Préfet du Rhône limogé : "Collomb est inquiet de la situation, il mettra des gens à lui"

Raphaël Ruffier, rédacteur-en-chef de Lyon Capitale
Raphaël Ruffier, rédacteur-en-chef de Lyon Capitale

Rédacteur-en-chef du magazine Lyon Capitale, Raphaël Ruffier était l’invité du Grand Matin Sud Radio ce mercredi pour évoquer les circonstances du limogeage du préfet du Rhône Henri-Michel Comet, mis en cause dans l’affaire de l’attaque de Marseille au début du mois.

Comment Ahmed Hannachi, ressortissant tunisien en situation irrégulière interpellé fin septembre, a-t-il pu commettre quelques jours après l’attaque de Marseille ayant causé la mort de Mauranne et Laura, deux jeunes étudiantes âgées de 20 et 21 ans ? Cette question agite encore les autorités et un premier fusible a sauté en la personne d’Henri-Michel Comet, préfet du Rhône. Rédacteur-en-chef du magazine Lyon Capitale, Raphaël Ruffier était l’invité du Grand Matin Sud Radio ce mercredi pour éclaircir les circonstances de ce renvoi.

"C’est assez simple. Ahmed Hannachi a été arrêté dans un centre commercial le vendredi soir pour le vol d’une veste à 39 euros. Il est alors déferré et mis en garde à vue. Ils se rendent compte qu’il est en situation irrégulière et demandent à la préfecture le samedi qu’il soit placé en centre de rétention administrative en vue de son exclusion. Et là, le permanent de la préfecture décide de ne pas le faire et le libère pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il n’y a pas de places dans le centre de rétention au moment de l’appel. Il n’y a pas de places à l’heure où il est appelé, mais vingt minutes après la libération, il y en a trois qui se sont libérées, selon le rapport. Avec un tout petit peu de patience, il aurait pu trouver une solution ou une place dans un autre centre. Mais il ne le fait pas pour une autre raison : l’identité d’Ahmed Hannachi n’est pas tout à fait établie à ce moment-là, et on est à peu près sûr que la Tunisie va le refuser. À ce moment-là, la vraie faute qu’il commet, c’est qu’il est censé en référer au préfet de permanence, en l’occurrence le sous-préfet, qui est habilité à prendre la décision. Or, celui-ci est en cérémonie officielle dans une salle de la préfecture, et le permanent ne se sent pas autorisé à le déranger", explique-t-il.

"Collomb est content de pouvoir mettre un tour de vis à la préfecture"

"Des situations comme celle-là choquent énormément aujourd’hui parce qu’on sait ce qu’il s’est passé par la suite. Il n’était pas possible pour Gérard Collomb de laisser ça impuni. Mais on a quand même le sentiment d’un fusible, parce qu’Henri-Michel Comet n’est pas responsable à lui seul des défaillances des expulsions. Expulser aujourd’hui en France, c’est assez compliqué. Il y a aussi des problèmes législatifs dont le préfet n’est pas responsable", ajoute-t-il.

Pour Raphaël Ruffier toutefois, ce renvoi est tout sauf une surprise. "Honnêtement, à Lyon on savait qu’il ne finirait pas l’hiver, tout simplement parce qu’il avait été nommé en mars par le précédent gouvernement avec lequel Gérard Collomb était vraiment en très mauvais termes. Gérard Collomb arrivant au ministère de l’Intérieur, on se doutait bien qu’assez vite il placerait un homme à lui à cette préfecture. (…) Il change toute l’équipe. On sait qu’il y a au moins le préfet et le secrétaire général, mais Gérard Collomb a dit «très largement», donc on pense que plusieurs sous-préfets vont changer aussi. Il mettra des gens à lui. Il est très inquiet de la situation lyonnaise car il voit que les gens qu’il a placés à sa place prennent un peu leur autonomie à la mairie de Lyon, à la présidence du Grand Lyon, etc. Des seconds couteaux montent ainsi au premier rang et c’est plutôt apprécié, car ça faisait quand même 16 ans que Gérard Collomb dirigeait tout à Lyon. Brusquement, ça libère un peu les énergies et je pense qu’il est content de pouvoir mettre un tour de vis à la préfecture et placer des hommes à lui", analyse-t-il.

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Michel Ange
- Jeudi 12 octobre 2017 à 07:57
Je ne suis pas l'avocat de ce préfet, mais je pense que la ficelle est quelque peu grosse. La personne mise en cause a été interpellée à plusieurs reprises et mise en liberté sous l'autorité du parquet.
Quand les policiers interpellent un étranger en situation irrégulière, à l'issue de la procédure il est mis en liberté, après avis des autorités préfectorales et judiciaires, à charge pour lui de quitter le territoire national dans le mois, à condition qu'il n'y ait pas eu de graves délits annexes, en l'espèce un simple vol.

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