Grève à l'hôpital : "L'un des mots que j'utilise le plus, c'est: désolé !"

Un service d'urgences à Tours - photo d'illustration
Un service d'urgences à Tours - photo d'illustration - GUILLAUME SOUVANT / AFP

Nouveau préavis de grève à l'Assistance publique hôpitaux de Paris (APHP), à l'appel des huit principaux syndicats. Mouvement qui a débuté jeudi soir et qui se poursuit jusqu'à samdi matin. Nouveau front syndical, deux mois après leur dernier appel avant le week-end de Pâques: ils réclament de "véritables négociations" sur l'emploi, les salaires et les restructuration en cours. Aux urgences, la grève illimitée démarrée mi-avril se poursuit dans plusieurs services. Nicolas, un aide-soignant, dénonce des conditions de travail toujours plus dégradées

Reportage Sud Radio de Mathilde Choin 

"Je suis en grève mais je soigne"... le badge accroché sur la blouse de Nicolas interpelle les malades: "Y'en a qui sont inquiets, ils se demandent si ça va avoir un impact sur leur prise en charge. J'ai envie de leur répondre : pas d'impact, vous allez attendre aussi longtemps que quand on n'était pas en grève."

"Des heures sur le brancard, les yeux hagards"

Lorsqu'il intègre sa formation d'aide-soignant, son choix est clair : ça sera les urgences et pas ailleurs, la notion de service publique chevillée au corps. Mais c'est cette même notion qu'il a l'impression de mettre à mal 12 ans plus tard : "Je vois tous les jours des personnes âgées qui restent sur leur brancard avec des yeux hagards, qui se demandent quand on va les prendre en charge. L'un des mots que j'utilise le plus sur mon lieux de travail, c'est : je suis désolé."

"Des gens qui attendent et qui décèdent : une réalité"

Mais le drame finit parfois par arriver comme au mois de décembre dernier à l'hôpital Lariboisière, une femme décède après avoir attendu 12 heures pour être prise en charge : "C'est ce qu'on voit dans la presse, mais il y en a d'autres qu'on glisse sous le tapis. Une personne qui attend longtemps pour voir le médecin, et qui décède avant. C'est ça, la réalité aujourd'hui."


Pour y mettre fin, le collectif Inter-urgences demande notamment à ce qu'il y plus de lits mis à disposition, plus de personnel mais aussi une hausse de salaire de 300 euros. Primes comprises, Nicolas gagne aujourd'hui en moyenne 1 600 euros par mois.

"La souffrance au travail est rentrée dans le vocabulaire"

Des conditions de travail qui finissent par avoir des impacts sur le moral du personnel. Rose-May Rousseau est la secrétaire générale du syndicat USAP-CGT APHP.

"Des collègues disent : j'ai eu la sensation de faire de la merde. Ce sont des politiques qui tuent moralement le personnel"

 

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