprimer petit à petit les réseaux locaux qui étaient une valeur de la République".

 

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