Reportage Sud Radio. Plusieurs ouvriers roumains embauchés sur un chantier de construction à Toulouse n’ont pas été payés depuis deux mois, leur entreprise étant aujourd’hui en liquidation judiciaire. Face à cette situation, la solidarité ouvrière s’organise.

Thelio et ses collègues sont arrivés en France en juin 2017 et ont signé des contrats de chantier d’une société de climatisation basée à Albertville (Savoie). Embauchés sur un chantier de construction à Toulouse par cette société, sous-traitante d’une filiale d’Engie, ils n’ont plus été payés depuis deux mois et viennent d’apprendre que leur entreprise est en liquidation judiciaire depuis deux semaines. Sans ressources suffisantes pour rentrer en Roumanie, ils bénéficient aujourd’hui de la solidarité ouvrière pour continuer de vivre à Toulouse.

Pour Emmanuel Lopez, délégué CGT-construction en Haute-Garonne, cette situation n’est pas si étonnante que ça. "Ils travaillaient 48 heures par semaine, alors que sur leur bulletin salaire, ils étaient censés être à 151,67 heures. Pas d’heures supplémentaires payées, pas d’indemnités de déplacement. En 2017, la construction à Toulouse pesait 800 millions d’euros. Les patrons se sont tirés une balle dans le pied tout simplement parce qu’ils ne forment plus. Ils sont donc obligés soit de faire appel à des travailleurs détachés, soit d’embaucher des travailleurs directement par une boîte française", explique-t-il sur Sud Radio.

"L’Europe surfe aussi un peu sur la misère de certains travailleurs"

Alors que la société donneur d'ordre Engin-Axima dit avoir effectué les contrôles nécessaires et découvrir seulement maintenant la liquidation de l'entreprise qu’elle avait choisie pour ce chantier, la CGT, elle, n’exclut pas une action en justice. "Aujourd’hui, il y a une charte éthique sur le groupe Engie qui stipule qu’il y a un droit et devoir de vigilance par rapport à l’utilisation de la sous-traitance. Or, on voit aujourd’hui que ça ne fonctionne pas", déplore Stéphane Gallier, délégué central CGT chez Engie SA.

Selon lui, cette situation illustre le manque d’harmonisation des règles sociales en Europe. "Ça reste un problème européen, très clairement. On voit bien qu’on n’a pas du tout le même fonctionnement d’un pays à l’autre, on n’a pas la même fiscalité, pas les mêmes droits sociaux. Clairement, ça crée des déséquilibres, des mouvements de personnes et de travailleurs. L’Europe surfe aussi un peu sur la misère de certains travailleurs européens", assure-t-il.

Un reportage de Christine Bouillot

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