éditorial

L'édito de Véronique Jacquier

Véronique Jacquier
Société

Faut-il une police des réseaux sociaux ?

Faut-il une police des réseaux sociaux ? Depuis hier une affaire de cyber harcèlement fait beaucoup parler : celle de la "Ligue Du Lol". Des journalistes dans diverses rédactions notamment à Libération ont harcelé pendant des années des jeunes femmes sous ce nom de ligue du lol. Alors que faut-il faire pour venir à bout des torrents de haine sur Twitter ou Facebook ? 

Depuis l’été dernier il existe une loi pour condamner le cyber harcèlement en meute. Deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Dans le cas de la ligue du lol, malheureusement, les faits sont prescrits. Ils se sont déroulés entre 2009 et 2012. Mais au vu de cette terrible histoire, Marlène Schiappa la secrétaire d’état à l’égalité homme / femme réfléchit à allonger les délais de prescription. Au-delà de ce cas emblématique de cyber harcèlement sexiste se pose la question de l’anonymat sur internet. Les journalistes qui ont sévi ne l’auraient pas fait à visage découvert…Tout comme les internautes sur Twitter…C’est un festival d’insultes depuis le début de la crise des gilets jaunes notamment. Alors que faire pour lever l’anonymat ? Nicolas Sarkozy et François Hollande proposaient d’être obligé de fournir une pièce d’identité lors de l’inscription à un réseau social. Mario Stasi le directeur de la LICRA a souhaité hier que l’hébergeur ait l’obligation de donner l’adresse IP de celui qui s’exprime. Le secrétaire d’état chargé du numérique Mounir Madjoubi lui temporise. Il n’est pas pour la levée de l’anonymat. Si on le fait, "les gens iront déverser leur haine ailleurs" dit il…Et puis l’anonymat est relatif puisqu’en 2018, 500 personnes ont été attrapés et condamnés pour des propos haineux tenus sur les réseaux sociaux.

Donc pas de volonté politique de lever l’anonymat… Mais une police pour contrôler ça marcherait ? Il faudrait que ce soit le système policier et judiciaire classique qui s’occupe de ces enjeux. Sinon c’est confier beaucoup de responsabilité aux plateformes qui sont des personnes privées. C’est compliqué. Mais l’Allemagne l’a fait : en 24H00 Facebook, Twitter et YouTube doivent être capables de retirer du contenu sous peine d’une amende de 50 millions d’euros. Attention c’est une dérive dangereuse pour la démocratie. Aurions-nous pu avoir le débat sur les caricatures de Mahomet publié par Charlie Hebdo il y a quelques années ? Les caricatures seraient-elles en ligne ? Ce n’est pas sûr… Attention aussi à la tentation totalitaire d’un état avec une police des réseaux sociaux. On tomberait dans la censure, pas dans la régulation. Peut être vaut il mieux accepter que la liberté d’expression soit au dessus de tout… Même des torrents de boue…

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