Mounir Mahjoubi: "responsabiliser et pouvoir punir les plateformes numériques"

Les réseaux sociaux sont souvent trop long à communiquer l'adresse IP des auteurs de messages haineux, déplore le secrétaire d'État chargé du numérique. Invité du "petit déjeuner politique", Mounir Mahjoubi est aussi revenu sur le rapport sénatorial au sujet de l'affaire Benalla: rapport à charge selon l'exécutif. Par ailleurs, il ne confirme pas (encore) vouloir être candidat à la mairie de Paris... même s'il cache à peine en avoir très envie !

Le meilleur comme le pire sur les réseaux sociaux

Un lycéen menacé de mort parce-qu'il se maquillait à Albi: affaire symptomatique, selon Mounir Mahjoubi.

«Pour ce lycéen, il s’est passé beaucoup de choses graves dans son lycée, puis ça s’est poursuivi sur les réseaux sociaux. Mais les réseaux sociaux, ça a été aussi un soutien massif pour lui. Il a reçu un soutien de plusieurs milliers de personnes… Mais aussi des haters* ! Et ça arrive quelques semaines seulement après Bilal Hassani… Il y’a aujourd’hui une parole de haine qui se libère : sur la différence, sur l’homosexualité, sur les personnes les plus sensibles, sur les personnes qui veulent se maquiller, sur les personnes qui sont simplement pas comme les autres ! Ce n’est plus acceptable. Aujourd’hui, rappelons que sur les réseaux sociaux, il existe aussi une parole de soutien, d’amour. Mais ceux ceux qui l’ont insulté doivent pouvoir être retrouvés et condamnés. »

Des insultes condamnables en ligne... comme dans la vraie vie

La proposition de loi à venir, ce été peut-être, sera ni plus ni moins liberticide que la législation déjà existante, selon le secrétaire d'Etat au numérique. Il s'agit d'être plus efficace, pour appliquer à internet, ce qui est déjà répréhensible dans la vie de tous les jours.

« Quand on insulte une personne, qu’on la ramène à moins que ce qu’elle est du fait de ses différences, ses origines ou sa religion, qu’on insulte, qu’on traite une personne de ‘sale' quelque-chose, on franchit la ligne légale, c’est condamnable dans l’espace public comme en ligne. Il y a de plus en plus de plaintes qui vont jusqu’au bout et qui mènent à des condamnations. Dans notre proposition de loi avec Laetitia Avia, on va aller très loin dans la capacité à punir, et dans la responsabilisation des plate-formes.»

Il se veut rassurant, pas d'abus possibles:

« Il n'y’aura pas un bouton dans un ministère pour supprimer tel ou tel profil des réseaux sociaux. Mais ceux qui sont là pour haïr, menacer de mort, les antisémites et homophobes patents, ceux là doivent être condamnés, empêchés de continuer : de l’amende, à l’interdiction temporaire. »

"Twitter peut mettre plusieurs semaines voire plusieurs mois. C’est pas tolérable"

Et cela passe concrètement par une meilleure remontée des informations par les plateformes.

« On va accélérer la capacité d’identifier l’auteur des insultes, avec l’adresse IP qu’on va demander à la plateforme. Aujourd’hui Twitter peut mettre plusieurs semaines voire plusieurs mois. C’est pas tolérable. Ils devront répondre en quelques heures. Puis le contenu doit être supprimé le plus vite possible, dans les heures qui viennent. Une minute de plus, c’est un préjudice supplémentaire. On va responsabiliser les plateformes, sous peine d’amende très fortes. L’anonymat est une fausse question, tout le monde a une adresse IP qui permet d’identifier. Le problème c’est qu’aujourd’hui, les plate-formes sont inégales dans leur temps de réaction».

Affaire Benalla: "une instrumentalisation" par le Sénat

« Le rendu de ce rapport participe d’une instrumentalisation, par les membres de la commission sénatoriale. Je suis très heureux que le Sénat soit très fort et aient pu enquêter. Vous connaissez beaucoup de dictatures où une chambre parlementaire peut convoquer uns à uns tous les salariés de la présidence ? »

Candidat à la mairie de Paris ? "C'est ma ville... "

Le temps des candidatures et des investitures LREM viendra, temporise Mounir Mahjoubi.  Même si l'idée l'intéresse visiblement.

«Ce n’est pas maintenant le moment des candidatures.  Mais j'aime cette ville très fort. J’y suis né, j’y ai grandi, j’y ai trouvé un job, j’y ai trouvé l’amour, j’y ai construit des boîtes : c’est ma ville ! »
 

D'ailleurs, il dément les rumeurs d'un soutien du patron de LREM Stanislas Guérini, qui serait favorable à une candidature de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. « Oh, détrompez-vous... »

 

* Haters: haineux

Les rubriques Sudradio