Loi alimentation : "Une loi de malbouffe, de souffrance animale et de pesticides"

Emmanuel Macron au Salon de l'Agriculture (THOMAS SAMSON - AFP)

Alors que la loi agriculture et alimentation est soumise au vote à l’Assemblée nationale ce jeudi, beaucoup d’espoirs ont été déçus parmi les militants écologistes.

Des rejets, des rejets, et encore des rejets. Tel a été le sort de nombreux amendements déposés dans le cadre de l’examen de la loi Agriculture et Alimentation, y compris pour certains amendements émanant de la majorité parlementaire. Exit l'interdiction du glyphosate d'ici 3 ans, exit également l'interdiction de la publicité des produits trop gras ou trop salés pour les enfants, exit l’obligation d’installer des caméras de surveillance dans les abattoirs... Pour Arnaud Gauffier, chargé de programme Agriculture durable à WWF, la France a raté une belle occasion.

"L’ours polaire et les insectes ne sont pas cotés en bourse"

"Il y a quand même 70 députés LREM qui ont soutenu l’amendement sur le glyphosate, et c’est le ministre de l’Agriculture qui a tranché en défaveur de cet amendement. C’est la même chose pour les questions d’interdiction de la publicité pour les produits gras, sucrés et salés. Ça a encore été un arbitrage du ministère de l’Agriculture pour ne surtout pas déplaire aux industriels de l’agroalimentaire. On a loupé des occasions d’avancer sur l’environnement, la santé et la protection du consommateur", regrette-t-il au micro de Sud Radio. Selon lui, la défense de l’environnement n’a pas fait le poids face à certains lobbies industriels. "C’est malheureusement encore le capital qui gagne contre la planète, et on n’a toujours pas compris que la planète et la biodiversité, c’est aussi un capital ! Malheureusement, l’ours polaire et les insectes ne sont pas cotés en bourse...", souligne-t-il.

Chargée de mission chez Génération future, Nadine Lauverjat a, elle, une pensée pour Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et solidaire. "J’imagine que cela ne donne pas très envie de continuer dans ces conditions-là au sein d’un gouvernement pas du tout acquis à la cause environnementale. Maintenant, c’est à lui de faire son choix. En tout cas, on sent bien que le sujet agricole reste une prérogative du ministre de l’Agriculture qui, lui, n’est pas du tout favorable et positif sur ces dossiers de protection de la santé et de la biodiversité de l’environnement. Peut-être que Nicolas Hulot va devoir sérieusement taper du poing sur la table mais quelques lignes rouges ont été franchies. À sa place, on serait très mal à l’aise de rester dans un tel gouvernement. Son état d’esprit est plutôt d’essayer de faire avancer les choses de l’intérieur, mais je ne pense pas qu’il tienne aujourd’hui le même discours", affirme-t-elle.

"Emmanuel Macron a tranché en faveur du pire de l’agriculture contre la santé"

Ancien candidat à l’élection présidentielle pour EELV avant de se rallier à Benoît Hamon, Yannick Jadot estime qu’on marche aujourd’hui sur la tête. "L’arrêt du glyphosate dans notre pays n’aura été qu’un tweet du président de la République avant de monter dans un avion. Ce tweet est oublié aujourd’hui par le Président et par le ministre de l’Agriculture. C’est Monsanto qui a gagné cette bagarre en France. Avec la loi agricole aujourd’hui, vous touchez plus d’argent public si vous utilisez du Roundup que si vous vous en passe. Il faut absolument changer cette logique totalement folle et mortifère, dangereuse pour la santé des agriculteurs. C’est un cancérigène probable, il faut absolument s’en passer !", tonne-t-il.

Le député européen déplore lui aussi l’influence des lobbies dans ce débat. "Les lobbies ont gagné. Ils ont eu un représentant extraordinaire en la personne du ministre de l’Agriculture. Emmanuel Macron a tranché en faveur de Stéphane Travert contre Nicolas Hulot. C’est une loi de malbouffe, de souffrance animale et de pesticides. Il a tranché en faveur du pire de l’agriculture contre la santé, l’environnement et l’avenir de nos paysans. On a l’impression que la grande distribution va distribuer quelques miettes de pain aux agriculteurs. À tous ceux qui ont cru aux discours écologiques d’Emmanuel Macron, c’est encore une incroyable déception", déclare-t-il.

Propos recueillis par Capucine Bouillot

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