Les médias sont-ils sous contrôle ?

Alexandre Benalla, le 1er mai, portant un brassard "police"
Ariane Chemin avait lancé l'affaire Benalla dans les colonnes du Monde. Clément Lanot

Un grand reporter du Monde est convoqué par la DGSI dans le cadre de l’affaire Benalla. Le pouvoir veut-il contrôler les médias ? C’est le débat du jour avec Véronique Jacquier dans "Info vérité" sur Sud Radio le 23 mai 2019. Avec pour invités :
- Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste du Loiret, co-rapporteur de la commission d’enquête du Sénat sur l’affaire Benalla ;
- Olivier Da Lage, rédacteur en chef à RFI et membre du bureau national du Syndicat national des journalistes (SNJ) ;
- François Jost, professeur à La Sorbonne Nouvelle, spécialiste des médias, directeur de la revue Télévision ;
- Loïc Hervé, sénateur Union centriste de Haute-Savoie, secrétaire de la commission des lois du Sénat.
 “Info Vérité" est diffusée tous les jours à 7h10 et 9h15 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

La DGSI convoque Ariane Chemin, grand reporter au Monde, le 29 mai prochain, au sujet de l’affaire Benalla.  Une annonce qui suit de peu la polémique née il y a deux jours sur la relecture imposée à la presse quotidienne régionale de l’interview d’Emmanuel Macron. Le pouvoir veut-il contrôler les médias ?

La chasse aux sources est-elle ouverte ?

"Convoquer une journaliste d’envergure comme Ariane Chemin pour l’interroger sur ses sources, c’est très inquiétant, estime Véronique Jacquier. Le secret des sources, c’est comme le secret médical, c’est vital. Sans protection des sources, plus de journalisme d’investigation". Il existe d'ailleurs un précédent médiatique en la matière : la tentative de perquisition au sein de la rédaction de Mediapart, début février. Là encore, c'était pour avoir accès à des sources dans le cadre de l’affaire Benalla.

Ariane Chemin est, pour sa part, convoquée par la Direction générale de la sécurité intérieure, pour répondre sur un volet bien précis de l’affaire : qui lui a donné des informations sur Chokri Wakrim, un proche d’Alexandre Benalla, lié par un contrat de protection rapprochée avec un homme d’affaires russe ? Cette convocation est d’autant plus préoccupante qu’il y a quelques jours, quatre journalistes ont été auditionnés par les services secrets français alors qu'ils enquêtaient pour différentes rédactions sur l’exportation d’armes françaises au Yemen. Ces journalistes ont dénoncé des manœuvres d’intimidation et même, une chasse aux sources dans les ministères.

Le pouvoir n'aime pas les contre-pouvoirs

Alors qu'il existe une loi relative à la protection des sources des journalistes, le pouvoir va-t-il trop loin ? "Oui !", estime Véronique Jacquier. Il existe pourtant la loi du 4 janvier 2010 voulue par Nicolas Sarkozy pour empêcher que ne se renouvelle ce qui s’était passé en 2005 dans l’affaire de dopage touchant l’équipe cycliste Cofidis. Cinq journalistes de L’Équipe et du Point avaient alors été poursuivis en justice et leurs ordinateurs et agendas, saisis. "On est tous d’accord. Les journalistes ne doivent pas donner leurs sources et ils doivent être protégés, juge Véronique Jacquier. Mais est-ce normal que les sources trahissent des secrets d’État pour les donner aux journalistes ? C’est comme le secret d’instruction : est-il normal que des magistrats le violent pour donner des informations à la presse ?" S'il n’est pas question d’empêcher les journalistes de faire leur travail, le fait que ces derniers puissent être sous surveillance ne constitue pas une nouveauté.

"Ce qui l’est, c’est que le pouvoir sous Emmanuel Macron prouve qu’il n’aime vraiment pas les contre-pouvoirs." Quant à la relecture de l’interview présidentielle faite par la presse quotidienne régionale, lecture refusée par La Voix du Nord et Le Télégramme, cela a toujours existé en presse écrite. Et cela ne concerne pas que le président de la République ou des ministres, mais aussi de grands patrons. Le problème n’est souvent d'ailleurs pas tant la relecture en soi que les corrections apportées. Ainsi, "si 'La Voix du Nord' n’avait pas fait relire une certaine interview de Jacques Chirac en novembre 1994, le futur président n’y aurait pas rajouté l’annonce de sa candidature", s’amuse Véronique Jacquier !
 
"Je suis très inquiet,
confie Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste du Loiret, co-rapporteur de la commission d’enquête du Sénat sur l’affaire Benalla. Ariane Chemin est la première à avoir sorti l’affaire Benalla. Sans son travail, on n'aurait peut-être rien su de cela. Dans cette affaire heureusement, il y a eu des journalistes qui ont fait leur travail, il y a une commission d’enquête au Sénat, celle de l’Assemblée ayant explosé en vol faute d’indépendance. C’est ce qui permet de connaître tout ou partie de la vérité. Pour moi, le secret des sources des journalistes est la condition de l’exercice de leur métier. Là où il n’y a pas de liberté et de secret des sources, il n’y a pas d’information indépendante".

 
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